La voiture électrique; une alternative technologique aux énergies fossiles pour un environnement plus pur

BACAICOA CISTERNA Marylène, BATTISTON Fabrice, DELIC Sanja, TAIMSALU Alex

Introduction

Dans un monde où la pollution atteint des sommets, l’être humain se doit de changer sa manière de fonctionner s’il veut diminuer son impact sur son environnement [1]. Si les grandes entreprises et les pays qui nous gouvernent ont leur part de responsabilités, il n’empêche que nous pouvons tous faire des efforts et trouver des moyens pour diminuer notre bilan carbone. En Suisse, comme dans beaucoup de pays développés, la voiture est un moyen de transport bien répandu et de plus en plus utilisé (+33% de véhicules routiers en Suisse entre 2000 et 2018 selon l’OFS) [2, 3]. Les transports motorisés fonctionnant avec des énergies fossiles polluent énormément ce qui pousse notre société à y trouver des alternatives. L’une des alternatives au moteur à explosion proposée de nos jours est le moteur électrique.

Les premiers véhicules électriques sont apparus aux débuts de l’avènement de l’automobile (fin XIXe siècle) en compétition directe avec le moteur à essence [4]. Pourtant, après des années dans l’oubli, ces moyens de locomotions reviennent sur le devant de la scène et sont vendus comme étant une alternative propre aux moteurs à énergies fossiles par les concessionnaires automobiles. Au centre du débat, les voitures électriques gagnent petit à petit des parts de marché et sont de plus en plus utilisés bien que leur part de marché reste encore assez faible pour le moment [5]. Avec des entreprises telles que Tesla et les leaders de l’industrie automobile, la voiture électrique semble être capable de s’imposer comme le véhicule d’un future pas si lointain [6].

Cependant, la voiture électrique ne fait pas l’unanimité. En effet, si des entreprises comme Tesla voient en la voiture électrique un avenir prometteur, d’autres, telle que Greenpeace,  pensent que cette dernière n’est qu’un produit détourné et qu’elle ne pourrait résoudre les problèmes écologiques auxquels l’humanité doit faire face [7]. Les coûts de production tant monétaires que sur le plan des matières premières pourraient laisser perplexe. De plus, la pollution générée par l’extraction de ces dernières est un fait avéré [7] et pourrait soulever des questions quand à la réelle “rentabilité” écologique d’un véhicule électrique.

C’est pour cela que nous allons nous pencher sur cette problématique. Nous allons aborder les points de vue d’un maximum d’acteurs concernés. À commencer par les états, qui, entre les lois, les subventions et la COP21, doivent se positionner sur la question. Nous allons aussi voir l’avis des entreprises qui produisent des voitures électriques et des ingénieurs qui travaillent dessus. Ainsi que la position des scientifiques et de diverses associations prônant la protection de l’environnement telles que GreenPeace. Bien entendu, comme la voiture est un moyen de locomotion permettant de transporter un faible nombre de personnes, il va sans dire que nous n’allons pas oublier le point de vue des particuliers, riches et moins riches, qui seraient susceptibles d’acheter et d’utiliser ces voitures électriques. Tous ces acteurs nous permettront d’avoir un point de vue plus éclairé sur les enjeux de cette problématique qui s’impose à nos sociétés.

Pour mieux structurer notre démarche, nous allons introduire rapidement le contexte puis diviser ce texte en 3 thèmes principaux. Dans un premier temps, nous verrons l’avis des acteurs sur l’impact écologique de la voiture électrique à travers la production des batteries, la pollution urbaine, la provenance de l’électricité utilisée et le type d’utilisateur visé . Puis, dans un deuxième temps, nous nous intéresserons à la sphère économique. Et nous finirons par les diverses conséquences de la pollution qu’engendre les voitures électriques et thermiques sur la santé.

Contexte de la problématique

Afin de mieux appréhender et comprendre les divers arguments et enjeux de cette problématique, il est important de faire en premier lieu un petit rappel de la situation actuelle.

La COP21 est un accord international pris lors d’une série de conférences sur le climat en 2015 à Paris regroupant 197 pays, le tout orchestré par la Convention-cadre des Nations Unies. Cet accord est une référence pour toute innovation technologique visant à réduire le réchauffement climatique que ces pays se sont engagés à suivre [8]. Il impose une réglementation et une stratégie à suivre visant principalement à “contenir le réchauffement mondial moyen bien en dessous de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle”[8] et il “[…] fixe, en outre, les premières règles pour la définition des objectifs de réduction. Les objectifs de réduction de tous les États devront être clairs et compréhensibles, et devraient pouvoir être quantifiés”[8]

Impact écologique

La voiture électrique serait-elle avantageuse pour l’environnement si on la compare à la voiture diesel ou à essence? Une étude lancée par le conseil Norvégien de recherche, constitué des spécialistes et chercheurs Troy Hawkins, Bhawna Singh, Guillaume Majeau-Bettez et Anders Hammer Strømman, montre qu’il ne suffit pas de prendre en compte la pollution engendrée lors de l’utilisation du véhicule uniquement. Ils expliquent que la voiture électrique est constituée de deux principaux types de batteries (Li-NCM et Li-FePO4) qui consomment beaucoup de ressources et produisent des émissions de CO2 non négligeables à la production [9]. Une comparaison est ensuite proposée entre les voitures électriques et les voitures à combustibles et fait intervenir la provenance de l’énergie utilisée ainsi que les différents secteurs touchés (réchauffement climatique, toxicité terrestre ou humaine…).

Figure 1,  Normalized impacts of vehicle production https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/j.1530-9290.2012.00532.x

“Les résultats pour chaque catégorie d’impact ont été normalisés en fonction de l’impact total le plus important. Réchauffement de la planète (PRP), acidification terrestre (TAP), formation de particules (PMFP), formation d’oxydation photochimique (POV), toxicité humaine (HTP), ecotoxicité en eau douce (FETP), écotoxicité terrestre (TETP), eutrophisation d’eau douce (FEP), épuisement des ressources minérales (PDM), épuisement des ressources fossiles (PDF), véhicule à moteur à combustion interne (VEIC), véhicule électrique (VE), phosphate de fer au lithium (LiFePO4), manganèse au lithium-nickel-cobalt (LiNCM), charbon (C), gaz naturel (NG), mix électrique européen (Euro).” [9]

Hawkins et ses collègues illustrent avec ce tableau que l’utilisation du véhicule (en blanc), que ce soit à essence ou électrique, est, pour presque tous les secteurs, la partie ayant le plus d’impact sur l’environnement. La production de la voiture électrique impacte majoritairement les secteurs HTP (human toxicity pollution), MDP (mineral resource depletion pollution) et FETP (freshwater ecotoxicity pollution). Pour les EVs (electric vehicles), la production de la batterie (en rouge) peut aller jusqu’à près de la moitié de la cause total de l’impact [9].

La composition des batteries, un argument de la sphère politique

Communément appelée « la technologie verte », l’énergie, source principale mise à profit pour propulser les véhicules électriques, préfère cette première appellation à connotation positive. Comme l’explique Guillaume Pitron, journaliste et auteur français, expert en géopolitique des matières premières, si elle est valorisée de la sorte, c’est principalement parce qu’elle permet de se substituer à l’énergie fossile et non pas pour son soi-disant impact faible sur l’environnement. A vrai dire, elle nécessite des activités responsables de production de gaz à effet de serre pour pouvoir être utilisable ; l’exploitation de mines, l’extraction de métaux des roches et leur purification nécessitent une quantité astronomique d’énergie issue de centrales électriques [29, p.44]. Ce processus de production de terres rares constitue le mécanisme principal du fonctionnement des batteries lithium-ion qui composent les voitures électriques. Leur confection se base majoritairement à partir de trois métaux rares: le nickel, le cobalt et l’aluminium puis, s’ajoute à cela les autres métaux rares comme le lithium, le cuivre, le graphite, l’acier ou encore le manganèse [29, p.60](Figure 2).

Figure 2 : Quantité de métaux contenue dans une cathode active d’une batterie au lithium-ions. NMC (Nickel, Manganèse Cobalt) est le modèle de batteries au lithium-ion utilisé dans la plupart des nouvelles voitures électrique.  NCA (Nickel, Cobalt Aluminium) utilisé chez les batteries Tesla. LFP (Lithium, Fer de Phosphate) utilisé chez les anciennes voitures électriques chinoises. LMO (Lithium, oxyde de Manganèse) utilisée chez les anciennes Nissan Leaf . https://www.trafigura.com/media/365090/trafigura-responsible-sourcing-in-the-electric-vehicle-battery-supply-chain.pdf

En d’autres termes, la voiture électrique exige la mobilisation de deux fois plus de métaux rares que les voitures thermiques. Ainsi, avant même qu’elle n’ait parcouru la distance de 1 km, la voiture électrique a déjà produit deux à quatre fois plus d’émissions qu’un quelconque véhicule thermique [29, p.61]. L’industrie minière des terres rares est non seulement polluante, mais également radioactive au vu de l’alliage naturel à l’uranium ou au thorium, des métaux lourds connus pour leurs teneur en radioactivité. Guillaume Pitron a ajouté à ce propos :

« Il faut sortir de cette mystification selon laquelle rouler électrique, c’est rouler propre » [30]

Pour illustrer le débat, prenons pour exemple les pays engagés politiquement, mais pour lesquels des questions persistent. Tout d’abord, la France qui puise son électricité des centrales nucléaires. Le journaliste Florian Delafoi publie à ce propos un article en mai 2018 dans Le Temps afin d’alerter le client sur les réels coûts des véhicules électriques [12]. Il dénonce la production d’électricité utilisée par ceux-ci. L’Allemagne, de son côté, a complètement cessé les activités de centrales nucléaires pour les substituer par un charbon de mauvaise qualité: le lignite. Encore plus loin, aux Etats-Unis, l’électricité est fournie à partir d’un mix énergétique dont le pétrole est la composante majeure. Alors, dans ces cas-là, la voiture est-elle électrique ou nucléaire/au charbon/à essence ? La question peut tout simplement se résumer à : de quelle nature et de quelle source est ce progrès ?[31] Pitron prend position en affirmant que

« Quitter notre monde à essence pour retomber dans un autre monde de voiture à essence n’a en réalité servi qu’à délocaliser la pollution causée par le secteur routier.”[30]

Greenpeace possède elle aussi son avis sur la question. Selon un article publié par le chargé de mission Joeri Thijs, la voiture électrique ne serait pas une solution miracle pour purifier l’air et réduire l’impact environnemental de notre mobilité [13]. En effet, son utilisation et sa production ont eux aussi un coût environnemental non négligeable. Il existe cependant plusieurs mesures proposées dans cet article afin de transiter vers une mobilité verte. Rouler moins souvent et moins loin, favoriser les déplacements à vélo ou à pied, encourager le covoiturage et développer les transports en commun en sont quelques exemples. Sur un second article datant de 2010 et publié par Greenpeace Belgique [7], la voiture électrique est très controversée. Le thème de la batterie revient souvent ainsi que la crainte que la production de ces véhicules et son coût environnemental soit ajouté à celui des voitures traditionnelles et causerait une hausse de pollution. De nouvelles centrales nucléaires et centrales à charbon pourraient émerger suite à la pression des voitures électriques ce qui irait à l’encontre d’une politique durable.

A ce sujet, il semble primordial d’évoquer le nom du réputé futurologue John Peterson. Aujourd’hui engagé auprès de diverses compagnies signifiantes dans le développement de notre monde ainsi que président et fondateur de l’institut Arlington, elle-même spécialisée dans l’analyse des changements relatifs à notre époque, il eut avant cela une longue carrière politique et scientifique dans le secteur des batteries électriques. Son bilan à propos du green tech et de l’impact de carbone des véhicules électriques a abouti à une conclusion similaire à celle de l’université de Californie (UCLA) [29, p.59] : l’usinage d’un véhicule électrique requièrent une quantité d’énergie supérieure à celle nécessaire à un véhicule conventionnel. Ce surplus de consommation d’énergie, comme nous l’explique John Peterson, se caractérise notamment par le poids lourd de la batterie lithium-ion [29, p.59]. John Peterson nous démontre en quoi l’industrialisation des batteries est celle des plus ravageuse des industries et ce, par sa dépendance en métaux rares.

« Les chiffres vont choquer quiconque croit que les batteries lithium-ion vont changer à tout jamais le transport et le réseau électrique. »[32]

Ce dernier nous démontre par ces paroles que la connaissance de la constitution d’une de ces batteries est primordiale à la compréhension de l’ampleur des événements. Une batteries lithium-ion est composée de 48 modules. Un module est constitué de quatre cellules. Ces dernières, sont les lieux de circulation des électrons [33]. (Figure 3)

Figure 3 : Une cellule. Le flux d’ions lithium migrent entre les deux électrodes durant la charge et décharge. https://chidseylab.stanford.edu/anode-passivation-lithium-ion-batteries

En sachant que 40% du poids de la cellule est un mélange d’oxyde, de métaux non-stable composés de dioxyde de Cobalt, de Manganèse ou de Phosphate de Fer [34], il faut alors compter 1.6 kg de poudre cathode pour faire un kilowattheure de batterie. Ainsi, pour le fonctionnement d’une batterie d’un véhicule électrique par la chimie NMC (Li-manganèse), le cobalt, à lui seul, représente 15% de cette masse [35]. Quant à la chimie LCO (Li-cobalt-oxide), elle comprend une part phénoménale de 60% du poids en cobalt. Ce dernier est notamment appliqué pour nos téléphones portables, tablettes, ordinateurs et appareils photos [36]. (Figure 3)

Figure 3 : Quantité approximative en métal (en kg) nécessaire par kilowattheure, des divers matériaux cathodiques. Le NCA (Li-aluminium) est celui stockant le plus de capacité. Le LMO (Li-manganèse) et le LFP (Li-phosphate) sont supérieurs en termes de puissance spécifique et de stabilité thermique. Le LTO (Li-titanate) quant à lui, a la meilleure durée de vie, ce qui compense sa faible quantité de charge électrique. Graphique d’après les données de battery university : https://batteryuniversity.com/index.php/learn/article/types_of_lithium_ion.

Idéalement, pour que ces batteries au lithium-ion fournissent une haute densité d’énergie, elles doivent posséder simultanément une haute capacité, un poids ainsi qu’un volume bas et un prix bon marché.

C’est ainsi que l’utilisation de cobalt s’intensifie avec la production des voitures électriques. Or, l’approvisionnement mondiale en cobalt ne peut répondre qu’à une fine demande de production qui s’estime à quelques millions de voiture électrique par an, alors que la Chine en prévoit, à elle seule, cinq millions par an d’ici 2020 [32].

 « Personne qui a le sens commun ne planifie un produit de grande consommation nécessitant d’importants volumes de matières premières rares sans avoir passé de contrats de fourniture irréprochables pour ces matières. »[32]

Le cobalt est un sous-produit résultant de la production de mines de nickel et de cuivre. C’est La République démocratique du Congo qui satisfait ces besoins et qui exporte 80% de sa production à la Chine [31]. Ainsi, comme le souligne l’auteur, un seul pays – la Chine – contrôle 50% de l’offre selon ces intérêts monolithique [35]. La dominance chinoise aura un retentissement, sur toutes les industries qui s’engagent à la production de batteries au lithium-ion, nous averti l’auteur.

Pour l’année 2017, la demande de lithium et de cobalt pour approvisionner les batteries utilisent respectivement 41% et 30% de leur production mondiale. Courant l’année 2025, ces pourcentages grimperont à 76% et 53%. (Figure 4)

Figure 4 : Demande mondiale en lithium et cobalt https://www.mckinsey.com/industries/metals-and-mining/our-insights/lithium-and-cobalt-a-tale-of-two-commodities.

Ces prévisions selon lesquelles l’industrie des batteries rechargeables peut garantir 76% des ressources disponible à des prix attrayant, ne sont pas du goût de J. Peterson, compte tenu de la nécessité du lithium dans d’autres industries que celles destinées aux voitures électriques.

« S’attendre à ce que l’offre du marché du cobalt réponde aux besoins de l’industrie des batteries revient à s’attendre à une queue recadrée pour un Rottweiler. » [35]

Comme le souligne l’auteur, la production de cobalt est indépendante à sa demande, tandis qu’elle dépend entièrement de celle de cuivre et de nickel [35]. Ainsi, voici comment le façonnage des batteries se confronte à des réalités incontournables de l’exploitation minière. Il poursuit en ajoutant :

« En fin de compte, peu importe le nombre de véhicules électriques que vos usines de voitures peuvent produire si vous ne pouvez pas acheter ou fabriquer suffisamment de batteries pour les alimenter par la suite.  […] Jusqu’à ce que quelqu’un développe, valide, commercialise et optimise une toute nouvelle technologie de batterie haute énergie ne nécessitant pas de cobalt, les véhicules électriques sont une impasse qui ne permet pas de devenir pertinents sur le plan environnemental ou économique. »[32]

Le président de l’Association Européenne des Constructeur Automobile, Carlos Travers, dénonce un coup de vendetta du parlement européen contre l’industrie automobile [38]. C’est une course aux investissements. Imposer l’électricité comme alternative, afin de respecter la nouvelle norme européenne sur l’émissions de CO2, exige une réorganisation totale des fabricants automobiles, notamment dans l’autonomie et l’approvisionnement de nouveaux matériaux et métaux, et ce en grande quantité.

Mais surtout, dit-il, cette brutalité qui nous est imposée dans un délai impartial, demandera la fabrication de voitures électriques en quantité phénoménale ! C’est une politique punitive dont la réalité du secteur industriel échappe totalement à la sphère politique [39].

Mais, les entreprises devront s’y conformer à risque d’amendes exhaustives prévues en cas de négligence et qui seront à la merci de la destruction de l’industrie automobile [40]. Le patron du groupe PSA (Peugeot Société Anonyme) déclare que le devoir de responsabilité politique du Parlement européen envers l’Union européenne est ici un devoir scientifique [40]. Un tel verdict par des “amateurs” est selon lui :

« Un vote contre l’industrie européenne. C’est une revanche »[41]

Une revanche généralisée envers la tricherie d’un constructeur. C’est pourquoi la commission européenne refuse d’écouter ce que l’industrie automobile a à dire. Ni souhaite même entreprendre une discussion avec les concessionnaires, poursuit Carlos Tavares [38]. Plus de 20.000 postes seront résiliés, a communiqué l’industrie automobile européenne.

Vis-à-vis de l’acheteur, la conception d’une voiture doit répondre à divers critères pour garantir l’entière liberté de déplacement à son propriétaire, mais aussi la sécurité, le confort et enfin l’économie, affirme le patron de PSA [38]. Puisqu’il n’y a que très peu d’infrastructures de recharge, cette liberté de déplacement n’est pour le moment pas respectée avec les voitures électriques. Des arguments comme ceux-ci ressortent constamment chez tous les vendeurs afin de valoriser leurs produits. Cependant, ces arguments semblent peu pertinents lorsqu’on sait que les vendeurs ont tout intérêt à discréditer les voitures électriques vis à vis de leurs véhicules à essence.

Carlos Travers conclut ses arguments sur une note socio-politique. Les décisions prisent forcent le secteur automobile à exporter 40% de la valeur des véhicules vers l’Asie. De plus, la suppression d’emplois de part leur délocalisation n’apporte pas de solutions au problème.

En 2013, ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) réalise une étude sur le cycle de vie complet de la voiture électrique, afin d’évaluer les bienfaits générés sur l’environnement. Pour porter à bien cette étude, ADEME prend pour comparaison la voiture à essence et à Diesel. Sur le plan énergétique, l’analyse est en faveur de la voiture à moteur classique, malgré le fait que la voiture électrique présente un réel rendement énergétique de part son mécanisme de traction utilisé lors de son fonctionnement. Cette dernière, dans la globalité de son cycle de vie, consomme autant qu’une voiture Diesel [42, p.124]. (Figure 5)

Figure 5 : Contribution à la consommation d’énergie primaire des différentes étapes du cycle de vie des véhicules électrique, Diesel et essence Pasquier and Rethore, “Olivier Rethore – Service Eco-conception et Consommation Durable Direction Consommation Durable et Déchets –ADEME.” https://occitanie.ademe.fr/sites/default/files/avis-ademe-potentiels-vehicule-electrique.pdf

En prenant en considération le processus de production de l’électricité nécessaire à la recharge de la batterie, celle nécessaire pour l’extraction des terres rares, d’ailleurs significativement supérieure (fabrication de la batterie : 35% + fabrication des composant : 34% = 69% contre 15% pour un véhicule essence/diesel) [42, p.33], ainsi que l’augmentation de l’énergie consommé suite à la mise en fonction de la climatisation ou du chauffage [42], ADEME a démontré que, sous un angle énergétique, le développement de la voiture électrique ne pourrait soutenir les enjeux souhaités pour l’emprunt de carbone.

En revanche, elles permettent de réduire considérablement la dépendance des ressources fossiles importées, notamment le pétrole. D’autant plus si l’énergie renouvelable est omniprésente aux bornes de recharges, le spécifie bien ADEME [42, p.126].

Après cette introduction à connotation négative, ADEME s’ensuit de démontrer les multiples solutions apportées par la voiture électrique afin de contribuer avantageusement aux objectifs posés par la Cop21.

Sur le gain environnemental, son impact est majeur lors de son usage. Les émissions de gaz à effet de serre ainsi que les polluants volatiles, comme le Nox et COV, qui engendrent la qualité de l’air seront moindre à sa circulation. Le véhicule n’émet pas de CO2 dans la mesure où il n’est pas muni de gaz d’échappement, Justifie ADEME.

Il faut toutefois considérer cet acteur en faveur d’un véhicule électrique dès lors que le compteur du moteur affichera 50’000 km et représentera un résultat significatif dès la barre des 100 km franchit [42, p.35]. Pour référence, la durée de vie d’une batterie se situe entre 150 000 km et 500 000 km aujourd’hui, contre 150 000 km en 2013, quand l’analyse fut publiée. (Figure 6)

Figure 6: Contribution au changement climatique des véhicules électriques en France  et en Allemagne en comparaison à un véhicule thermique. Pasquier and Rethore, “Olivier Rethore – Service Eco-conception et Consommation Durable Direction Consommation Durable et Déchets – ADEME.” p.36

Venons-en maintenant à l’utilisateur d’une voiture électrique. Tout le monde ne peut pas s’offrir ce véhicule alors il convient de déterminer le type d’utilisateur concerné pour, dans un deuxième temps, développer leurs avis sur la question.

Les deux gros principaux bémols de la voiture électrique résident dans son coût et son autonomie. Les  prix débutent en général vers 25’000 euros et croissent très vite, tandis que l’autonomie varie entre 150 et 500 km pour les modèles les plus endurants et onéreux (ces chiffres ont été retenus sur une sélection de 24 voitures électriques de modèles différents sur un site spécifique) [14]. Cela cible d’emblée un utilisateur plutôt aisé ou comfortable financièrement qui ne parcours pas de longues distances la majeure partie de l’année. A cela s’ajoute généralement le besoin d’une place de parking et/ou de recharge spécifique ce qui cible principalement les utilisateurs logés dans des maisons. De plus, selon des étudiants de l’école des Mines ParisTech dans le cadre d’un travail de recherche de plusieurs mois [15], ces utilisateurs auront souvent une seconde voiture non-électrique pour les plus longs trajets (vacances) afin de faciliter les déplacements internationaux (les stations de recharges n’étant pas encore omniprésentes dans le monde). Les seuls avantages seraient donc écologiques et un confort de conduite nouveau. Encore faut-il faire confiance à cette nouvelle technologie et tester sa fiabilité.

Voici quelques arguments et critiques émis par Jacques Guillemain, un citoyen, dans le journal Les Observateurs :

Je n’ai jamais été un fan de la voiture électrique, qui coûte une fortune, qui est trop lourde, n’a pas d’autonomie et nécessite des bornes de recharge des batteries où il faut attendre un temps fou avant de pouvoir repartir. Alors que certaines voitures diesel dépassent les 1 000 km d’autonomie en consommant à peine 7 litres aux 100 km…

Vendre une citadine 20 000 euros pour une autonomie de 200 km en théorie, mais moins en pratique, avec un temps de recharge rédhibitoire, c’est une escroquerie. Une citadine électrique, c’est envisageable comme seconde ou troisième voiture, dans un rayon de 30 km autour de chez soi. Longs parcours, s’abstenir.”[16]

Nous constatons que pour certains l’aspect écologique est étouffé par la dimension économique et pratique.

Pour revenir à un avis plus scientifique, nous avons le témoignage de Jérome Fraisse, membre du corps enseignant en France. Dans son blog, il admet la “performance indéniable du moteur électrique” mais émet quelques réserves sur la provenance de l’électricité utilisée. Il critique les médias qui mettent en valeur la voiture électrique “comme la solution miracle aux problèmes environnementaux liés au transport” [17]. Selon lui, l’appellation “voiture 0 émission” est frauduleuse. Certes, la pollution est très largement diminuée localement dans les villes où la voiture électrique est commercialisée, mais la pollution est bien réelle dans les pays de production du véhicule et de production de la batterie / de l’électricité.

Economique

Le secteur économique est un point important dans les problématiques actuelles. Étant donné que science, progrès et consommation tournent autour des investissements que les entreprises font, et du coup, inévitablement, autour des bénéfices que les investisseurs peuvent en tirer. Ce qui rend le sujet particulièrement sensible car il faut pouvoir faire la part des choses entre les discours des différents acteurs ainsi que ce qu’ils ont à y gagner. La voiture électrique et les problématiques qui tournent autour de ce sujet n’échappent pas à cette logique, c’est pour cela que nous allons nous pencher attentivement sur ce sujet.

Les acteurs principaux du débat seront les producteurs de voitures électriques comme Tesla et les particuliers susceptibles d’acheter un véhicule électrique. Il semble évident que les états voudront avoir leurs mots à dire sur le sujet entre les lois, les réglementations et les apports financiers qu’ils peuvent mettre en place pour faciliter ou rendre plus difficile la production ou l’acquisition d’un véhicule électrique. Les communications des producteurs sont floues sur le plan économique.

Les prix sont plus élevés pour les voitures électriques que leurs équivalentes en voitures à essence [18]. Chez Renault par exemple, si nous comparons deux voitures citadines 5 places nous pouvons constater que la voiture électrique est bien plus chère que la voiture à essence (presque 50% plus chère) [20, 21]. Il est difficile de trouver des justificatifs autres que ceux liés à la production des batteries électriques. Cependant, il faut prendre en considération que le prix n’est pas le seul facteur qui rentre en compte lors de l’achat d’une voiture. Une étude de Bloomberg New Energy Finance affirme que ces différences de prix auront tendances à s’inverser d’ici 2025 notamment grâce à la diminution des prix des batteries à base de lithium [22]. Le journaliste Marc Zaffagni en fait l’objet d’un article dans le journal Futura Tech. Selon ses dires:

“Le facteur clé de cette transition réside dans la baisse du prix au kWh des batteries lithium-ion. Entre 2010 et 2017, il est passé de 1.000 dollars/kWh à 209 dollars/kWh. Et Bloomberg prédit qu’il passera sous la barre des 100 dollars/kWh à partir de 2025.” [22]

Un obstacle potentiel limitant cette baisse pourrait par ailleurs survenir et invalider ces résultats: une pénurie de cobalt, élément indispensable à la batterie.

Du côté de chez Tesla, qui produit exclusivement des voitures électriques, l’histoire est étrange. Elon Musk joue avec les prix de ses voitures électriques, une fois à la hausse, une fois à la baisse [24]. Comportement troublant qui pourrait être expliqué par la récente mise en accès libre des brevets de Tesla par Elon Musk [25]. Le PDG justifie son acte sur son compte Twitter en disant que la compétition ne se fait pas entre les voitures électriques elles même mais entre la voiture électrique et la voiture à essence [25]. Jeorge Gueriero, rédacteur pour le journal “le bilan”, écrit un article sur le profit tiré par Tesla en 2018. Il y affirme que l’entreprise a réalisé un bénéfice de 322 millions de dollars [23]. Plus loin, il attire l’attention sur ce nouveau marché florissant qui ferait le bonheur des investisseurs. Qu’il s’agisse de Suisses de chez Micro (inventeurs de la trottinette moderne), de petites start-up croates telle Rimac ou des initiatives chinoises Nio et Chery, beaucoup se lancent dans ce nouveau marché et espèrent trouver retour sur investissement. L’utilisateur bénéficie donc de plus en plus d’offres et un plus large choix compétitif se forme..

Les particuliers ont un discours partagés sur les coûts des voitures électrique. Certains, en pesant le pour et le contre, affirment que le prix, pour une utilisation moyenne, revient au même que celui d’une voiture à essence [26]. Alors que d’autres crient à l’escroquerie et affirment que c’est une excuse supplémentaire pour faire cracher de l’argent au pauvre citoyen [16]. On pourrait mettre ces divergences sur le compte des différences de salaires et de niveau de vie mais nous nous garderons d’affirmer de telles choses puisque l’avis général est bien trop nuancé pour s’en faire des idées précises.

Les acteurs politiques ont aussi leur rôle à jouer dans ce thème, l’offre de subventions est un geste qui encourage grandement les utilisateurs de s’acquitter d’un véhicule électrique. La Suisse (dans le Canton de Genève) a quant à elle mis en place un objectif raisonnable d’ici 2030: 10% des immatriculations devraient être à propulsion électrique. Pour solliciter ces citoyens, ceux-ci seront pleinement exonérés de l’immatriculation durant les trois premières années, puis de moitié dès la quatrième année. Les assurances, elles aussi, encouragent leurs clients en leur offrant possibilité de bénéficier de primes allant jusqu’à 50% pour un véhicule thermique de même catégorie. Pour les acquillièreurs privées d’une borne de recharge électrique, le canton de Genève leur octroie 200 CHF à 1000 CHF de subventions [27]. Du côté des Etats-Unis, des subventions mises en places par l’ancien président, Barak Obama, ont été supprimées par Donald Trump [28]. On voit de ce fait la divergence des points de vues des différents Etats dans le monde.

Les conséquences sur la santé

De nos jours, les voitures à essence relâchent de grosses quantités de gaz polluants dans l’air [44]. Cette augmentation de CO2 atmosphérique a bon nombre de conséquences et notamment des conséquences sur notre santé. Selon le gouvernement du Luxembourg, le dioxyde de carbone que nous respirons quotidiennement : “se fixe de manière irréversible sur l’hémoglobine”, bloquant l’oxygénation des systèmes nerveux et cardiaque [43]. Il explique aussi que des expositions à ce gaz toxique, même faibles, peuvent provoquer toute sorte de symptômes tels que des maux de tête ou des nausées allant jusqu’à des vomissements, évanouissement et même des convulsions en cas d’exposition à des concentrations plus élevées.

Ce site relève aussi d’autres conséquences. Lors d’expositions plus prolongées à des taux de CO2 plus faibles, on peut constater “une diminution des capacités physiques et intellectuelles” ainsi qu’une “baisse de la perception visuelle” et ce, même chez les personnes en bonne santé. Une exposition prolongée plus importante aurait de lourdes conséquences neurologiques et pourrait également amener à des empoisonnements [43].

(Figure 7) https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/pollution-transport-co2-part-emissions-1017/

Selon ces graphiques (figure 7 et 8) provenant du site Futura-science, les transports routiers sont : “les deuxièmes contributeurs de gaz à effet de serre, avec 13,41 gigatonnes de CO2 émis en 2016 dans le monde”, derrière la production d’énergie et d’électricité. Ils expliquent aussi que l’émission de dioxyde de carbone des transports sont dépendants de certains facteurs incluant : “la distance totale parcourue, le nombre de passagers par véhicule, le carburant utilisé ou encore le type de trajet”. Cependant, il faut noter que si la voiture électrique ne pollue pas moins que sa contemporaine à essence [9], elle n’émets que peu de particules localement en comparaison. Permettant ainsi un milieu plus sain aux endroits où l’accumulation des véhicules est dense (villes, autoroutes…). Alors que les statistiques démontrent un nombre de voiture en circulation dans le monde en constante augmentation [44], ce n’est pas forcément le cas partout. En effet, si on prend l’exemple de Genève, la tendance est toute autre, comme le relève Le Temps : “ il y a un désamour de l’automobile qui se confirme, même dans les communes périurbaines”[53].

(Figure 8) https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/pollution-transport-co2-part-emissions-1017/

Selon la loi française, le CO2 ne serait pas considéré comme un polluant [45], alors que la définition de ce qu’est la pollution selon le code de l’environnement [46] démontre que le dioxyde de carbone en possède les principales caractéristiques.

L’association nationale pour la prévention et l’amélioration de la qualité de l’air explique que : “le CO2 représente 77% des émissions de gaz à effets de serre d’origine humaine” et qu’il est essentiellement issu du secteur des transports (combustion de carburants). Cette association ajoute que l’air global contient de nos jours environ 0,04% de dioxyde de carbone et qu’au delà d’une certaine concentration de ce gaz dans l’air, cela peut s’avérer dangereux ou mortel. Il est expliqué que le seuil d’exposition est de 3% pour une période de 15 minutes et que cette valeur ne doit en aucun cas être dépassée. A 2% de dioxyde de carbone dans l’air, l’amplitude respiratoire augmente. A 4%, c’est la fréquence respiratoire qui accélère, à 10%, des troubles visuels, des tremblements et des sueurs peuvent surgir. A 15%, cela peut engendrer une perte de connaissance brutale et enfin à 25%, un arrêt respiratoire entraîne la mort [45]. Ces arguments poussent alors vers l’utilisation des voitures électrique afin de diminuer les émissions de CO2 localement dans les villes.

Ainsi, il y aurait un intérêt sanitaire local de faire la transition vers les voitures électriques, qui elles, ne rejettent pas autant de CO2 localement que les voitures à essence. Particulièrement dans les milieux où la concentration en véhicules est plus élevée.

C’est en tout cas l’avis de Daniel Breton, premier chroniqueur spécialisé en véhicules verts au Canada et aujourd’hui blogueur et consultant en matière d’énergie, d’environnement et d’électrification des transport, lorsqu’il affirme que pour les personnes qui ne peuvent se passer d’un véhicule, il est préférable dans ce cas que celui ci soit électrique. Il ajoute qu’en ce qui concerne la santé, il faudrait tenir compte de la toxicité humaine ainsi que les coûts de la santé engendré par les polluants des véhicules fossiles, afin de faire une bonne analyse environnementale comparative de la voiture à essence et électrique [47]. En effet, il souligne des frais de 36 milliards de dollars pour la santé et l’invalidité au Canada qui sont causé par la pollution atmosphérique émanant principalement des transports routiers, auxquels viennent s’ajouter 21 000 morts prématurées annuelles [47]. De plus, dans les milieux pollués et plus précisément à proximité des voies routières au trafic dense, Daniel Breton explique le constat chez les enfants de troubles de l’apprentissage, d’asthme, de fibrose pulmonaire, de cancer et autre maladie cardiaque, mais aussi de démence précoce chez les personnes âgées. Il insiste sur le faite que dans tous les lieux où la pollution atmosphérique a été diminué, une baisse des maladies et décès prématurés ont été constatée [47].

Cependant, tous ne sont pas du même avis. Carlos Tavares (PDG de PSA) explique lors d’un interview publié en septembre 2017 dans la revue Autoplus [48] que les batteries de ces voitures électriques, lorsqu’elles sont en état de charge, émettent des ondes électromagnétiques de manière inquiétante. “Quand vous chargez 60 kWh dans une batterie en quelques minutes, la puissance dégagée par les engins est considérable. Est-ce qu’on s’est posé toutes les questions autour de ça?”, questionne Carlos Tavares. Ces ondes électromagnétiques sont si risquées que Robin des Toits signal, en juin 2014, que l’état d’Israël aurait annulé une commande de 200 véhicules hybrides pour sa police par peur des effets néfastes sur la santé que ces ondes pourraient engendrer [49]. En effet, on connaît très mal les conditions de vieillissement de ces batteries car elles sont sur le marché depuis peu de temps [50].

Un article dans le journal le Sudouest datant de 2011 rejoint les inquiétudes de Carlos Tavares et signal qu’en plus des incendies et explosions que pourrait provoquer une batterie, il est également possible que ces dernières laissent échapper de dangereuses substances chimiques. Par exemple le fluorure d’hydrogène toxique pour l’homme pouvant même provoquer la mort à partir d’une certaine dose (0,5 g) [51]. Cependant, aucun incident de ce genre n’est parvenu à nos oreilles à ce jour et ces risques ne semblent pas plus important que ceux liés au moteur à explosion.

Pour finir c’est Amnesty international qui met en avant un autre point important, celui de l’éthique et des droits humain. En effet, ils mettent au défi les leaders industriels de voiture électrique de mettre sur le marché “la première batterie totalement éthique du monde dans les cinq ans à venir”. “Les clients ne devraient plus avoir à choisir entre les humains ou la planète” [52].

Amnesty International explique lors du (Nordic Electric Vehicle (EV) Summit), à Oslo, que les batteries lithium-ion des voitures électriques sont liées de près par “des atteintes aux droits humains”. Comme c’est le cas en RDC (république démocratique du Congo) avec l’exploitation des enfants dans le domaine du travail pour extraire le cobalt des minerais nécessaire à la fabrication de ces batteries lithium-ion [52].

Ils ont également recensé d’après une enquête datant de 2016 en RDC, que les enfants et adultes qui travaillent dans ces mines de cobalt creusées par leur propre mains, seraient exposés à “ de graves risques sanitaires”. De plus, ils ne sont en aucun cas respectés par les entreprises profitant de leur travail, ni protégé par le gouvernement. Ces mêmes mines sont celles qui approvisionnent les grandes entreprises de construction de voitures électriques.

En plus de cela, Amnesty International a également recensé d’autres violations des droits humains, notamment ceux des peuples indigènes en Argentine. Ces derniers vivant à proximité des mines de lithium, ne sont pas informés des conséquences de l’extraction de ces mines sur leurs ressources en eau. Et ne sont en aucun cas consultés en ce qui concerne les projets sur leurs territoire. Ainsi, cette communauté indigène risque elle aussi de subir les impactes de la constante augmentation de demande en ressource de lithium.

Le secrétaire général d’Amnesty International, Kumi Naidoo affirme que : “sans changements radicaux, les batteries qui alimentent ces véhicules verts continueront d’être ternies par des atteintes aux droits humains” [52].

Amnesty International décrète que la demande en batterie étant en constante augmentation, il serait préférable de restructurer les sources d’énergie, afin accorder la priorité aux droits humains et à l’environnement [52].

Pour conclure

Suite à notre analyse des divers aspects de notre controverse, l’évolution de la voiture électrique reste encore assez incertaine.

L’impact écologique de la voiture à essence et électrique diffère peu. Concernant la voiture électrique, la provenance de l’électricité et la production de la batterie jouent un rôle principal et font varier les chiffres [9,12]. La pollution locale dans les pays d’utilisation est réduite au détriment des pays producteurs des batteries [11]. Il vaudrait mieux favoriser une mobilité verte (favoriser les transports en commun, rouler à vélo, déplacements à pieds, voyager moins). Par ailleurs le consommateur visé par les voitures électriques est spécifique et minoritaire [15].

Bien qu’il existe des aides de financements, les véhicules électriques restent plus chers que les véhicules à essence [20,21]. De plus, l’utilisateur n’est pas avantagé non plus sur la distance possible à parcourir, l’autonomie s’améliore mais en dépit du prix, et n’est toujours pas suffisante pour de longs trajets sans recharge. Faute de pénurie de cobalt, le prix moyen des voitures électriques devrait cependant baisser d’ici 2025 [22].

L’aspect de la conception du moteur électrique, comme nous l’ont démontrés divers acteurs, est une étape fortement négligée lors de la promotion de la voiture électrique. Les métaux nécessaires et indispensable à sa conception sont responsables d’une forte émission de CO2. Ainsi, le « green tech » utilisé pour la propulsion des véhicules électriques est à bannir. Toutefois, ces mêmes acteurs trouvent un point de convergence en plaidant que la voiture électrique pourrait aboutir aux bienfaits attendus si une alternative aux métaux venait à se proposer.

En ce qui concerne le secteur de la santé, on remarque que les avis sont assez partagés. Effectivement, beaucoup d’articles remettent en question l’intérêt de la transition des voitures à essence à celle des voitures électriques, puisque celle-ci s’avéreraient plus polluantes dans certains cas. Or, Daniel Breton, affirme que cela est faux. Il explique que les enjeux sont d’une telle importance, qu’il serait préférable de tout remettre en perspective. Il en conclut que quelque soit notre mode de transport, électrique ou à essence, “moins nous roulons, moins nous polluons” et évidemment l’idéal serait de se passer de voiture [47]…

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Traitements de la maladie d’Alzheimer : le déremboursement en France

Introduction

Les démences représentent un enjeu majeur du 21ème siècle en matière de santé publique. Une démence est le résultat d’un déficit cognitif acquis avec un retentissement sur l’autonomie, rendant particulièrement difficile les tâches du quotidiens (1). Sa prise en charge se révèle délicate et présente un fort impact social et économique sur notre société. En 2015, environ 47 millions de personnes vivaient avec une démence et les prévisions tendent à tripler ce chiffre d’ici 2050 (2). La maladie d’Alzheimer est la première cause de démence dans le monde, représentant 60 – 70% des cas (2). Cette pathologie neurodégénérative fut découverte en 1906 par le médecin allemand Alois Alzheimer (3). L’incidence de cette maladie a significativement diminué depuis sa découverte, conséquence probable de l’amélioration globale de la qualité de vie. Toutefois, avec le vieillissement de la population, sa prévalence ne cesse d’augmenter ces dernières années et les conséquences qui en découlent prennent de l’envergure (4).

Deux principales théories expliquent les mécanismes causant l’Alzheimer. La première est l’accumulation de la protéine extracellulaire bêta-amyloïde, l’autre serait dû à la protéine intracellulaire TAU. Ces mécanismes peuvent se développer durant des dizaines d’années avant l’apparition de symptômes (5). Les facteurs de risques influençant ces mécanismes sont pour les deux tiers non modifiables ; c’est le cas, par exemple, de l’âge et de la génétique. Le tiers restant correspond aux facteurs de risque environnementaux, et donc modifiables, tels qu’un style de vie sédentaire, l’hypertension, l’obésité et la diète. La prise en charge de ces facteurs de risques modulables semble réduire l’incidence de l’Alzheimer (2).

Il est intéressant de noter que si le premier facteur de risque est l’âge, cette maladie ne semble pas être une composante normale du vieillissement (6). D’après Florence Pasquier, investigatrice au Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille, cela laisse entendre que la maladie d’Alzheimer n’est pas une fatalité et que la recherche d’un remède efficace est légitime (7). Il y a cependant divergence d’avis sur ce sujet ; certains pensent que la maladie d’Alzheimer est un mythe fondé sur les symptômes normaux du vieillissement (8). C’est le cas, par exemple, du docteur Martial Van der Linden, responsable de l’unité de psychopathologie de la faculté de psychologie à Genève et traducteur du livre “Le mythe de la maladie d’Alzheimer”. Quel que soit l’avis sur cette question, nous pouvons affirmer qu’aucun traitement curatif n’a été développé, même un siècle après la découverte de la maladie.

À ce jour, les seuls traitements disponibles sont des médicaments ralentissant le déclin cognitif sur une courte période et chez une petite partie des patients (9). Ils agissent sur les conséquences de la maladie et non sur la cause. Ces traitements sont divisés en deux grandes classes. La première classe concerne les inhibiteurs de l’acétylcholine estérase, tels que :

  • Le Donepezil (vendu sous le nom de Aricept)
  • La Rivastigmine (vendu sous le nom d’Exelon)
  • La Galantamine (vendu sous le nom de Reminyl)

Ces différents inhibiteurs de l’acétylcholinestérase diminuent la dégradation de l’acétylcholine, un neurotransmetteur en déficit dans la maladie d’Alzheimer. La cible thérapeutique de la seconde classe de traitements est le glutamate, un neurotransmetteur excessivement relargué dans la maladie d’Alzheimer et responsable de l’accélération de la neurodégénérescence (10,11). Ces médicaments sont composés d’un principe actif appelé mémantine qui bloque le glutamate. Il existe principalement deux médicaments anti-glutamate d’Alzheimer à base de mémantine, vendus sous les noms d’Ebixa et d’Axura. Les méta-analyses faites par l’Organisation mondiale de la Santé (abrégé OMS) indiquent que ces deux classes de traitements peuvent être proposées à une majorité de patients. Toutefois, cela n’implique pas qu’ils devraient être forcément prescrits et il est donc recommandé aux responsables politiques de discuter avec les différents acteurs afin de décider de leurs devenirs (12–14).

C’est ainsi que le 29 mai 2018, le Gouvernement français a décidé d’arrêter le remboursement de ces médicaments (15). Ce choix a été expliqué par le manque d’efficacité des traitements disponibles et du trop grand nombre d’effets secondaires. Il existe en effet un grand nombre d’effets indésirables de type digestifs (diarrhées, vomissements), neurologiques (maux de tête, vertiges), neuropsychiques (hallucinations, constipation) et parfois même cardiaques (troubles et ralentissement du rythme cardiaque) (16). En revanche, le système de pharmacovigilance de l’Agence européenne des médicaments (AEM) n’a révélé aucun problème de sécurité important depuis leurs mises sur le marché (17). Sur la question de l’efficacité des traitements de la maladie d’Alzheimer, on peut observer des avis très divergents. Cela est probablement dû au fait que le traitement a un effet statistiquement significatif, mais que ce dernier n’est pas très important (18–20). L’utilité des médicaments relève donc plus d’un choix subjectif, voire personnel. La décision de déremboursement du Ministère français de la Santé cet été a donc soulevé de vives contestations.

Bref historique de la controverse

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) est l’autorité compétente en matière d’autorisation de mise sur le marché d’un médicament en France (21). Cette agence nationale d’expertise se base sur des critères de sécurité et d’efficacité pour déterminer si un médicament mérite sa place sur le marché français. C’est ainsi que dans les années 2000, des dossiers sont déposés auprès de l’ANSM pour que quatre nouveaux médicaments contre la maladie d’Alzheimer soient inspectés. L’ANSM rend une réponse favorable aux quatre laboratoires (22). Leur autorisation s’accompagne cependant de quelques conditions : les médicaments ne peuvent être obtenus que par prescription médicale et chaque patient entrant en traitement doit être suivi avec attention (22). En 2013, on estime à 630’000 le nombre de patients français traités par un des quatre médicaments anti-Alzheimer (20).

La Haute Autorité de Santé (HAS) est l’organisme officiel responsable d’optimiser le système de santé français (21). Une de ses commissions, la Commission de Transparence, est chargée d’évaluer l’utilité des médicaments autorisés sur le marché français pour déterminer si un remboursement par la Sécurité Sociale est recommandé (22). Pour ce faire, la Commission de Transparence rend régulièrement des rapports documentant les relations efficacité / effets secondaires des médicaments autorisés. Le ministère des Solidarités et de la Santé est alors chargé de décider sur la base de ces rapports scientifiques si un remboursement entre effectivement en vigueur ou, le cas échéant, demeure maintenu.

Dès leur mise sur le marché français dans les années 2000, les quatre médicaments anti-Alzheimer ont été évalués par la HAS à plusieurs reprises comme c’est le cas pour tout autre médicament autorisé en France. C’est dans un rapport de 2011 que la HAS rend son premier avis plutôt pessimiste quant à ces quatre médicaments. La commission déclare que “leur efficacité est au mieux modeste et de pertinence clinique discutable” (23). Le gouvernement décide cependant de maintenir le remboursement.

Les quatre médicaments continuent ensuite de faire polémique. En effet, la Commission de Transparence rend en 2016 deux avis tranchants sur les quatre médicaments de la maladie d’Alzheimer, déclarant que “ces médicaments n’ont plus de place dans la stratégie thérapeutique” (24). Entre 2016 et 2018, la commission publie un total de trois avis faisant part de son scepticisme concernant les médicaments anti-Alzheimer (15). Le ministère décide finalement de mettre fin au remboursement en été 2018 en s’appuyant sur l’expertise de la HAS fraîchement publiée (15).C’est Mme la ministre Agnès Buzyn, hématologue de formation, qui prend cette décision et en est le porte-parole. Avant son mandat de ministre, Mme Buzyn était à la tête de la HAS et ceci depuis le 7 mars 2016 (25). Durant ses deux ans à la tête de la HAS, les deux avis pessimistes susmentionnés demandant l’arrêt du remboursement sont mis de côté par la ministre alors en fonction (26). Mme Buzyn devient ensuite ministre des Solidarités et de la Santé sous le gouvernement Macron en 2017 (27) et met fin au remboursement des médicaments anti-Alzheimer en été 2018 sur la base d’un nouvel avis rendu par la Commission de la Transparence.

Du côté du monde médical, la grande majorité des médecins pratiquants des centres de prise en charge de patients atteints de la maladie d’Alzheimer, une fois questionnés, jugent que les traitements anti-Alzheimer sont utiles comme le rapporte une enquête menée par le Dr. Matthieu Ceccaldi en 2016 (28). Il joue l’avocat de ces médicaments anti-Alzheimer et explique dans un interview mené par Europe 1 en 2016 que leurs effets secondaires sont sous contrôle car les médecins prescrivent les médicaments en connaissance de cause (29). Déjà en 2016, cependant, il existe des avis divergents en la matière. C’est le cas, par exemple, du Pr. Olivier Saint-Jean qui se distingue par son scepticisme sur les médicaments de la maladie d’Alzheimer. Ce professeur de gériatrie, directeur du service de gériatrie de l’Hôpital Georges-Pompidou et enseignant à l’université Paris-Descartes indique que “rien ne justifie la poursuite de la prescription de médicaments inutiles” tel que déclaré dans le journal Libération le 20 Septembre 2015 (30). Selon lui, les quatre traitements de la maladie d’Alzheimer ne présentent pas d’intérêt médical et ne devraient donc pas être prescrits. Il explique dans ce même article qu’en plus de conflits d’intérêt “massifs“, c’est le besoin des praticiens d’être en mesure de proposer un traitement après le diagnostic de la maladie d’Alzheimer qui les poussent à continuer de prescrire (30).

Quant aux proches aidants et aux patients, l’association France Alzheimer en représente un nombre certain. Brigitte Huon, vice-présidente de l’association s’exprime en Octobre 2016 dans le journal Ladepeche.fr : “Si on abandonne complétement cette piste médicamenteuse, c’est assez dramatique pour les familles” (31). Ceci montre bien qu’en 2016 déjà, la question du déremboursement est controversée.

Discussion dans la sphère politique

En date du 29 mai 2018, le gouvernement français communique sa décision de mettre fin au remboursement des quatre médicaments de la maladie d’Alzheimer dès le 1er août 2018 (15). Dans un interview sur Europe1, la ministre Agnès Buzyn explique qu’elle s’est appuyée sur l’expertise de la HAS pour cet arrêté et que sa décision est purement scientifique (32). En effet, l’avis de la Commission de Transparence du 21 mars 2018 sur les quatre médicaments de l’Alzheimer réaffirme les conclusions établies dans le rapport de 2016, dans lequel la commission indiquait le manque de service médical rendu des médicaments et l’importance de leurs effets secondaires (33–36). La HAS avait déclaré alors dans son communiqué de presse du 21 octobre 2018 qu’elle “considérait que ces médicaments n’avaient plus de place dans la stratégie thérapeutique“ et que “le service médical rendu était insuffisant pour justifier leur remboursement“ (24).

Source du tweet: (37)

La ministre de la santé déclare également que l’argent ainsi économisé sera réorienté pour le financement de la prise en charge des patients (38). Elle déclare dans ce même interview qu’il “n’y aura aucune économie faite sur le dos des malades. Ce qui compte c’est que les malades soient bien accompagnés.” (38).

Les oppositions ne tardent pas à surgir. Par exemple, le président de la Fondation pour la recherche sur la maladie d’Alzheimer, Olivier de Ladoucette, déclare dans un interview sur Europe 1 en date du 30 mai 2018 (39) :

“Là, je m’interroge. J’ai du mal à comprendre le pourquoi de cette démarche. Parce qu’on nous prétend que ces médicaments sont dangereux et inefficaces. Moi, je suis prescripteur de ces médicaments depuis 30 ans. Je suis au contact de malades atteints d’Alzheimer.”

Cet homme, à la fois médecin du terrain et président de la fondation Alzheimer, déclare également dans un interview donné cette fois encore sur Europe 1 (40) :

“Ces médicaments freinent le déclin. Donc, il est toujours difficile d’évaluer le bénéfice de ce type de traitement. Dans certains cas rares, la condition des patients est améliorée. Mais, le plus souvent, le déclin est freiné. Et comment s’en rend-on compte ? Tout simplement lorsque nous sommes contraints d’arrêter prématurément le traitement. Nous voyons chez un certain nombre de ces patients une chute très rapide de leur fonction cognitive. Et on valide après coup l’intérêt de ces médicaments.”

Ailleurs, 194 professionnels de la santé écrivent une lettre ouverte à l’intention de la ministre pour dénoncer le déremboursement et demander publiquement un retour en arrière, lettre qu’ils font publier par le journal Le Figaro (41). Ils y font part de leur “désarroi” et de leur “colère (41). Ces médecins, auteurs de la lettre, proviennent notamment des vingt-huit centres mémoires de ressources et de recherche sur la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées (CMRR) (42). Ces centres sont en particulier spécialisés dans la prise en charge spécifique de patients souffrant de la maladie d’Alzheimer comme expliqué sur la page web du CMRR de Grenoble (43).

En outre, une pétition pour relancer le remboursement des médicaments anti-Alzheimer a été lancé par l’association France Alzheimer (44). L’association cherche ainsi à “mettre fin à une décision injustifiée et dangereuse” (44). Depuis sa création en juin 2018, la pétition compte un peu plus de 27’800 signatures (45).

En juin 2018, un communiqué de presse est publié par la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) en réaction au déremboursement (46). Cette organisation scientifique chargée de “l’expertise de la médecine de la personne âgée et du vieillissement“ y fait part de son appui à l’emploi des médicaments anti-Alzheimer et y demande “un nouvel examen des résultats scientifiques réels des grandes études internationales avant de prendre une décision définitive qui isolerait la France et surtout, serait délétère pour les patients français et leur entourage“ (46),(47).

Cependant, la ministre reste sur ses positions et déclare ne pas vouloir revenir en arrière concernant cette décision de déremboursement (48).

Impact économique

D’après le rapport mondial 2015 de l’organisation Alzheimer’s Disease International, les coûts mondiaux de prise en charge de la maladie d’Alzheimer se sont élevés à 820 milliards de dollars en 2015, soit plus de 1% du produit intérieur brut mondial (49) Si ce chiffre nous donne un aperçu de l’ampleur de l’impact économique que peut représenter cette maladie, il faut garder à l’esprit que ce marqueur est difficile à mesurer précisément. Pour mieux appréhender le sujet, le rapport de la fondation Médéric est publié en 2015 différencie des coûts médicaux et paramédicaux (diagnostic, hospitalisation, médicaments, psychologue, …) les coûts liés à l’aide informelle (aide prodiguée par une personne de l’entourage de la personne malade telles que les soins d’hygiène corporelle, l’aide à l’habillage, à la marche, l’aide pour le ménage). Les coûts médicaux et paramédicaux s’élèveraient à 5.3 milliards d’euros par an et comprennent l’établissement du diagnostic, les soins des personnes malades à leur domicile, leur prise en charge en établissement de santé et les éventuels traitements suivis. Les coûts liés à l’aide informelle sont estimés à 14 milliards d’euros par an. Cela comprend l’aide prodiguée par une personne de l’entourage de la personne malade telle que les soins d’hygiène corporelle, l’aide à l’habillage, à la marche, l’aide pour le ménage et la gestion du budget (50). Toujours selon la fondation Médéric en 2015, l’estimation des coûts liés à la maladie d’Alzheimer sont 19.3 milliards d’euros par an, somme qui serait même encore sous-estimée.

Pour déterminer la partie des coûts attribuables au remboursement des traitements anti-Alzheimer, il est important de prendre en compte que ces derniers sont vendus sous forme de génériques. Cela implique que les brevets attribués à la vente de ces médicaments sont arrivés à terme et que la concurrence, n’ayant pas à amortir les frais liés à la recherche, se trouve en droit de vendre les mêmes médicaments à bas prix. Nous pouvons entre autres nous demander pourquoi l’état français n’a décidé que maintenant de dérembourser ces médicaments, alors que si leur efficacité n’a pas changé, leurs prix à considérablement baissé. En effet, le prix moyen d’une boîte de traitement est passé de 78.6 € en 2011 à 35.8 euros en 2015. Au total, le ministère français des Affaires sociales et de la Santé affirme que le remboursement total de tous les types de médicaments anti-Alzheimer a coûté environ 90 millions d’euros en 2015 (51). Ce chiffre entre dans la catégorie des coûts médicaux et paramédicaux, et représente environ 17% de cette dernière (≈ 13% annoncés par la fondation Médéric).

Étant donné l’effet controversé des traitements sur le ralentissement du déclin cognitif, il est important de se référer aux études pharmaco-économiques tentants de vérifier la rentabilité de ces traitements. En effet, même si les traitements actuels ne sont pas curatifs, ils peuvent tout de même être rentables socialement et économiquement parlant. Si l’on repousse le déclin cognitif et ainsi la perte d’autonomie chez le patient, on diminue aussi le temps durant lequel la prise en charge du patient est difficile et coûte cher (temps accordés par les proches aidants, aide à domicile, mise en institution, etc.). Selon un article tiré du The Lancet Commissions, retarder la démence de quelques années permettrait à beaucoup de personnes d’atteindre la fin de leur vie sans développer de symptômes handicapants. Ainsi, la prévalence de démence serait réduite de moitié si son apparition était retardée de 5 ans (2). Les études pharmaco-économiques effectuées à ce jour ne sont pas très nombreuses et ne présentent pas toutes les exactes mêmes conclusions. Toutefois, elles tendent à affirmer que la prise de traitement anti-Alzheimer ne représente pas une perte financière et qu’il est au pire équivalent à un placebo en termes de rentabilité (18,52,53). Ainsi, le remboursement des médicaments semble être un investissement au pire sans gain d’un point de vue économique et au pire seulement légèrement utile d’un point de vue médical. En conclusion, il semble en tout cas ne pas engendrer une perte financière.

Quid de l’impact économique sur les patients et proches aidants ? À ce jour, il n’existe pas d’aide spécifique attribuée aux patients atteints d’Alzheimer et à leurs proches. Ces derniers jouissent uniquement de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), aide fournie à toute personne en perte d’Autonomie. Selon une étude socio-économique de France Alzheimer faite auprès d’environ 500 aidants et publiée en 2010, cette aide ne répond pas aux besoins imposés par la maladie. Le reste à charge financier mensuel pour la famille serait en moyenne de 1’200 € en 2018 (et 1’000€ en 2010) (54,55). Un membre de l’association France Alzheimer témoigne sur France 3 en affirmant que les économies faite suite au déremboursement des traitements devraient bénéficier aux malades et proches aidants. Cela pourrait être fait en leur apportant une aide financière plus importante, de type allocation conçue pour les patients atteints d’Alzheimer (56).

En outre, d’après le « centre national de référence pour les malades Alzheimer jeunes », les traitements anti-Alzheimer représentent un coût mensuel de 30€ par patient en absence de remboursement (7). Si ces médicaments continuent d’être administrés aux patients, l’arrêt de leur remboursement représente donc une hausse de 3% des coûts de prise en charge de la maladie. Ces frais supplémentaires de 360 € par an représentent tout de même 1,6% du salaire médian français (qui est de 22’095€ en 2017(57)). Il ne faut pas oublier le risque de hausse de prix encouru par les traitements lors de leurs déremboursements. D’après une étude publiée en février 2019 par le ministère des Solidarités et de la Santé, le déremboursement entraîne une hausse immédiate des prix des médicaments. Notamment, ces tarifs ont augmenté « pour 54 % des médicaments déremboursés fin 2011 » et de « 39 % en moyenne en un an » (58). Cette hausse des prix est expliquée par le déficit en chiffre d’affaires causé par le déremboursement, déficit qui demeure non comblé même après l’augmentation des prix des médicaments des compagnies pharmaceutiques concernées. Finalement, ces chiffres ne prennent pas en compte les effets délétères que peuvent avoir la maladie sur le travail et donc le revenu des proches aidants. Selon une enquête menée par France Alzheimer chez environ 1’500 Français, 72% des accompagnants affirment que la maladie de leur proche a une incidence négative sur leur concentration et leur efficacité au travail et 43% sur leur évolution de carrière (59).

D’un point de vue européen, la France n’est pas l’unique pays à avoir fait le choix de ne rembourser aucun des traitements anti-Alzheimer. Il est intéressant de noter que les autres pays dans cette situation, c’est-à-dire Malte, la Bulgarie et la Lettonie, sont peu nombreux et ont un produit intérieur brut par habitant relativement bas pour l’Europe (11,60). Selon l’organisme britannique équivalent à la HAS appelé National Institute for Health and Care Excellence, les recommandations officielles qui ont été actualisées en juin 2018 restent positives quant à la prescription des traitements anti-Alzheimer (61).

Ce qu’en dit la science

Les avis concernant l’efficacité des traitements contre la maladie d’Alzheimer sont très divergents. L’enjeux étant le rapport entre le coût des médicaments en question et leur bénéfice apporté, la décision entre prescription et proscription est difficile à prendre. En effet, ce sont des traitements qui coûtent très cher et dont l’efficacité reste encore controversée et peu démontrée. Mais, en amont de la question de prescrire ou proscrire les médicaments indiqués pour la maladie d’Alzheimer, les scientifiques soulèvent une autre problématique, celle du diagnostic de cette maladie. En effet, ce type de diagnostic s’avère très complexe. Premièrement, pas toutes les démences sont des maladies de type Alzheimer. Certaines pathologies peuvent avoir des symptômes semblables à ceux de la maladie d’Alzheimer, mais n’auront pas pour autant le même type de physiopathologie et de ce fait ne nécessitent pas le même type de traitement. Deuxièmement, il y a plusieurs types de maladie d’Alzheimer, certaines plus courantes que d’autres. On parle d’Alzheimer de type amnésique en cas de déficits de la mémoire épisodique alors qu’on qualifie d’Alzheimer de type non amnésique une démence caractérisée par des déficits de langage, de capacités visuo-spatiales et de fonction exécutive. Troisièmement, la maladie d’Alzheimer peut être associé à d’autres pathologies cérébrales. En clair, il s’agit plutôt d’un continuum entre différents types de démence et non pas de symptômes parfaitement catégorisables. De ce fait, ce diagnostic réside en un tableau clinique extrêmement complexe.

Concernant les méthodes de diagnostics, il existe actuellement des tests neuropsychiatriques très avancés issues des progrès technologiques, tel que la mesure de la concentration de biomarqueurs (des protéines β 1–42-amyloïdes, τ et τ hyperphosphorylée) dans le liquide céphalo-rachidien ou la neuroimagerie des amyloïdes cérébraux. Mais, d’après le comité de la quatrième conférence consensuelle sur le diagnostic et le traitement de la démence, ce diagnostic demeure fondamentalement clinique, en se basant sur une liste de critères et de définitions de démences causées par la maladie d’Alzheimer, formulée par le NIA-AA en 2011 (62).

Concernant les traitements, il s’agit principalement de traitement symptomatique, qui concernent généralement les psychoses et les comportements agités voire agressifs. Actuellement, les deux principaux types de traitements sont les inhibiteurs de la cholinestérase et les APAs (antipsychotiques atypiques).

Parmi les APAs, la rispéridone et l’olanzapine sont les médicaments les plus étudiées et qui semblent être les plus efficaces (63). Toutefois, dans le cadre d’une étude issue des Clinical Antipsychotic Trials of Intervention Effectiveness-Alzheimer Disease (CATIE-AD), l’efficacité des olanzapine, rispéridone et quétiapine a pu être démontrée en les comparant à des placebos. Malheureusement, ces substances présentent énormément d’effets indésirables et d’après cette étude ils ne sont pas contrebalancés par suffisamment d’effets bénéfiques (64). Cet avis est soutenu par les recommandations du comité de la quatrième conférence consensuelle sur le diagnostic et le traitement de la démence, où il est conseillé de donner ces types de médicamentation si des comportements qui pourraient être soigné à l’aide de ce traitement sont dangereux pour l’entourage et le patient lui-même, tout en pesant les bénéfices du traitement par rapport aux effets indésirables (ici de nature cérébrovasculaire).

Concernant l’utilisation des inhibiteurs de la cholinestérase, d’après une étude menée sur un échantillon de 364 personne (65), l’utilisation de ce type de médications et suivi d’effets secondaires graves tels que « une diminution des performances physiques et une diminution du statut fonctionnel ». Pourtant, dans les recommandations du comité de la quatrième conférence consensuelle sur le diagnostic et le traitement de la démence, il est clairement énoncé que « les 3 inhibiteurs de la cholinestérase ont été efficaces dans le traitement de la maladie d’Alzheimer légère à modérée. Il est recommandé de faire l’essai d’un inhibiteur de la cholinestérase chez la plupart des patients atteints de la maladie d’Alzheimer ». Bien que s’en suive une liste d’effets secondaires et des lignes directives d’arrêt du traitement, ce type de médication est vu comme efficace et est conseillée d’un point de vue purement scientifique.

Les avis au sein de la communauté scientifique divergent concernant la question du remboursement des médicaments anti-Alzheimer. Dans un premier temps, les praticiens ne s’entendent déjà pas sur la question du bienfondé de la maladie. Par exemple, pour le Pr. Bruno Dubois, professeur en Neuroscience à l’Université́ Pierre et Marie Curie Paris 6 et directeur de l’Institut de la Mémoire et de la Maladie d’Alzheimer (IM2A) (66), les troubles de mémoires dont se plaignent certaines personnes âgées ne sont pas forcément la conséquence d’une maladie de type Alzheimer. En effet, il affirme que “la plupart du temps, les gens qui se plaignent de leur mémoire souffrent d’un simple trouble attentionnel. Parce qu’ils sont déprimés, fatigués, ou stressés, ou tout simplement surinformés, ils perdent beaucoup d’informations“ (67). Il semble évident qu’il est difficile de soutenir des médicaments pour une maladie que l’on considère irréelle chez beaucoup de patients.

D’autre part, certains spécialistes considèrent que les comportements et symptômes assignés à la maladie d’Alzheimer ne sont pas une fatalité. Selon Philippe Amouyel, médecin et professeur à l’Université de Lille et directeur de la Fondation Alzheimer, il est tout à fait possible de prévenir ce type de symptôme en adoptant le bon comportement au quotidien. Il décrit cela dans un livre dénommé “Le guide anti-Alzheimer, Les secrets d’un cerveau en pleine forme“, qu’il publie en mars 2018. Dans cet ouvrage il propose différents conseils visant à prévenir les troubles du fonctionnement cognitif tel que la perte de mémoire, qui pour lui n’est forcément en lien avec la maladie d’Alzheimer (68).

Dans un second temps, parmi les praticiens qui estiment que la maladie est bel et bien réelle, les opinions divergent quant à l’utilité des quatre traitements existants. Parmi les scientifiques peu favorables et parfois hostiles à leur prescription, on trouve sans surprise le professeur Olivier Saint-Jean qui se réjouit de l’annonce du déremboursement :

Source du tweet: (69)

En 2016, le docteur Claude Leicher, ancien président du syndicat français des médecins généralistes (MG France), relève l’inutilité des médicaments anti-Alzheimer et demande qu’ils soient “retirés du marché“ (70),(71).

Ils sont plusieurs spécialistes, praticiens ou encore chercheurs à répéter les mêmes choses. Par exemple, en 2015, c’est le tour du professeur en pharmacie clinique Alain Astier de déclarer sur le plateau de l’émission Allô Docteur que les médicaments anti-Alzheimer “ne servent pas à grand-chose“ et de réexpliquer que les effets secondaires sont importants (72),(73).

Le Collège National des Généralistes Enseignants (CNGE), l’organisme majeur de médecine générale en France, soutient également la décision de la ministre.

Source du tweet: (74)

À l’inverse, le professeur en neurologie Marie Sarazin, cheffe de l’Unité de Neurologie de la Mémoire et du Langage au centre hospitalier Sainte-Anne à Paris témoigne être dans l’incompréhension quant à la récente décision de déremboursement du ministère (75), (76). Elle déclare dans un interview du journal Le Télégramme que “ces traitements ont montré leur efficacité pour freiner la progression de la maladie et éviter certaines complications“ (76). Et elle n’est pas la seule. Le Dr. Virginie Desestret répondait en 2016 à la question de l’efficacité des traitements de la maladie d’Alzheimer :

“Cela dépend de ce que l’on entend par le terme « efficace ». Si l’on parle de guérir la maladie, non ils ne sont pas efficaces. Si l’on parle d’un effet sur les symptômes des patients, alors oui. Ces traitements ne sont pas prescrits à titre compassionnel, pour éviter le désespoir du patient : les patients peuvent bénéficier d’une amélioration ou au moins d’une stabilisation de leur déficit. Sachant que ces médicaments ont d’éventuels effets secondaires, nous ne prendrions pas le risque de les prescrire sans être certains qu’il y a un bénéfice attendu, même modeste. “ (77)

Ailleurs, le Dr. Olivier de la Doucette déclare des médicaments anti-Alzheimer dans un interview de 2017 :

“Certes, ils ont une efficacité limitée. Toutefois, cette efficacité n’est pas nulle. De plus, ils permettent d’assurer un suivi des patients. En effet, sans médicament, il est très difficile de médicaliser une personne. Grâce à la prescription, le patient et sa famille peuvent être pris en charge par l’équipe médicale, le spécialiste et les autres soignants. De cette manière, un suivi du malade et de son entourage est assuré“ (78).

Au-delà de la question de leur efficacité thérapeutique, la prescription de ces médicaments permet un meilleur suivi des patients. Le docteur ajoute donc ici une donnée supplémentaire à la controverse.

Le professeur Vincent Renard, président du CNGE, répond à cela qu’il est “incroyable de défendre l’idée qu’une consultation médicale ne peut pas exister sans médicament“ (79).

Impact social

Les patients et leurs familles sont les premiers sur qui retombent les conséquences de la décision prise par la Ministre. En France, 3 millions de personnes, proche-aidants compris, sont concernés par cet arrêté. Certains témoigne d’un quotidien difficile, devant souvent choisir entre arrêter de travailler ou changer de métier pour tout de même aider leur proche. Concilier vie professionnel et maladie n’a pas été une option (80).

Si les médicaments ne sont plus remboursés, une charge supplémentaire s’impose, celle de 65 euros par mois selon Brigitte, une patiente âgée de 62 ans. Cette dernière avait d’ailleurs “arrêté d’utiliser son patch destiné à stabiliser sa mémoire en août dernier, parce qu’il n’était plus remboursé” avant de changer d’avis car son mari a noté une aggravation dans les symptômes (81).  Cette dernière n’est pas la seule concernée par des aggravations des troubles cognitifs suite à l’arrêt du traitement. En effet, cela s’est produit pour 52% des patients qui ont stoppé leur prise médicamenteuse selon l’enquête de l’association France Alzheimer. Cette association soutient par ailleurs 900’000 patients. Cette enquête investiguait le vécu après déremboursement de plus de 2’500 patients et leurs proches. On y apprend que 20% des patients ont mis fin à leur traitement en conséquence de l’arrêt du remboursement (81).

Par ailleurs, le professeur Philipe Amouyel, directeur générale de la Fondation Plan Alzheimer, affirme que “bien utilisés, ces médicaments avaient une certaine utilité. On avait de bons retours des patients et des familles.” (82)

L’idée d’un traitement alternatif fait également débat. Dr Virginie Desestret de Lyon affirme en Juin 2016 déjà, “qu’il existe des prises en charge dites non médicamenteuses qui sont efficaces. C’est le cas de la remédiation, de l’accompagnement du patient, de toute la prise en charge de stimulation du patient. Mais ce sont des compléments incontournables aux traitements médicamenteux, il ne s’agit pas d’alternatives”(77). Sur ce même interview donné par la Fondation Vaincre Alzheimer, Dr Catherine Thomas-Antérion, neurologue affirme que “le soin comprend également des traitements non médicamenteux mais il ne s’agit pas d’une alternative mais plutôt d’un traitement complémentaire”.

La Ministre a néanmoins assurée que “tout l’argent qui va être économisé sera intégralement réorienté vers l’accompagnement des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, soit pour les centres mémoire soit pour le secteur médico-social qui les prend en charge” (32).

Le rapport de l’HAS se termine d’ailleurs sur une brève présentation en expliquant comment “prendre en charge et accompagner les patients en s’appuyant sur une approche non médicamenteuse, globale et pluriprofessionnelle” (83). L’HAS avance l’élaboration d’un guide afin de mettre en pratique son modèle de prise en charge. Ce guide a été publié en Mai 2018, après le rendu du dernier rapport (84). Ce guide parle particulièrement de l’attention qu’il faut portée aux premiers signes de la maladie afin d’établir un diagnostic au plus vite où les professionnels de santé et les intervenants au domicile ont un rôle essentiel à jouer (85).

Impact sur la santé

La maladie d’Alzheimer est souvent explicitée comme étant la cause de l’apparition de troubles de la mémoire toujours plus fréquents et toujours plus graves. Malheureusement cette maladie s’accompagne de nombreux autres types de troubles et de déficits, qui rendent la vie du malade et celle de son entourage très difficile au quotidien. En effet, la maladie d’Alzheimer possède une symptomatologie extrêmement variée et dont la cinématique d’apparition reste encore très incertaine (86).

En plus des troubles de la mémoire, des symptômes issus de troubles du fonctionnement cognitif apparaissent progressivement. Il s’agit de sauts d’humeur, souvent sans raison apparente, de trouble affectif et de trouble du comportement, allant parfois jusqu’à de l’agressivité envers l’entourage et les proches. Des troubles de la fonction exécutive et du langage sont aussi fréquemment observés. Au contraire, une personne souffrant d’Alzheimer peut parfois avoir du mal à s’exprimer car elle aura tendance à remplacer un mot par un autre au point de rendre une phrase totalement incompréhensible (29). Il est aussi fréquent de voir une anxiété croissante, probablement due à la prise de conscience des dysfonctions cognitives, jusqu’à ce que dans un second temps, une anosognosie s’installe progressivement. Au vu de l’étendue très vaste des symptômes, les médecins conseillent vivement aux personnes directement concernées ou à leur entourage de faire une investigation à l’aide d’outils de « repérage ». Ces outils sont, en l’occurrence, des tests psychométriques qui permettent d’évaluer l’état de l’ensemble des fonctions cognitives. Comme exemple de tests actuellement utilisé, il y a le “Mini-Mental State Examination“ (MMSE) et le “Montreal Cognitive Assessment“ (MoCA) (86).

Par ailleurs, il faut aussi garder à l’esprit qu’il existe de nombreuses autres maladies neurodégénératives qui peuvent aisément être confondues avec la maladie l’Alzheimer, au vu des symptômes que toutes ces pathologies ont en commun. Pour citer quelques exemples, il peut s’agir de démences issues de causes vasculaires secondaires à une macro- ou micro-angiopathie, ou de l’un des syndromes de démences fronto-temporales (DFT) ou encore de démences liées à la maladie de parkinson.

Quant à l’effet de l’abandon de la prise des médicaments anti-Alzheimer, l’enquête menée par France Alzheimer pour étudier les conséquences du déremboursement fait état de plusieurs témoignages de proches aidants ayant constaté une dégradation de l’état de santé de leur proche malade suite à l’arrêt de la prise médicamenteuse (87). C’est le cas, par exemple, de Régine qui regrette d’importantes répercussions sur la cognition et la motricité de son mari (87).

Comme l’a déclaré le docteur Olivier de la Doucette juste après l’annonce de la décision ministérielle, les médicaments anti-Alzheimer ralentissent le déclin cognitif et ainsi une interruption dans la prise conduit à une “chute rapide de la fonction cognitive“ (40)

Conclusion

L’Alzheimer est, de par sa prévalence et son impact sur la société, un enjeu sanitaire majeur du XXIe siècle. Les traitements actuellement disponibles permettent de ralentir l’apparition des symptômes de cette maladie, mais pas de l’empêcher. Si leur efficacité est avérée, elle reste toutefois très modeste et provoque une quantité non-négligeable d’effets secondaires. D’après les analyses médico-économiques disponible, ces médicaments sont au pire considérés comme : ni coût efficace ni coût inefficace (53), et selon certaines études, coûts efficaces (18,52). Toutefois la littérature scientifique à ce sujet n’est pas encore très importante (88).  Ainsi, le choix d’encourager l’utilisation des traitements anti-Alzheimer actuellement disponible reste subjectif à chaque état.

La décision française du déremboursement de tous ces traitements le 29 mai 2018 est peu populaire en Europe. Elle a été expliquée par les effets secondaires importants, le manque d’efficacité, et implicitement les coûts générés inutilement par ces traitements. Cette décision a découragé bon nombre de patients suivant un traitement anti-Alzheimer à le continuer (81). Chez les experts, certains sont pour le déremboursement, d’autres contre. La partie du grand public impliqué dans le débat, semble être en très grande majorité pour le remboursement du traitement. Nous pensons que ces traitements donnent de l’espoir et ont un effet positif, surtout sur le moral des proches aidants. Cela pourrait déjà avoir un impact social et économique positif, mais trop difficile à mesurer pour être démontré.

Si ces traitements présentent de nombreux effets secondaires, il en va de même pour beaucoup d’autres traitements, et aucuns effets dangereux n’a été signalés depuis leurs mise sur le marché. De plus, si ces effets sont trop importants, le traitement peut toujours être arrêté. Contrairement à ce que semble penser l’état français, le remboursement d’un traitement n’implique pas l’obligation de le prendre.  Pourtant, si l’efficacité est faible, elle existe et c’est toujours mieux que rien. Pour ce qui est des coûts qu’ils génèrent, ces derniers semblent rentabilisés par le ralentissement du déclin cognitif. Pour ce qui en est des effets secondaires, aucun signe de dangerosité vitale n’a été reporté depuis la mise sur le marché des traitements. Finalement, bien que la controverse à fait couler beaucoup d’encre, la majorité de la littérature scientifique actuellement disponible indique que le remboursement des traitements anti-Alzheimer ne pourrait qu’avoir un effet positif. Si aucune preuve scientifique ne remet concrètement ni l’efficacité, ni la sécurité de ces traitements en question, qu’ils représentent dans le pire des cas un investissement neutre en termes de rentabilité, alors pourquoi refuser de les rembourser ? Ainsi, selon nous, le choix du rapport bénéfices / inconvénients générés par le traitement devrait être donné aux malades bien informés par leur médecin sans que la question financière ne se pose.

Bibliographie

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Controverse autour de la viande “in vitro”

Edouard Veuillet, Elise Graulich, Nathan Cornide

Figure 1. Tissu musculaire sur boite de pétri a

Introduction:

Au même titre que les années 1980 représentent un bouleversement considérable dans l’utilisation du génie génétique afin notamment d’augmenter les rendements agricoles1 ; le début des années 2000 semble représenter un tournant majeur dans l’utilisation de l’ingénierie tissulaire visant à la production de tissus vivants de synthèse à des fins commerciales.

Ce virage radical dans la conception de nourriture est observable aujourd’hui à travers divers projets de production de viande de synthèse ou “In-Vitro” dirigés par les trois grandes start-ups suivantes : Mosa Meat, Memphis Meat et SuperMeat. Les trois chefs de projet de ces sociétés sont des scientifiques apparentés à des Universités reconnues, respectivement : L’université de Maastricht et d’Eindhoven aux Pays-Bas, de Memphis aux États-Unis et de Jérusalem en Israël. Une question se pose donc : Qu’est-ce que la “Viande In-vitro” et pourquoi en fabriquer ?

 A l’heure actuelle, l’élevage bovin occupe un espace significatif des terres émergées du globe. En effet, celui-ci requiert à lui seul près de 70 % des terres agricoles disponibles, utilisées directement ou indirectement pour la production de viande et de lait (exemple : la production de nourriture bovine à base de céréales, les pâturages qui prennent énormément de place etc…)2. L’expansion de ces zones entraîne au passage la déforestation des forêts tropicales et tempérées du monde entier et donc une perte de biodiversité importante. Une autre conséquence de l’accroissement de ces zones d’élevage est la production de gaz à effet de serre émis par le bétail et par la coupe de ces forêts2. Il est aussi intéressant d’ajouter que ces dernières années, une forte prise de conscience s’est faite en ce qui concerne le bien-être des animaux et les souffrances occasionnées par l’élevage intensif et l’abattage des bêtes. Ces facteurs ont donc eu un impact certain sur l’orientation de la recherche afin de fabriquer une viande dite “propre”.

C’est donc dans un monde où la disponibilité en ressources diminue et où la consommation en produits carnés ne cesse d’augmenter que l’idée de produire une viande de synthèse à une échelle industrielle a vu le jour pour pallier ces problèmes.

Quelques entreprises se sont donc lancées dans la course à la production de viande in-vitro au début des années 2000 et suite à de nombreuses avancées, en 2013, le premier burger fait à base de cette viande a été présenté au public.3 Actuellement, l’entreprise Mosa Meat estime que sa commercialisation à grande échelle est prévue dans 3-4 ans.4 Il est donc maintenant question de savoir si la viande in-vitro est une réelle solution aux problèmes occasionnés par l’élevage animalier mais également si elle sera acceptée par les consommateurs. Ceci fait grand débat dans la communauté scientifique, dans le domaine de l’agriculture et chez divers types de consommateurs car elle pose des problèmes autant éthiques et sociaux que techniques. Nous allons donc nous pencher sur les différents enjeux qui découlent de cette pratique à travers les acteurs et leurs différents arguments qui gravitent autour de cette controverse.

Figure 2. Première présentation télévisé d’un steak de synthèse b

Argument écologique : “La viande in vitro est une solution aux problèmes environnementaux causés par l’élevage du bétail”

Les start-up Mosa Meat, Memphis Meat ou SuperMeat utilisent cet argument comme le pilier principal sur lequel repose leur stratégie de vente. Afin de comprendre l’importance qu’ont ces nouvelles sociétés dans la controverse, nous allons en introduire une brièvement et expliquer son point de vue sur le problème.

La plus importante des trois entreprises préalablement présentées, Mosa Meat est la première à avoir produit un steak de viande fait de manière artificielle. Le directeur scientifique de Mosa Meat, Mark Post est un PhD Néerlandais travaillant dans le domaine de l’ingénierie tissulaire sur les greffes de vaisseaux sanguins.5 Un site affilié à l’université de Maastricht précise que le début de ses recherches sur la viande de synthèse n’est pas un hasard. En effet, ce site précise que Mark Post a participé en 2008, à un programme de recherche financé par le gouvernement Néerlandais6 afin de produire une viande dite “In-vitro” pour les raisons environnementales citées plus haut dans l’introduction. Il est important de remarquer qu’il y avait une véritable préoccupation gouvernementale et académique sur le sujet. Toujours selon ce site6, Mark Post aurait continué ses recherches à la suite d’un arrêt de financement de la part du gouvernement en 2010. Le probable impact de cette méthode sur l’avenir l’intéressant beaucoup, il a fini par trouver une aide financière auprès du directeur de Google Sergey Brin. Ceci lui permettra de fonder Mosa Meat.

C’est donc en 2013 que la société Mosa Meat présente son steak artificiel. Cette date est le moment clef de la controverse car c’est à partir de ce moment-là que le grand public a commencé à s’interroger sur le sujet. En effet, cette nouveauté a été présentée au monde lors d’un programme télévisé diffusé sur le web (financé par le directeur de Google Sergey Brin) ce qui a suscité beaucoup de réactions, la presse britannique qualifiant même ce steak de « Frankenburger ».3

La position de cette société est claire sur le sujet de l’environnement, la viande in-vitro est une solution d’avenir. La première raison citée : “Cultured meat generates up to 96% lower greenhouse gas emissions, helping us avoid the disastrous consequences of climate change.”7 Ce chiffre interpelle pourtant car aucune source ni étude ne permet de confirmer cela. Bien qu’il soit concevable, en extrapolant sur les bénéfices que peuvent apporter cette méthode en termes de reforestation, qu’une énorme partie du carbone pourrait être stockée. L’entreprise prend ensuite l’exemple de l’énorme déforestation que subit la forêt amazonienne. « Large parts of the Amazon rainforest has already been cleared for cattle, for instance. »7 Ces terres sont principalement utilisées pour produire de la nourriture (soja et autres graminées) destinée à nourrir mais aussi à loger les gigantesques élevages de bétail d’Argentine et du Brésil.2 Malgré le fait qu’il n’y ait toujours pas de sources, Greenpeace confirme la très grande importance qu’a ce domaine dans la déforestation puisque selon eux, pas moins 60% des terres déboisées sont utilisées directement pour le bétail au Brésil.8 Cette déforestation implique également selon Mosa Meat une énorme perte de biodiversité : “ This in turn leads to drastic loss of biodiversity. Each day we lose upwards of 80,000 acres of tropical rainforest, and with it about 135 plant, animal and insect species. That’s 50,000 species going extinct every year.”7 La pertinence du propos selon lequel la déforestation entraîne une perte importante de biodiversité est malheureusement quelque peu dévalorisée par le fait qu’aucune source ne vient confirmer les chiffres invoqués en termes d’espèces éteintes. Le facteur qui peut permettre de comprendre le manque de rigueur en termes de citation de sources dans les explications faites par cette société provient du fait que les sujets abordés sont très actuels et médiatiques. Il est à noter que pour convaincre le public Mosa Meat n’a pas besoin de citer de sources. En effet, les consommateurs qui visitent le site de l’entreprise ne vont pas forcément faire les démarches pour confirmer les propos; la stratégie d’un organisme comme celui-ci étant de convaincre un consommateur potentiel et non pas d’apporter des preuves évidentes sur la véracité de ses propos.

Selon une étude plus nuancée de Hanna Tuomisto, chercheuse en science de l’agriculture à l’université de Helsinki9, les avantages environnementaux que peuvent apporter la viande “in-vitro” dépendent surtout du futur que l’on réserve aux terres qui étaient jusqu’ici utilisées de façon directe pour l’élevage, c’est à dire en pâturages. Si ces dernières deviennent à leur tour des champs, alors l’impact environnemental pourrait être égal voire même négatif. En effet, la chercheuse affirme que les pâturages stockent de grandes quantités de carbone dans leur sol, les labourer pour en faire des terres cultivables relâcherait tout ce carbone dans l’atmosphère ce qui aurait d’énormes conséquences sur l’élévation du CO2 atmosphérique et donc par conséquent sur l’effet de serre. En revanche, si ces terres sont remplacées par de la végétation ou des forêts, le taux de carbone stocké dans le sol qui en résulterait serait énorme (surtout dans les régions intertropicales où les forêts stockent des quantités gigantesques de cette matière).10 Toujours selon la même étude, les avantages pour la biodiversité dépendent également de ce qui va être fait sur lesdites terres. Le bétail présent dans les pâturages joue un rôle dans le maintien d’une grande variété d’habitats mais également dans le maintien de nombreuses espèces qui vivent à leur dépens. De plus, une certaine partie des pâturages du monde sont des steppes naturellement peu boisées dont on ne peut pas tirer profit autrement que par l’élevage car les sols sont trop pauvres ou trop secs pour qu’ils soient cultivables. La disparition totale de l’élevage n’est donc pas envisageable ni nécessaire11, c’est la réduction de celui-ci qui serait un des véritables bénéfices de la viande de synthèse si elle parvient sur le marché. Une diminution de la déforestation et le reboisement d’une grande partie des terres agricoles destinées à l’élevage bénéficierait donc au stockage du carbone dans les sols mais également au maintien d’un environnement stable et riche en termes d’espèces.10 Une utilisation réfléchie de ces terres ne peut être que bénéfique. Cependant, selon Francois Hocquette, directeur de recherche à l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), miser sur cette méthode pour sauver l’environnement n’est pas la meilleure solution car beaucoup trop d’aspects sont encore flous sur le sujet et ne permettent pas de se projeter vers l’avenir avec assurance.11

Argument éthique :

La viande in-vitro n’est pas seulement objet de controverse dans le domaine de l’écologie, elle l’est également d’un point de vue éthique.

Le droit des animaux est aujourd’hui une cause défendue par beaucoup d’associations à travers le monde comme LSCV12 en Suisse qui promeuvent la fin de l’élevage intensif. Même si ceux-ci ne se sont pas encore penchés sur le sujet de la viande in vitro, il est possible d’imaginer que cette méthode entraînerait une diminution du nombre d’abattages estimé à 50 millions par an.13 De plus, cela pourrait induire une forte baisse du nombre de bêtes en captivité étant donné l’efficacité de la méthode. En effet, cette méthode n’a besoin que de quelques cellules souches pour produire de grandes quantités de viande (comme nous le verrons dans la partie technique). Il s’agirait donc de la réponse à un problème qui concerne de plus en plus de monde au 21ème siècle.

Cependant, bien que la production de viande de synthèse semble moins axée sur l’abattage en masse des animaux, les communautés véganes et végétariennes ne semblent pas pour autant convaincues. En effet, sur le forum vegeweb, on retrouve beaucoup de commentaires qui pointent du doigt le fait que l’animal est encore exploité, plus pour sa viande directement mais pour ses cellules. Le commentaire de Erabee, une internaute lambda : “ [les cellules] prélevées sur un animal, nourri notamment aux hormones de croissance, ce que les viandards ne feraient pas pour bouffer du cadavre, quand même !”.14 De plus, leur inquiétude vient aussi du fait que ces cellules sont cultivées dans des milieux riches en protéines animales. Une phrase écrite par « the green vegans » semble bien représenter la situation : “This means that while lab-grown meat has the potential to save lots of animal lives, it is by no means vegetarian or vegan and definitely not cruelty-free”.15

Comme la viande de synthèse n’est pas encore mise sur le marché, il est difficile de se rendre compte si celle-ci prendra la place des productions existantes ou s’intégrera dans un marché parallèle. Cette potentielle concurrence pour les petites fermes indépendantes, qui se disent déjà mises en difficulté par les fermes industrielles16, pourrait poser problème. Un article posté sur AgFunder News en 2017 s’intéresse quant à lui à l’avis des fermiers sur la viande de culture.17 Ceux-ci semblent conscients de la hausse de la demande en viande et ne sont pas fermés à l’apparition de nouvelles technologies pour répondre à ces besoins. D’après les informations recueillies sur ce site spécialisé dans le domaine agricole, les fermiers sont conscients que la mise sur le marché de la viande in vitro aura des impacts variables selon le type d’exploitation. En effet, les exploitations qui se basent principalement sur l’exportation de céréales et fourrages destinés à l’élevage intensif seront le plus pénalisées. Cependant, pour certains agriculteurs, le mode de vie paysan ne disparaîtra pas : “farms are passed down through generations and farming is not just a business but a way of life, people won’t simply give up livestock farming if and when an alternative method of producing the same product exists”.17

Argument technique : “Capable de produire ? Oui. Quid de la grande échelle ?” 

Comme le dit Mark Post dans son étude sur la culture de la viande in vitro, les laboratoires commencent par extraire des cellules souches musculaires ou des cellules embryonnaires.6 Il est techniquement possible de les obtenir à partir de n’importe quelle espèce animale mais la technologie a été développée pour les cellules de bœuf, cochon, dinde, poulet, canard et poisson. Les cellules sont cultivées dans un bioréacteur.

Hanna Tuomisto explique dans son article10 sur la viande de synthèse que la fabrication de celle-ci commence par une prolifération des cellules souches puis par une différenciation des cellules souches en cellules musculaires. A cette étape, la culture est stimulée électriquement ou mécaniquement afin d’augmenter la fabrication de protéines et favoriser la structure de la viande. Finalement, les cellules fusionnent et forment des myotubes qui continueront à grandir dans le tissu musculaire jusqu’à la fin du processus. Les laboratoires spécialisés dans la fabrication de viande in vitro arrivent donc à produire un steak à petite échelle.

Hanna Tuomisto explique également dans son article que les laboratoires se questionnent sur une fabrication à grande échelle.10 Elle explique que les coûts de fabrication doivent être abordables pour pouvoir commercialiser ce produit à grande échelle. Ceci n’est pas encore le cas, actuellement un steak haché coutant environ 50 CHF à produire.18 L’article qui affiche ce prix ne fournit pas plus de détails sur la qualité et le poids de ce steak.

Un autre point cité dans l’article10 concerne la fabrication des bioréacteurs. Ceux-ci posent encore des problèmes de fabrication. En effet, ils doivent pouvoir conserver la même température, effectuer un brassement de l’air en continu et assurer la circulation des nutriments au sein de la culture. Selon le stade du développement cellulaire (prolifération, différenciation) les exigences mentionnées ci-dessus varient. A l’heure actuelle, un bioréacteur n’est pas capable de fonctionner pour les deux stades. Un transfert entre un bioréacteur conçu pour la prolifération et un bioréacteur conçu pour la différenciation doit donc se faire lors de la fabrication d’un steak in vitro. Cela pose de nombreux problèmes pour des cultures cellulaires destinées à une production à grande échelle. Un autre problème qui se pose est la nature de la surface sur laquelle les cellules vont pousser. La nature comestible (amidon, alginate) ou non (retirée à la fin du processus) de la surface influence la quantité produite. Il reste donc à choisir la meilleure solution pour une production à grande échelle. Finalement, les laboratoires pointent du doigt le fait que les aliments utilisés pour la culture cellulaire contiennent entre autres du sérum de sang de vache. Cela ne devrait pas être le cas car d’après eux, cela va à l’encontre de l’idée de base de la fabrication “in vitro” qui est de remplacer les produits carnés. Certaines cellules ont été cultivées sans sérum de sang de vache mais les scientifiques ont observé que cela entraînait un moins bon rendement du point de vue de la croissance cellulaire et également une mort cellulaire plus élevée qu’avec ledit sérum. Des recherches pour essayer d’obtenir un rendement maximum avec les coûts les moins élevés possible sont en cours avec d’autres milieux nutritifs : cyanobactéries, champignons, algues et levures.10

Les dernières études faites sur la viande in vitro utilisent une méthode dite de « life cycle assessment ». Cette dernière consiste à estimer l’impact environnemental d’un produit en tenant compte de l’entièreté de son processus de production (les différents gaspillages qui entraînent la production). De plus, si le produit permet la fabrication de différentes ressources (comme une vache produit du lait, de la viande ou du cuir), l’impact du processus est divisé par toutes ces ressources sur la base d’une attribution propre à un secteur (valeur économique, masse énergétique, …).19 En supposant un processus de fabrication d’une durée de 60 jours dans un bioréacteur à cuve agitée en continu, et en utilisant des cyanobactéries comme milieu nutritif, les résultats ont montré que par rapport à l’exploitation du bétail en Europe, la viande cultivée in vitro réduirait drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation de l’eau douce. Cependant, le coût énergétique lié à la fabrication in vitro de viande de volaille est plus élevée en élevage artificiel que dans l’élevage classique. Ces résultats ne sont qu’une estimation basée sur de nombreuses hypothèses en ce qui concerne le milieu nutritif, la conception du bioréacteur et la quantité produite. Cependant, ils mettent en évidence certains éléments clefs qui jouent un rôle dans le coût énergétique de la fabrication in vitro.20

Figure 3. Processus de production c

Argument commercial : « L’accueil d’un nouveau produit dans la société » 

Pour Richard McGeown, un chef anglais réputé, la viande in vitro est une très bonne alternative à la viande “naturelle” car elle permet de regarder vers de nouveaux horizons comme par exemple la production d’une viande moins grasse et moins salée comme il le décrit dans une vidéo de présentation d’un projet de restaurant futuriste le « Bistro in vitro ».21

Figure 4. Carte du « Bistro in vitro » d

Un article de Nature Reviews “High salt intake as a driver of obesity” précise l’impact d’un régime trop élevé en sel sur la santé et particulièrement sur l’obésité.22 La viande de synthèse pourrait donc être une alternative à la viande normale. De plus, beaucoup d’animaux sont aujourd’hui nourris avec toutes sortes d’antibiotiques afin de prévenir les potentielles infections comme le décrit l’article “The Effects on Human Health of Subtherapeutic Use of Antimicrobials in Animal Feeds” sur Pubmed.23 Cet article met en avant le fait que cette alimentation pourrait induire l’apparition de souches résistantes potentiellement transmissibles à l’Homme lors de l’ingestion de la viande.

Bien que les études sur ces dernières informations soient peu nombreuses, la production en laboratoire permettrait un certain degré de sureté.

Un problème qui semble cependant se poser est l’apport en vitamine B12 de la viande in vitro. En effet, comme le précise le forum VeganPratique24, les végétariens et véganes, dus à leur régime alimentaire, sont pour la plupart carencés en vitamine B12 qui est uniquement trouvée dans les produits carnés comme l’explique toujours ce forum. Cette nouvelle viande vendue comme plus éthique ayant pour but d’attirer ce genre de consommateurs pourrait ainsi résoudre ces problèmes de carences. Cette vitamine ne peut être synthétisée que par des bactéries ou micro- champignons qui sont ensuite ingérés par les herbivores (comme le bœuf). Cependant, dans le cadre d’une production en laboratoire, l’incorporation de cette vitamine ne semble pas garantie, lui enlevant un grand intérêt. Comme le pense l’internaute IconO du forum Vegeweb : “Je suis curieux de connaître l’intérêt d’une viande ne contenant même pas de vitamine B12 puisque cultivée en laboratoire”.14

La production de viande in vitro resterait quand même une alternative plus “saine” et moins « dangereuse » à la viande “normale”, en plus de permettre une réponse à la demande commerciale de plus en plus forte.  Cependant, certaines organisations pour la santé comme Cancer Council commencent à prévenir des potentiels dangers d’une alimentation trop soutenue en viande. En effet, d’après leurs études, manger plus de 700 grammes de viande rouge par semaine augmenterait les risques de développer un cancer colorectal.25

Ces nouvelles informations pointent alors du doigt l’intérêt de tant de persévérance pour développer les techniques de production d’un produit potentiellement dangereux.

La majorité de la population ne semble cependant pas encore prendre en compte ces dernières informations, et les entreprises de production de viande de synthèse se basent donc principalement sur les deux arguments suivants pour intéresser le grand public : L’argument financier et l’argument gustatif.

Le chef Richard McGeown est un des premiers à avoir pu tester le steak in vitro. Il était en effet responsable de la cuisson de la viande lors de la première conférence filmée sur le sujet en 2013 et raconte dans une vidéo son expérience.21 Comme beaucoup de personnes, il était tout d’abord sceptique à l’idée que le goût d’un steak in vitro puisse se rapprocher d’un steak norma,l étant donné que la méthode de production proposée aujourd’hui ne contient que des cellules musculaires et pas de cellules graisseuses supposées être le vecteur du “goût” de la viande. Cependant, il semble plutôt agréablement surpris et avance même qu’un test à l’aveugle ne pourrait pas différencier les deux viandes, la texture étant presque la même qu’un steak haché naturel.

D’un point de vue financier, le cout de production définitif d’un steak in vitro n’est pas encore bien déterminé. Il est donc difficile d’établir une comparaison de prix entre ce type de viande et la viande d’élevage classique.

Conclusion

“Fifty years hence we shall escape the absurdity of growing a whole chicken in order to eat the breast or wing by growing these parts separately under a suitable medium”.

Winston Churchill, 1932

Sujet profondément actuel, la viande de synthèse fait plus que jamais place au questionnement. Considérée par certains comme une solution miracle aux différents problèmes que cause l’exploitation classique, d’autres sont quant à eux beaucoup plus réservés sur les probables impacts qu’aurait cette nouvelle technologie sur le futur.  

Voilà presque 90 ans que Sir Winston Churchill, homme politique emblématique du XXème siècle a prononcé ces mots. Ceux-ci n’ont jamais été aussi actuels qu’aujourd’hui. Pourtant, pour que cette idée passe du rang d’utopie à celui de réelle solution, certains problèmes doivent être résolus.  

Il est clair que les technologies d’aujourd’hui permettent la création de viande de synthèse de qualité pouvant rivaliser avec le produit original autant par le goût que la texture. Cependant, beaucoup de zones d’ombre persistent, notamment sur les potentiels impacts de cette nouveauté sur l’environnement. Les résultats dépendront surtout d’une bonne gestion des différents problèmes concernant les terres libérées par l’élevage. Pour ce faire, une collaboration entre le secteur privé et les États sera nécessaire pour parvenir à des effets positifs; une reforestation massive étant une réponse essentielle aux problèmes engendrés par notre mode de vie sur la biosphère (préservant la biodiversité et capturant le CO2). 

D’autre part, une grande partie de la société comme les communautés végétariennes et véganes peinent encore à comprendre l’intérêt d’une telle entreprise car celle-ci n’est toujours pas en accord avec leur idéologie. De la même manière, faire accepter une viande de synthèse au consommateur lambda ne sera pas une mince affaire tant le scepticisme est grand envers les produits fabriqués en laboratoire. 

De plus, le domaine médical semble pointer du doigt l’incohérence de ce projet qui vise à maintenir la production de viande alors que la consommation de celle-ci, justement, commence à montrer des effets secondaires douteux. Il est pourtant clair pour beaucoup d’acteurs que ce type de viande, comparé à une viande provenant de fermes industrielles, peut apporter des avantages. En effet, cela permettra d’améliorer la qualité de la viande en utilisant moins d’antibiotiques ou en ajoutant des protéines ou vitamines importantes à l’Homme. 

Comme tout nouveau projet, il est difficile d’estimer à long terme les effets d’une telle innovation sur la société. De plus, un tel changement de mode de vie sera difficile à accepter pour une grande partie de la population. Le passé a souvent démontré la difficulté qu’ont les Humains à revoir leurs normes. Ceci est d’autant plus vrai que cela touche une activité ancrée depuis des millénaires dans notre société, l’agriculture. 

Notre position d’étudiants en biologie nous a dans un premier temps guidé vers cette controverse pour ses solutions proposées aux problèmes environnementaux. C’est en travaillant sur le sujet que nous avons pris conscience qu’il ne se restreint pas seulement à ce domaine. En effet, ce projet est particulièrement intéressant à étudier car il concerne notre alimentation : un sujet qui nous implique tous. Nous avons donc pu intégrer beaucoup d’acteurs différents au sein de notre controverse. Malgré cela, nous nous sommes rendu compte que cette idée est encore trop peu connue par le grand public.   

Toutes ces questions étant encore en suspens, l’avenir sera la seule réponse à une controverse qui pourrait changer notre manière de consommer et de vivre.

Bibliographie:

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10.       Tuomisto, H. L. The eco‐friendly burger: Could cultured meat improve the environmental sustainability of meat products? EMBO reports 20, e47395 (2019).

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20.       Tuomisto, H. L. & Teixeira de Mattos, M. J. Environmental Impacts of Cultured Meat Production. Environ. Sci. Technol. 45, 6117–6123 (2011).

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22.       Allison, S. J. Metabolism: High salt intake as a driver of obesity. Nature Reviews Nephrology 14, 285 (2018).

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24.       La vitamine B12, fiche nutrition. Vegan Pratique

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c. Tuomisto, H. L. The eco‐friendly burger: Could cultured meat improve the environmental sustainability of meat products? EMBO reports20, e47395 (2019).

d. Richard McGeown. Richard McGeown Available at: https://bistro-invitro.com/en/clips/richard-mcgeown-2/. (Accessed: 3rd May 2019).

Open Data : l’ouverture des données au public, danger ou opportunité ?

Introduction

« Ouvrir les données publiques, de façon libre et réutilisable pour plus de transparence, d’efficacité et d’innovation – c’est ça, l’Open Data. »1. Telle est la définition donnée par le site suisse OpenData.ch. L’idée est de permettre à tout le monde (chercheurs, entreprises, journalistes, etc.) d’y avoir accès pour divers usages.

Bien que le concept soit aussi vieux que la science elle-même (accorder du crédit d’expérience(s) à ses meneurs en échange d’un libre accès à leurs résultats), la première évocation du terme Open Data date de 1995, lorsqu’une agence scientifique américaine promeut dans un rapport l’ouverture des données géophysiques et environnementales. Selon eux, comme l’environnement « transcende les frontières », les données le concernant le devraient également si l’on veut en tirer tout leur potentiel. Cette idée séduisante d’informations directement ouvertes à tous intéressera de nombreux gouvernements, comme ceux des Etats-Unis, de l’Irlande, de la France et enfin, de la Suisse.2

En Suisse, l’Open Data a fait l’objet de plusieurs votations et a été mis en place par diverses infrastructures. À Genève, par exemple, les TPG, les SITG ou encore MétéoSuisse sont parmi les premiers à mettre en place une forme d’Open Data3. Opendata.ch est justement une association qui vise à aider et soutenir les mouvements qui prônent l’Open Data en Suisse.

Cependant, en ce qui concerne les données biomédicales, l’Open Data reste controversé. En effet, on peut observer une inquiétude générale : on pense qu’il est difficile de garantir la sécurité des personnes en mettant à disposition du plus grand nombre toutes les données concernant leur santé4. Cet Open Data du domaine biomédical sera le seul aspect de l’ouverture des données qui sera traité dans ce texte.

On peut le mettre en relation avec d’autres phénomènes de société. Depuis les années 90, un mouvement nommé Open Access, destiné à mettre en ligne de manière publique et gratuite des articles scientifiques, a émergé. Ayşim Yılmaz, responsable du dossier open resaerch data du Fonds national pour la recherche scientifique (FNS, organisation suisse) et de la division biologie/médecine de cette même organisation, pense que le partage public des données s’inscrit dans la même dynamique au sein d’un processus global d’ouverture de la science :

« [Les journaux scientifiques] font non seulement payer leur abonnement mais en plus facturent aux chercheurs le fait de publier leurs recherches dans leurs pages, et ce parfois à̀ des tarifs exorbitants. Cette situation insatisfaisante a débouché dès les années 2000 sur la création des premiers journaux Open Access dont le contenu est totalement libre d’accès à tout un chacun tout en gardant une excellente qualité́ de contenu. La mise à̀ disposition publique des données scientifiques se situe exactement dans le même sillon qui mène vers une science plus ouverte. »5 (Ayşim Yılmaz)

Bien entendu, il ne s’agit pas que des données du domaine de la santé, mais celles-ci sont concernées comme toutes celles utilisées dans le cadre la rédaction des articles scientifiques.

Un argument pour l’Open Data : faciliter la recherche scientifique

Parallèlement, Ayşim Yılmaz estime que le fait que les données soient disponibles (au moins à tous les chercheurs) améliorerait la recherche scientifique : «Plusieurs études ont révèlé récemment qu’un certain nombre d’expériences publiées dans les revues scientifiques, spécialement dans des disciplines comme la biologie et la médecine, sont impossibles à̀ répliquer, les données sur lesquelles elles sont basées étant, au mieux, inaccessibles, au pire, incorrectes (à la suite d’erreurs ou de fraudes dans certains cas). Cela signifie que la publication ne garantit plus l’une des conditions fondamentales de la démarche scientifique, à savoir la reproductibilité́ des résultats. (…) Le FNS est convaincu que le partage des données de recherche apporte une contribution essentielle à la recherche scientifique en termes d’impact, de transparence et de reproductibilité́. »5 (Ayşim Yılmaz)

Le FNS a d’ores et déjà appliqué son point de vue : les chercheurs qui souhaitent obtenir un financement de la part de cette organisation doivent rendre publiques les données qu’ils utilisent dans leurs publications.5 Il y a toutefois une certaine flexibilité dans l’organisation : « le FNS est conscient que toutes les données ne peuvent pas être publiées. (…) Si le chercheur ne peut pas partager les données à cause des clauses juridiques, éthiques, de confidentialité́ ou concernant les droits d’auteur, il est nécessaire qu’il l’explique dans le DMP. Si les arguments sont plausibles, il n’y a aucune raison que nous ne les acceptions pas. » (Ayşim Yılmaz)5

Le marché des données : l’Open Data dans l’économie

Avant de parler de l’aspect économique de l’Open Data, il faut comprendre la valeur des données, que certains, comme par exemple le professeur Christian Lovis (des HUG), vont jusqu’à nommer le nouveau pétrole.6

Le chiffre d’affaires généré par les vendeurs de service Big Data est en pleine expansion, il est de 57 milliards de dollars en 2017 et prévu à 210 milliards de dollars pour 20207. La collecte de données est donc un enjeu majeur pour ces entreprises. La Privacy Right Clearinghouse (abrégé PRC) en Californie, une société à but non-lucratif qui a notamment pour but d’informer les consommateurs de l’impact des nouvelles technologies sur leur vies privées et de défendre leurs droits, atteste de l’existence de 270 data brokers dans le monde en 20158.  Aujourd’hui, il en existe plus de 4’0009. Un data broker est une entreprise dont la principale activité est la revente de données. PRC nous apprend également que, par exemple, « pour avoir une liste d’individus ayant une maladie spécifique, il faut débourser environ 0,30 dollar par personne »8.

Il s’agit à présent de comprendre ce que l’ouverture des données brutes change à cela, en quoi ceci est profitable pour les entreprises et quel est le risque pour la population à qui ces données appartiennent.

D’une part, comme l’expriment Pauline Glikman et Nicolas Glady, qui sont respectivement étudiante et professeur à l’Essec, l’école supérieure des sciences économiques et commerciales, l’Open Data provoquerait une chute de la valeur des données parce que celles-ci deviendraient accessibles à tous. D’autre part, l’accessibilité des données améliorerait grandement la capacité des entreprises à les exploiter.10

« …les données publiées peuvent servir à bâtir des services attractifs payants, disponibles par exemple via des apps mobiles …Les entreprises ne peuvent bâtir leur business exclusivement sur des données disponibles à tout le monde, à moins de miser sur les seuls revenus publicitaires. De plus, s’il y a valeur ajoutée, celle-ci vient du service développé (analyse, combinaison, visualisation) et non pas des données brutes »11

Rodolphe Koller, rédacteur en chef d’ICTjournal

Une législation plutôt lacunaire

Le monde politique suisse, quant à lui, ne s’est que très peu penché sur la question de l’ouverture des données concernant la santé12. Le parti socialiste, bien que très enthousiaste par rapport à l’Open Data dans sa globalité, émet certains doutes vis-à-vis de l’ouverture des données relatives à la santé12. Pour permettre d’aborder certaines de ces failles potentielles, le Groupe socialiste a proposé cinq interventions dans un communiqué de presse le 13 juin 2017. Elles sont tenues par les membres du PS Bea Heim, Edith Graf-Litscher, Yvonne Feri et Barbara Gysi. Elles concernent principalement des mesures préventives, la mise en place de procédures et d’un cadre légal précis ainsi que des garanties quant à l’utilité et à l’amélioration des soins apportés par une mesure telle que l’Open Data dans le domaine de la santé et de la génétique12.

Maintenant, pour la suite, voici la définition du concept de biobanque selon le CHUV :

“Une biobanque de recherche est une infrastructure qui collecte, héberge et met à disposition des échantillons biologiques (tissu, sang ou autres liquides) associés à des données personnelles liées à la santé, au bénéfice de la recherche”.  Ces données peuvent être d’ordre “phénotypiques” ou “génétiques”.13

Un article du site du Fond national suisse (FNS) révèle, concernant les biobanques, des précautions que la conseillère nationale vaudoise Rebecca Ruiz souhaiterait mettre en avant. « Le dernier jour de la session parlementaire de printemps 2017, Rebecca Ruiz dépose une motion : celle-ci demande la création d’une loi sur les biobanques. La conseillère nationale vaudoise fait valoir que ces collections de données et d’échantillons biologiques humains « gagnent rapidement en importance », mais que « le droit applicable présente des lacunes ». » (snf.ch, 26.04.2019)14

Franziska Sprecher, professeur en droit à l’université de Berne, présente un avis similaire à celui de Rebecca Ruiz concernant les législations suisses en matière de données concernant la santé : « Il n’est pas possible que des domaines aussi importants que la recherche biomédicale et le traitement des données et d’échantillons reposent sur une base juridique lacunaire » (snf.ch, 26.04.2019)14.

Dans ce labyrinthe de règles et de lois qui semblent très incomplètes si l’on se fie aux avis de nos précédents acteurs, il semble néanmoins subsister des bases éthiques auxquelles les chercheurs ne peuvent se soustraire. Vincent Mooser, directeur des biobanques des centres hospitaliers universitaires vaudois, rappelle que « le consentement général n’est pas un chèque en blanc. « Pour chaque projet, les chercheurs doivent obtenir l’accord d’une commission d’éthique » » (snf.ch, 26.04.2019)14

Les problèmes que peuvent engendrer un tel manque de législation

Comme vu précédemment, certains partis comme le PS émettent des doutes concernant la gestion des données médicales. Certains membres des Verts ont également des doutes, nous avons eu la chance d’interviewer l’un d’eux : Christophe Ebener, professeur de biologie et d’informatique au Collège Voltaire et membre du parti des Verts. Son avis nous intéresse car il est un acteur politique qui possède des connaissances en biologie et en informatique. Il n’a pas pu nous donner de plus amples informations sur les positions de son parti mais nous avons obtenu son avis.

Fondamentalement, il ne voit pas d’inconvénient à ce qu’on utilise des données biomédicales, tel que l’ADN par exemple. Cependant, s’il y a le moindre doute concernant la sécurité ou le caractère anonyme de l’information fourni, il refuse catégoriquement ce projet d’Open Data. « Mais maintenant le gros doute qui subsiste je trouve, c’est de savoir si oui ou non, on arrive à identifier les gens et puis leur associer leur séquence » (Christophe Ebener). « Où sont stockées les infos, ça faut déjà le dire, comment ils séparent les donateurs des séquences … » (Christophe Ebener) sont des questions importantes à soulever selon lui.

Hanspeter Thür, préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, fait part de certains de ses doutes au journal Le Temps15. Même s’il « plaide pour une stratégie nationale en matière de libre accès des données publiques des administrations »15, il émet des doutes par rapport à l’application de l’Open Data dans la législation actuelle et invite la population à prendre conscience des risques que cela implique. En effet, dans l’état des choses, il n’est pas possible de garantir l’anonymat des individus. Il pointe que si l’on couple l’Open Data et le Big Data (traitement d’un nombre très important de données), cet anonymat est encore plus fragilisé et que rien dans la loi ne peut contrôler l’usage de ces données.15

La question de l’anonymisation

Il apparaît donc que l’anonymat se situe au cœur de la problématique de l’Open Data biomédical, car la capacité à le conserver avec certitude est mise en cause par certains. Qu’en disent différents acteurs scientifiques ? Mais tout d’abord, que signifie “anonymiser les données” ?

SwissEthics donne une définition d’une donnée anonymisée :

 “Les données et échantillons peuvent être codés ou anonymisés. Le codage signifie que chaque information permettant de vous identifier, soit le nom, l’adresse, la date de naissance, le numéro d’assuré ou le numéro de patient est remplacée par un « code » (p. ex. un numéro). Les personnes ne connaissant pas le code sont dans l’impossibilité de vous identifier. La liste d’attribution des codes (la clef) permettant de faire le lien entre le numéro de code et vous-même est conservée dans des conditions de sécurité strictes au sein d’une unité indépendante de la recherche. Anonymisé signifie que la liste d’attribution (la clef) est détruite. Votre identification est ainsi pratiquement impossible.”16

Le FNS, sans totalement nier les risques, pense que les cas où l’anonymat ne pourrait être conservé seraient limités : « On peut imaginer une étude sur des maladies très rares qui, en raison du trop petit nombre de patients impliqués, ne parvient pas à̀ les rendre suffisamment anonymes pour empêcher toute identification. » (Ayşim Yılmaz)1

Le point de vue du FNS est mis en cause par plusieurs acteurs. Tout d’abord, si SwissEthics pense que l’anonymat est préservé pour l’instant, cette organisation pointe des risques futurs :

“Nous attirons cependant votre attention sur le fait que dans le futur, lorsque de grandes quantités de données issues de différentes sources seront exploitées (« Big Data »), il sera potentiellement possible de relier ces informations à une personne donnée.”16

Christophe Ebener, quant à lui, émet des doutes sur la fiabilité du stockage des données : « […] Vous faites confiance vous à ses bases de données ? L’enjeu il est là. […] Là où je suis absolument méfiant c’est que ces données soient publiques. » (Christophe Ebener). Il estime donc que des données publiques sont potentiellement, dans tous les cas, un danger pour l’anonymat.

Parallèlement, Christian Lovis, professeur au Département de radiologie et informatique (aux HUG), ne croit pas qu’il soit possible d’anonymiser totalement des données médicales et parle plutôt d’une « dé-identification », s’opposant donc au FNS : « Il faut distinguer l’anonymat de la « dé-identification. Anonymiser, c’est comme flouter la photographie d’un visage pour le rendre méconnaissable. Dé-identifier, c’est se borner à̀ enlever le nom de la personne représentée. Dans le cas d’un dossier médical, on a beau « flouter » tout ce que l ’on veut, si l’on désire conserver les informations nécessaires à la recherche scientifique – ce qui est tout de même le but –, il restera toujours assez de paramètres pour retrouver le patient. En d’autres termes, il est possible de dé-identifier les données médicales individuelles, mais pas de les anonymiser. » (Christian Lovis)6

Pour illustrer les capacités des données médicales à être uniques à une personne donnée, le journal de l’unige « Campus » (n°132) cite comme exemple une étude américaine (dans le Journal of the American Medical Informatics Association) de 2013, qui a dit pouvoir identifier un patient sur 100’000 juste avec 4 mesures du taux de cholestérol sanguin.1 Évidemment, cela n’est pas suffisant pour identifier quelqu’un, mais peut tout de même avoir le rôle d’« empreinte digitale »5. Cette étude, si elle ne donne pas un moyen de désanonymiser les données, a tout de même le mérite de pointer les risques souvent sous-estimés que peuvent engendrer des données en apparence banales.

Les données génétiques sont évidemment à part, étant donné que l’ADN est propre à chaque individu. Des chercheurs, entre autres un groupe de l’université de Pennsylvanie17, semblent commencer à trouver la voie pour faire un portrait-robot à partir de certains gènes18. Si maintenant cette technique ne permet bien sûr pas d’identifier un individu avec certitude, on peut penser qu’elle a une importante marge de progression (bien que les facteurs épigénétiques et environnementaux soient également importants dans l’apparence des personnes19). En rendant les données génomiques publiques, on pourrait donc être confronté au risque de retrouver à qui appartient quel génome de cette manière.

La population semble également sensible aux dangers possibles des données génétiques ouvertes. L’enquête Sophia de 2017 révèle une très grande méfiance quant aux risques de dérives possibles vis-à-vis de l’accès à des données génétiques. Plusieurs risques de dérives étaient proposés et chacun d’eux a été considéré comme important par au moins 70% des leaders d’opinion (personnes considérées comme importantes à cause de leurs idées sur la Suisse et de leur faculté à les diffuser grâce à la place qu’ils occupent dans la société)10 et par au moins 60% de la population10. L’utilisation de ces données par les assurances à des fins financières et le risque d’eugénisme chez les fœtus atteints de maladies ou de malformations sont donc considérés comme importants par la majorité des leaders d’opinions et de la population10. On remarque également une plus grande méfiance de la part des leaders10.

Enfin, si on connaît l’emploi du temps d’un individu, il est aussi possible de savoir pour certaines organisations qu’il a participé à une étude et quelles sont donc les données qu’il a fournies, selon « Campus » (n°132) : « Une compagnie d’assurances, qui connait les dates des examens médicaux des affiliés, ou tout autre détail exploitable, peut ainsi facilement retrouver dans ses bases de données les individus qui ont été́ enrôlés dans telle ou telle étude. »5 Il n’y aurait donc même plus la nécessité d’utiliser les données fournies pour retrouver une personne. Dans ce cas de figure, n’importe quelle donnée serait à risque.

Risques pour la vie privée et discriminations possibles

En avril 2017, en Suisse, la loi fédérale sur le dossier électronique du patient est entrée en vigueur. Selon celle-ci, la Confédération a jusqu’à 2020 pour permettre la numérisation du dossier médical des patients (ce qui est un choix du patient, la loi impose simplement aux hôpitaux d’en donner la possibilité)20. Liliane Held-Khawam, bloggeuse et économiste suisse, s’oppose farouchement à cette pratique dans le cas où une entreprise serait en possession de ces données21, comme dans le cas, par exemple, de MonDossierMédical.ch (portail suisse du projet européen MyHealthMyData).

Le 18 février 2019, le journal 20 Minutes publie un article sur une réunion non-officielle ayant eu lieu le 25 octobre 2018, à Berne, entre deux anciens conseillers fédéraux (Doris Leuthard et Johann Schneider-Ammann), le chancelier de la Confédération (Walter Thurnherr), les présidents des hautes écoles suisses et des acteurs commerciaux comme des hauts représentants de Roche, Givaudan, CFF, Swisscom, UBS, Google, etc. au sujet de la numérisation des dossiers médicaux des suisses. Ces entreprises font pression sur le gouvernement pour leur donner accès aux dossiers médicaux numérisés des citoyens suisses22. Liliane Held-Khawam met ceci en parallèle avec le fait que les assurances ainsi que MyHealthMyData utilisent nos réseaux sociaux (en particulier Facebook) pour collecter des données sur notre santé. Un autre argument vient donc s’imposer : peu importe la législation, ces entreprises sont prêtes à tout pour récolter, à leurs fins, nos données médicales. Il n’y a donc pas de raison de croire qu’il n’en serait pas de même si ces données étaient ouvertes.

Même si Liliane Held-Khawam admet tout de même le potentiel de la numérisation des données médicales au niveau de l’amélioration de nos services de santé, elle met ses lecteurs en garde vis-à-vis de la gestion de ces données par des entreprises, des moyens que celles-ci mettent en œuvre actuellement afin d’obtenir leurs données, et de l’impact que cela aurait sur leur vie privée, notamment sur le fonctionnement équitable de l’assurance maladie21.

L’économiste n’est pas la première en Suisse à s’exprimer là-dessus. En octobre 2017, dans une interview publiée par le journal Le Temps, Sébastien Fanti, préposé valaisan à la protection des données, donne son opinion par rapport à la récolte des données relatives à la santé faite par des compagnies d’assurance au travers d’applications sportives fournies avec une assurance complémentaire23.

Il craint qu’en laissant les assurances collecter ainsi des données, on finisse par se retrouver dans une situation ou les assurances discrimineraient les assurés en fonction des risques qu’ils représentent23. Il met en évidence l’absence de régulation vis-à-vis de la collecte massive de données auprès de la population et les fait que les assurés participent sans s’en rendre compte à de potentiels abus grâce aux données qu’ils livrent sans en avoir pleinement conscience23.

Le professeur Christophe Ebener fait mention de ce genre de dérives : “Mais le jour où ton nom est associé à une séquence, ça devient la catastrophe, presque bienvenue à Gattaca” (Christophe Ebener). Bienvenue à Gattaca est un film de science-fiction qui montre les dérives qui pourraient avoir lieu dans une société eugéniste.24 La comparaison sous-entendue par l’enseignant est la suivante : dans ce film, un diagnostic est fait quasiment instantanément à chaque naissance avec une précision telle que, par exemple, le corps médical peut connaître l’âge précis de décès de l’un des personnages principaux quelques secondes seulement après sa naissance. Ebener exagère volontairement mais souligne les risques auxquels il pense que notre société pourrait être confrontée en cas d’ouverture des données biomédicales sans aucun contrôle.

Malgré cette éventualité, l’Open Data a ses défenseurs. Dans une interview faite par le journal Le Temps publiée le 12 septembre 2013, Rufus Pollock, économiste britannique et fondateur du mouvement Open Knowledge Foundation, affirme vouloir faire de Genève « Le Carrefour de l’Open Data ».

« La présence des organisations internationales fait de Genève un lieu clé dans le domaine de l’Open Data. La Suisse est aussi un pays à la pointe de l’innovation. C’est le terreau idéal pour favoriser l’ouverture des données au sein du gouvernement, des entreprises et des ONG. »25

Lorsqu’il est interrogé sur les risques de l’Open Data, sa réponse est la suivante :

« C’est une préoccupation commune que nous avons. Malgré tout, il est contre-productif de donner trop d’importance aux risques potentiels. Cela ne doit pas être un frein au développement du mouvement Open Data. Bien sûr que les erreurs existent. »25

Il faudrait alors selon lui se focaliser sur la mise en place de l’Open Data en Suisse, pays qui aurait un potentiel non négligeable en raison de son environnement (notamment la présence de l’ONU et des ONG), sans trop se préoccuper des risques d’une utilisation discutable de ces données libres.

Christian Lovis : risques et alternatives

Comme nous l’avons vu précédemment, Christian Lovis (professeur aux HUG), ne croit pas qu’il soit réellement possible d’anonymiser entièrement les données. Il pointe les menaces que pourraient faire peser un Open Data biomédical :

« Il ne faut pas être naïf (…) Je ne remets pas en cause les bénéfices potentiels de l’ouverture des données pour la société. Au contraire, je trouve cela très bien. Mais il faut être conscient que le monde n’est pas peuplé que de scientifiques bienveillants désireux d’utiliser les travaux d’autres scientifiques afin d’accroitre les connaissances de l’humanité. Il y a quantité d’autres acteurs dans ce jeu, certains très puissants, et les règles dominantes qui gèrent l’utilisation des données ne sont pas celles de la recherche scientifique, désintéressées et respectueuses de la vie privée. »6

Lovis pense donc que certains acteurs pourraient avoir intérêt à utiliser les données personnelles de certains à but malhonnête, et que ceci serait presque irrémédiable en cas d’un Open Data total, où les identités des patients pourraient être retrouvées sans problème selon lui6.

Christian Lovis ne veut toutefois pas se priver des atouts des données des patients. Pour conserver les avantages au niveau de la recherche scientifique tout en protégeant la vie privée, Christian Lovis propose de « développer des approches que l’on appelle Privacy by Design, ou confidentialité́ dès la conception. »6 (Christian Lovis) Ces approches consistent à intégrer les risques de violation de la vie privée dès la conception d’une technologie26. Elles sont également défendues par le Swiss Personalized Health Network (SPHN), un organisme sous le contrôle du FNS et de l’Association suisse des sciences médicales, qui encourage la personnalisation de la santé en Suisse.

Campus (n°132) résume l’ambition de Lovis et du SPHN : “L’idée est de mettre sur pied une infrastructure décentralisée et protégée permettant l’utilisation des quantités énormes de données de santé pour la recherche et l’innovation.”6

Pour assurer des données efficacement sécurisées, Lovis propose d’utiliser des blockchains ou des hashgraph (le second étant la version perfectionnée du premier), outils informatiques qui, selon Campus (n°132), sont totalement décentralisés (ce qui fait que les données ne sont contrôlées par personne) et permettent de réaliser des transferts de données sans aucun risque. Cela permet également de partager les données à un nombre restreint de personnes (celles qui en feraient bon usage) en évitant une utilisation malveillante.6

Dans ces conditions, on ne pourrait plus parler d’Open Data, puisque les données ne seraient plus ouvertes, mais seulement “partageables” (Lovis), ce qui constitue un entre-deux.

Conclusion

L’Open Data concernant les données biomédicales est un sujet sensible sur lequel il faudrait manquer d’informations pour avoir un avis manichéen. Beaucoup ont conscience du danger que cela pourrait engendrer vis-à-vis de la vie privée et c’est une bonne chose. La plupart des acteurs majeurs que l’on a pu étudier ont des avis mitigés et c’est assez attendu, il y a trop d’enjeux différents pour pouvoir donner un “oui” ou un “non” à 100%.

D’un côté, on peut imaginer qu’un cancer, s’il est détecté à l’avance par le corps médical grâce à un accès à la séquence ADN d’une personne génétiquement à risque, peut être dépisté tôt ou même anticipé. La même personne pourrait au contraire se retrouver défavorisée par ses assurances si ces dernières ont aussi accès à cette information.

L’Open Data est une suite de nuances de gris, et pas une solution idéale ou apocalyptique.

Bibliographie

1.           Antoine Logean, « Le Conseil National accepte avec une large majorité le plan directeur concernant le libre accès aux données publiques. », https://fr.opendata.ch/2013/09/12/postulat_riklin/, Consulté le 24.05.19

2.           Simon Chignard, « Une brève histoire de l’Open Data – Paris Innovation Review. », http://parisinnovationreview.com/article/une-breve-histoire-de-lopen-data, Consulté le 07.05.2019

3.           Patrick Genoud, « On a causé d’Open Data… », file:///C:/Users/boud_/Zotero/storage/IU2H7ENN/www.ot-lab.ch.html, Consulté le 24.05.19

4.           Gregory Pouy, « Les enjeux de l’open data en marketing : définition et case studies. » https://www.linkedin.com/pulse/les-enjeux-de-lopen-data-en-marketing-d%C3%A9finition-et-case-gregory-pouy, Consulté le 07.0519

5.           Monnet et al. , « Les données scientifiques à l’heure de la transparence », https://www.unige.ch/campus/files/7915/2058/9105/Campus132_WEB.pdf, Consulté le 20.05.19

6.           Christian Lovis, « Des données partageables plutôt qu’ouvertes », https://www.unige.ch/campus/files/4315/2058/9109/dossier_3-132.pdf, consulté le 24.05.19

7.           Comarketing-news.fr, « Le Big Data en 10 chiffres-clés.« , https://comarketing-news.fr/le-big-data-en-10-chiffres-cles, Consulté le 07.05.19

8.           La Rédaction de silicon.fr, « Que valent vraiment vos données personnelles ? », https://www.silicon.fr/que-valent-vraiment-donnees-personnelles-127361.html?description=Les%20Big%20Data%20sont%20dor%C3%A9navant%20au%20c%C5%93ur%20de%20notre%20%C3%A9conomie.%20S%E2%80%99il%20ne%20fait%20plus%20aucun%20doute%20que%20les%20donn%C3%A9es%20ont%20de%20la%20valeur%20pour%20les%20entreprises,%20la%20mani%C3%A8re%20de%20quantifier%20cette%20valeur%20n%E2%80%99est%20pas%20encore%20tr%C3%A8s%20claire.%20Pauline%20Glikman%20et%20Nicolas%20Glady,%20respectivement%20%C3%A9tudiante%20et%20professeur%20%C3%A0%20l%E2%80%99Essec,%20tentent%20de%20d%C3%A9gager%20des%20pistes%20d%E2%80%99analyse., Consulté le 01.05.19

9.           WebFX blog, « What Are Data Brokers – And What Is Your Data Worth ? », https://www.webfx.com/blog/general/what-are-data-brokers-and-what-is-your-data-worth-infographic/, Consulté le 01.05.19

10.         Étude Spohia de l’institut de recherche économique et sociale (Lausanne et Berne), https://www.mistrend.ch/articles/SOPHIA%202017_LaSante.pdf, Consulté le 26.05.19

11.         Rodolphe Koller, « Open government data : Qui veut les données des administrations publiques ? », https://www.ictjournal.ch/news/2014-01-31/open-government-data-qui-veut-les-donnees-des-administrations-publiques, Consulté le 08.05.19

12.         Parti socialiste (communiqué de presse), « Chances et risques de la numérisation dans le domaine de la santé.« , https://www.sp-ps.ch/fr/publications/communiques-de-presse/chances-et-risques-de-la-numerisation-dans-le-domaine-de-la-sante, Consulté le 01.05.19

13.         CHUV, « Biobanques et registres », https://www.chuv.ch/fr/consentement-general/cg-home/comprendre/biobanques-et-registres/, Consulté le 24.05.19

14.         Fond national suisse, « Biobanques: des données à partager et à protéger – SNF », http://www.snf.ch/fr/pointrecherche/newsroom/Pages/news-170628-horizons-biobanques-des-donnees-a-partager-et-a-proteger.aspx., consulté le 01.05.19

15.         Auteur inconnu pour Le Temps, « On ne mesure pas l’impact du Big Data sur la sphère privée », https://www.letemps.ch/suisse/on-ne-mesure-limpact-big-data-sphere-privee, Consulté le 26.05.19

16.         SwissEthics, « Modèle de consentement général » https://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:xlFrk9GqPagJ:https://swissethics.ch/doc/swissethics/general_consent/template_gk_samw_f.docx+&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=ch, Consulté le 02.05.19

17.         Claes et al., « Modeling 3D Facial Shape from DNA » https://journals.plos.org/plosgenetics/article?id=10.1371/journal.pgen.1004224, Consulté le 08.05.19

18.         Chloé Durand-Parenti pour Le Point, « Demain, un portrait-robot 3D à partir du seul ADN ? », https://www.lepoint.fr/science/demain-un-portrait-robot-3d-a-partir-du-seul-adn-28-03-2014-1806494_25.php, Consulté le 02.05.19

19.         Jean-Lou Chaput pour Futura, « Une puce à ADN pourra-t-elle un jour établir un portrait-robot ? », https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-puce-adn-pourra-t-elle-jour-etablir-portrait-robot-43997/, Consulté le 02.05.19

20.         Confédération suisse, « Explications plan d’introduction du dossier électronique du patient », https://www.e-health-suisse.ch/fileadmin/user_upload/Dokumente/2018/F/180531_Erlaeuterungen_Einfuehrungsplan_f_def.pdf, Consulté le 26.05.19

21.         Liliane Held-Khawam, « Suisse : ces lobbies économiques qui réclament le « libre-commerce » des données médicales », https://lilianeheldkhawam.com/2019/02/26/suisse-ces-lobbies-economiques-qui-reclament-le-libre-commerce-des-donnees-medicales/, Consulté le 26.05.19

22.         Auteur inconnu pour 20 Minutes, « Nos données médicales suscitent les convoitises », https://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/24588271, Consulté le 01.05.19

23.         Michelle Guillaume pour Le Temps, « M. Sébastien Fanti : «Les applications sportives sont un marché de dupes». », https://www.letemps.ch/suisse/sebastien-fanti-applications-sportives-un-marche-dupes, Consulté le 26.05.19

24.         Auteur inconnu pour La-Philosophie.com, « Bienvenue à Gattaca (Analyse) », https://la-philosophie.com/bienvenue-a-gattaca-analyse, Consulté le 26.06.19

25.         Mehdi Atmani, « Ouvrir l’information favorise la participation démocratique », https://www.letemps.ch/suisse/ouvrir-linformation-favorise-participation-democratique, Consulté le 26.05.19

26.         Auteur inconnu pour ico.org.uk, « Data protection by design and default », https://ico.org.uk/for-organisations/guide-to-data-protection/guide-to-the-general-data-protection-regulation-gdpr/accountability-and-governance/data-protection-by-design-and-default/, Consulté le 24.05.19

Usage des benzodiazépines: traitement ou toxicomanie?

Figure 1: Publicité américaine pour le Lorazepam1

Introduction

Dès la deuxième partie du XIXème siècle, l’utilisation de substances psychotropes à des fins médicales se met en place. Dès lors, apparaissent des traitements destinés spécifiquement à réguler le psychique. L’intérêt n’est plus uniquement tourné vers des soins physiques. En conséquence, les troubles cognitifs sont reconnus comme de véritables maladies qui nécessitent un traitement ciblé. Parmi ces médicaments divers, une classe de molécules se distingue aujourd’hui de par les controverses qu’elle soulève: les benzodiazépines (BZD). 

Dès leur commercialisation, l’utilisation des benzodiazépines en France était en constante augmentation jusqu’en 2000. Dès lors, on observe une diminution globale de la consommation avec une interruption entre 2010 et 2012. Cette diminution s’est accentuée en 20152. Malgré cette fluctuation, la France, tout comme l’Espagne, reste l’un des pays avec une consommation de benzodiazépines considérablement plus élevée que d’autre pays européens (Royaume-Uni, Allemagne)3.

Nous verrons que l’utilisation de ces molécules est sujette à de nombreux débats. Les témoignages de consommateurs sont multiples, l’un d’entres eux en particulier est celui d’une jeune femme qui marque le point de départ de l’analyse.

Figure 2: Niveaux de consommation des BZD3

De nombreuses études scientifiques portent sur le sujet. De la prescription à la posologie,  les médecins et autres autorités cherchent à évaluer et définir les risques et les bienfaits des benzodiazépines. Parmi les consommateurs de tous âges, les personnes agées semblent très concernées, notamment du point de vue de la polymédicalisation et de la prise chronique de médicaments. Comme pour la plupart des médicaments, des effets secondaires peuvent apparaître et mènent à de nombreux désaccords quant au rapport risques/bénéfices. La prise chronique de substances psychotropes mène à des cas de dépendance, ce qui mène certains à se tourner vers des traitements alternatifs.

Ce que sont les benzodiazépines

L’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé définit les benzodiazépines comme « des molécules qui agissent sur le système nerveux central et qui ont des propriétés hypnotiques, anxiolytiques, myorelaxantes et anticonvulsivantes »2.  Cette classe de molécules agit sur le système d’inibition du cerveau en diminuant l’influx nerveux. Elle amplifie l’affinité entre le neurotransmetteur GABA et son récepteur. Ce dernier a pour effet de hyperpolariser la membrane du neurone post-synaptique. L’effet sur l’organisme est calmant et relaxant2.

La première benzodiazépine, le chlordiazépoxide, à été découverte en 1955 par un chimiste travaillant pour la compagnie pharmaceutique Hoffmann-La Roche4. En 1960, cette molécule est mise sur le marché, sous nom de Librium. Trois ans plus tard, cette compagnie met sur le marché une nouvelle molécule plus efficace, le Valium (Diazepam). L’usage des benzodiazépines s’est répandu de par le fait que cette famille de molécules semble être moins dangereuse à première vue que les autres classes d’anxiolytiques disponibles à l’époque4. L’autre grande classe d’anxiolytiques disponibles dans les années 1960 étaient les barbituriques, qui posaient problème au niveau de leur effet sur le système nerveux respiratoire menant, dans des cas sévères, à l’arrêt respiratoire. Les benzodiazépines ne semblaient pas affecter la respiration, et ont donc été considérés comme un alternatif moins dangereux que les barbituriques4.

Au milieu des années 1970, les benzodiazépines ont un succès considérable et sont les molécules les plus prescrites et demandées par les patients. C’est seulement à partir des années 1980 que le phénomène de dépendance aux benzodiazépines commence à être reconnu par la communauté médicale, malgré que ce soit déjà reconnu socialement. Un exemple de ceci est une chanson des Rolling Stones datant de 1966, « Mother’s Little Helper »5, ayant comme sujet l’addiction progressive d’une mère au foyer à une pilule, qui semble certainement représenter le Valium (ou un autre anxiolytique). Malgré les problèmes soulevés depuis les années 1980, les benzodiazépines restent très fortement utilisées jusqu’à aujourd’hui4

Figure 3: Chanson des Rolling Stones – « Mother’s Little Helper » – 1966 5

Ce qui ressort du côté d’un consommateur

« Guérir, c’est vivre debout, pas avec des béquilles »6, telle est la conclusion du témoignage de Marianne, dépendante aux benzodiazépines pendant 3 ans. Cette Française de 27 ans fait part de son expérience avec cette classe de psychotropes  en pointant spécifiquement du doigt les médecins et les autorités. Un médecin lui a prescrit du « Temesta » pour la soulager de son anxiété et de ses crises de panique. Selon elle, tous ces médecins qu’elle qualifie de « prescripteurs-dealers », ne sont pas suffisamment au courant des réels effets secondaires de ces médicaments2. En effet, elle raconte qu’après avoir fait l’expérience des premiers effets secondaires, elle a décidé de se sevrer en allant voir un psychiatre, lequel n’a vu d’autre solution que d’augmenter les doses de prise du médicament, « soupçonnant une dépression »6. En allant voir d’autres médecins, la jeune femme se rendit à l’évidence que tous s’obstinaient à lui prescrire des benzodiazépines mais aucun ne l’a aidé à se sevrer. Elle a donc décidé de se sevrer seule, en complétant ses connaissances par des recherches approfondies sur le sujet. 

Ce témoignage dénonce la gravité de la situation des patients qui veulent se sevrer de ce type de substances et de leur impuissance face au manque d’aide venant des autorités médicales. D’après cette jeune femme, ces dernières « ne pensent jamais au long terme mais juste à la guérison immédiate »6. En-dessous de ce témoignage, on peut lire des commentaires d’utilisateurs sur le sujet. L’un de ces commentaires souligne que « le risque de dépendance est tout de même écrit noir sur blanc sur les notices de chaque benzo »6. Selon lui, les patients sont donc avertis des risques d’effets secondaires.

Selon ce témoignage et les commentaires en découlant, il semblerait que la responsabilité est partagée entre médecins et consommateurs, les uns prescrivant trop fréquemment et les autres ne se renseignant pas suffisamment. Les prescriptions médicales représentent ici un point de départ nécessaire à l’analyse du sujet.

Ce qu’il en est des prescriptions de benzodiazépines

On pourrait croire que les médecins de famille sont d’accord sur les méthodes de traitement d’une maladie ou d’un trouble. Cependant, nous ne pouvons pas les considérer comme un seul acteur car on constate que les avis sont multiples au sein de la profession. Nous allons illustrer cela dans le contexte de l’utilisation des BZD.

Sibyl Anthierens, doctorante en sciences médicales et sociologue7, s’est donné pour objectif avec ses collègues, d’étudier les pratiques de prescription des BZD en Belgique. Elle a cherché à comprendre les obstacles liés aux alternatives non pharmacologiques pour le traitement de l’anxiété. L’article8 s’oriente autour d’une étude faite auprès de 948 médecins de famille soumis à un questionnaire sur l’utilisation des BZD. Nous allons en ressortir les grandes lignes.

D’après l’étude, il existe trois groupes dans lequels on peut classer les médecins de famille. Tout d’abord, un groupe qui ne s’inquiète pas des risques liés à la prescription de cette classe de médicaments (39%)8. Deuxièmement, un autre groupe qui s’estime au courant des dangers des BZD, mais ne considère pas qu’il est de sa responsabilité de proposer des approches non pharmacologiques aux patients (17%)8. Le dernier groupe considère que les BZD sont une mauvaise solution pour le traitement de l’anxiété mais qu’il existe des barrières à l’utilisation de méthodes non pharmacologiques (44%)8. Malgré cette division, 97% des participants présument que la majeure partie de leurs patients peuvent bénéficier de traitements non pharmacologiques mais qu’il existe des barrières en lien avec le patient, les médecins eux-mêmes, et le système de santé.

La sociologue s’appuie sur un certain nombre de points négatifs liés aux BZD pour soutenir l’utilisation de méthodes alternatives. Selon l’équipe de la sociologue, les avantages des BZD sont marginaux comparé aux risques encourus. Selon leurs recherches, la polymédication est problématique à court terme et il existe des effets sur la cognition, la mémoire et la coordination. En considérant l’usage à long terme, il existerait des problèmes de dépendance même à faibles doses et il pourrait en suivre une tolérance. Nous pouvons lire dans cet article que, si l’on souhaite arrêter sa consommation de BZD, il apparaîtra des symptômes de sevrage, comme ceux décrits par Marianne6.

On peut se demander pourquoi le taux de prescription de BZD est aussi élevé alors que les préjudices sont multiples. Selon les résultats présentés par la sociologue, 71% des médecins considèrent que la prescription de ces molécules est justifiée pour la période d’une semaine malgré les effets indésirables et 96% des interrogés pensent qu’il suffit d’informer les patients sur les risques de dépendance. Ces deux habitudes représenteraient une barrière car les médecins auraient l’impression de faire le nécessaire pour éviter les problèmes discutés au paragraphe précédent. Les chiffres nous montrent qu’environ la moitié des professionnels de la santé pense que les patients attendent une prescription lors d’une visite médicale. Le fait de ne pas prescrire pourrait nuire à la relation médecin-patient car ce dernier n’aurait pas l’impression d’être pris au sérieux. Le temps serait aussi une barrière importante; en effet, certains considèrent que les alternatives non pharmacologiques aux BZD prennent trop de temps et que les patients ne peuvent simplement pas appliquer ces méthodes. A cela s’ajouterait une difficulté de motiver les patients; en effet, plus de la moitié des médecins pense qu’il serait trop cher pour le patient d’aller voir un psychologue ou autre professionnel capable de conseiller ce dernier sur des traitements différents. Il est montré dans l’article que les médecins de famille les plus âgés sont les plus susceptibles d’être concernés par ces barrières.8 On observe aussi qu’une partie des médecins ne se sentent pas assez confiants pour prescrire d’autres méthodes car ils ne sont pas assez informés. D’autres pensent que ce n’est simplement pas leur rôle.

La solution proposée par Sibyl est de retirer les barrières à trois niveaux différents : au niveau des médecins de famille, au niveau des patients et au niveau de l’assurance maladie. En ce qui concerne les médecins, il faudrait leur offrir plus de possibilités de formation dans le domaine des traitements non pharmacologiques pour améliorer leur expertise8. Il serait aussi important de traiter le sujet de différentes façons selon le « type » de médecin. Au niveau des patients, il serait important de clarifier leurs attentes car il a été montré qu’ils n’attendent pas forcément une prescription lors d’une visite médicale. Les limitations du côté des patients discutées auparavant ne sont pas aussi importantes que ce que les médecins en pensent. Sibyl écrit que le système de remboursement de l’assurance maladie en Belgique n’est pas adapté aux traitements non pharmacologiques. Le modèle suisse d’assurances maladie serait plus adapté pour que les coûts d’un psychologue, par exemple, ne soient pas trop importants.

Il est important de se demander si les observations de cette étude peuvent être considérées comme une généralité. Il est mentionné dans l’article que les résultats peuvent être biaisés car les personnes interrogées dans l’étude portent déjà de l’intérêt aux questions autour des BZD. En effet, le questionnaire leur a été soumis lors d’une séance sur l’utilisation rationnelle des BZD. On ressent une tendance générale contre l’utilisation des BZD dans cet article8. Il est question de trouver des solutions pour utiliser d’autre méthodes contre l’anxiété.

Toujours en lien avec les prescriptions médicales et selon Patrick Lemoine, psychiatre et docteur en neurosciences, le cas de l’automédication est également une source de gravité, car le patient se retrouve avec un « excédent qu’il garde chez lui »9: il y aurait donc un problème lié à la distribution des médicaments. De plus, il précise que les prescriptions par des « médecins qui n’ont pas de formation continue obligatoire »9 est une source de problèmes lié au haut taux de consommation des benzodiazepines.

Roger Ladouceur, médecin de famille et professeur de clinique au Département de médecine familiale de l’Université de Montréal10, conclut sur ce sujet en répondant qu’il est utile d’être prudent quant à la prescription de BZD mais que ces psychotropes restent tout de même des outils ayant leur place « dans l’arsenal thérapeutique »11. Les méthodes alternatives non-pharmacologique ne pourraient donc pas être l’unique solution dans le traitement contre l’anxiété.

D’après notre analyse, nous pouvons en conclure que les prescriptions représentent un problème. La durée du traitement est intimement reliée aux risques de dépendance et d’effets secondaires. Nous allons poursuivre en nous intéressant au sujet âgé, car c’est chez ce dernier que l’on retrouve souvent des prescriptions sur de longues périodes.

Ce qu’il en est chez les sujets âgés

Michel Bourin, psychiatre et spécialiste en neurobiologie de l’anxiété et de la dépression, explique que la prise de benzodiazépines pendant une longue période favorise l’accumulation du produit et augmente les effets secondaires12. Il distingue les utilisations « aiguës » qui correspondent aux usages d’une semaine ou moins ou les cas d’usage d’urgence, et les utilisations « intermittentes » qu’il caractérise de prise sporadique, en moyenne deux à trois fois par semaine pour une durée de soixante à nonante jours. A cela s’oppose la prise « continue » qui correspond à un usage quotidien. C’est cette dernière utilisation qui est souvent prescrite chez les sujets âgés et 85% des utilisateurs continues ne possèdent pas de soutien d’un professionnel de la santé. S’ajoutent à cela des effets de tolérance du produit qui mènent les consommateurs à établir une posologie plus stable qui peut durer des années12. De plus, Bourin explique que même après une période de 24 mois, les bienfaits du produit s’annulent totalement en cas d’arrêt du traitement et le patient est de retour à son état de base12.

Les prescriptions nous ont mené à décrire les situations de consommations abusives ou non des patients, en particulier chez le sujet âgé. Les habitudes de consommations mènent à l’étude des risques d’effets secondaires. La consommation d’un médicament ou d’une substance mène à des effets secondaires, observables ou non.

Ce qu’il en est des effets secondaires 

Roger Ladouceur écrit dans le journal Canadian Family Physician, en tant que rédacteur scientifique adjoint, un article concernant les BZD. Cet article répond au sondage ayant été fait par Sibyl Anthierens et ses collègues. Selon lui, « L’usage chronique des BZD à dose stable pour la prise en charge de l’anxiété et des troubles de la panique n’est pas associé à des déficiences neuropsychologiques, ni cause-t-il des problèmes chez la majorité des patients. »11. Nous pouvons donc nous demander si les effet secondaires dus aux benzodiazépines sont réellement notables et aggravent la situation des patients, ce qui ne permettrait plus de justifier les prescriptions “banalisées” de ces traitements. D’après Michel Bourin, les effets secondaires chez les personnes âgées en particulier, sont une partie importante du problème lié aux benzodiazépines, et parmi ceux-ci les troubles psychiques sont en tête de classement: amnésie antérograde, diminution du rappel des événements à court terme, augmentation de la perte de mémoire sont souvent à la carte. En résumé, la prise de benzodiazépines augmenterait le risque de déclin cognitif12. Pour certains, ce déclin mènerait même à la démence. Patrick Lemoine, témoigne de l’effet grave de cette classe de médicaments. Il soutient que le lien « entre la consommation de benzodiazepines et l’entrée dans la démence » repose sur « l’augmentation des arrêts respiratoires que provoquent les benzodiazepines pendant le sommeil. (..) ce syndrome d’apnée du sommeil aboutit à des tableaux démentiels »9. Etant d’un tout autre avis, Ladouceur soutient, dans son article en réponse à Sibyl Anthierens, que « on a exprimé de sérieuses préoccupations non reliées à la dépendance, y compris la possibilité d’une atrophie cérébrale et de changements de la personnalité ; toutefois, en dépit de l’usage généralisé et à long terme de ces agents jusqu’à présent, aucune donnée probante n’a été présentée à l’effet que ces inquiétudes étaient pertinentes sur le plan clinique»11. Le Pr. Bernard Granger, psychiatre et professeur de psychiatrie à l’Université René Descartes13 précise tout de même que malgré les effets secondaires des benzodiazépines, il ne faut pas « diaboliser ces traitements »14, car ceux-ci apportent beaucoup aux personnes qui en ont vraiment besoin comme les personnes atteintes de schizophrénie car sinon, elles « verraient leur système cérébral se dégrader rapidement »14. Bourin présente de son côté une étude suédoise qui tend à démontrer que la prise de BZD puisse protéger contre la maladie d’Alzheimer ce qui rendrait son utilisation légitime malgré les effets secondaires. Cette dernière est très controversée et des études françaises tenteraient à leur tour de démontrer le contraire12. Ladouceur explique dans son article que « Les personnes souffrant de troubles d’anxiété qui prennent des BZD se plaignent parfois d’une perte de mémoire subjective. Un examen attentif des effets de l’usage prolongé des BZD pour les troubles de la panique a révélé des données factuelles non cliniquement significatives de déficience neuropsychologique. »11.

Bernard Granger, Michel Bourin et Ladouceur présentent, dans leurs publications respectives, des bienfaits liés aux traitements de BDZ, qui pourraient être parfois nécessaires aux traitements de troubles psychiatriques. Nous pouvons comprendre qu’ils décrivent ces bienfaits comme rendant plus légitime l’utilisation de ces médicaments malgré les effets secondaires.

Selon Bourin, l’effet désinhibiteur des BZD est aussi une raison de les utiliser sur des patients anxieux. Cependant, cet effet peut être mauvais sur des sujets « impulsifs »12 (alcooliques ou autre) et peut même conduire au suicide. Ce psychiatre dit d’ailleurs que les BDZ « peuvent être considérées comme une substitution addictive à l’alcool, au Cannabis et autre cocaïne ou opiacés »12. Par ailleurs, à forte dose, l’effet désinhibiteur est remplacé par un effet sédatif12, ce qui mènerait à des cas de dépendance.

Ce qu’il en est de la dépendance

Bien que l’on considère la dépendance comme étant un effet secondaire des BZD, elle nécessite une analyse particulière. Cette dépendance est un problème majeur de la prise de benzodiazépines; les médecins et psychiatres sont bien d’accord concernant les risques de la prise à long terme des comprimés. Entre effets négatifs et bénéfiques, la dépendance semble peser fort dans la balance. 

En plus de l’impression de sevrage, le retour de tous les symptômes prétraitement expliquerait la dépendance aux benzodiazépines. « Les benzodiazépines cachent l’anxiété́, mais ne la font pas disparaitre »12, voilà une affirmation  de Michel Bourin quant à la méthode d’action de ces substances. C’est d’ailleurs la raison qui pousserait les patients à une utilisation chronique par peur ou afin d’éviter toutes ces complications. S’ajoute souvent à cela, une mauvaise explication de la part des médecins sur la durée du traitement et le fait que celui-ci se renouvelle de lui-même tant qu’on ne fait pas la démarche pour l’arrêter. 

Deane Alban, co-fondatrice du blog BeBrainFit, a suivi une formation universitaire en biologie et en journalisme en Floride15. Sur son blog, elle critique les benzodiazépines et leur côté addictif. D’après elle, les premiers mois d’utilisation se passent généralement sans problème, mais une tolérance se développe ensuite et la dépendance rend l’arrêt du traitement très difficile, autant que les drogues “dures “ illicites16. L’équipe de Sibyl Anthierens met également en avant le fait que la dépendance est presque inévitable avec un sevrage difficile apres une longue période de consommation8.

Michel Bourin ajoute que les BZD peuvent être prescrits sans danger dans un court terme et peuvent être des traitements efficaces chez beaucoup de patients présentant une anxiété́ « réactionnelle »12 ou des « troubles du sommeil »12. Selon lui, il serait donc plus judicieux de prescrire majoritairement des BZD pour une utilisation à court terme, en particulier car ces médicaments perdent de leur effet après un mois de traitement à cause d’une « down regulation »12 chez le patient. Cela implique une augmentation de la posologie pour que le traitement reste efficace. D’après Bourin, avant une prescription à long terme, il faut peser la balance des bénéfices et risques pour le patient en question: « La dépendance doit être reconnue comme un risque majeur pour des traitements durant plus d’un mois, c’est ce qui doit guider la prescription ou non d’une BZD »12. Dans le cas où cette balance bénéfices/risques serait défavorable pour le patient, ce dernier se verrait conseiller des traitements alternatifs.

 Ce qu’il en est des traitements alternatifs 

Dans un article apparu dans le Figaro14, des alternatives sont proposées pour gérer les trouble du sommeil et l’anxiété, telles que la baisse de consommation de « stimulants » comme l’alcool ou la caféine, les douches fraîches, l’évitement de repas tardifs, le yoga et le sport qui permettraient au cerveau de sécréter des neurotransmetteurs « impliqués dans l’humeur » et dans le plaisir. En effet, des séances de relaxation permettraient de « modifier les pensées négatives » et pourraient être plus efficaces que les médicaments. De plus, la phytothérapie pourrait avoir des effets bénéfiques à condition que les principes actifs de la plante ne soient pas trop proches de ceux des benzodiazepines14

Le Dr Jean-Paul Chabannes est un médecin practicien à l’Université de Grenoble, spécialisé en psychiatrie et pharmacologie17. Il est très impliqué dans la prévention et les campagnes menées dans le cadre des psychotropes et a écrit un livre intitulé «Les médicaments psychotropes en 70 questions »17. Ce médecin et auteur dit du millepertuis que « C’est un véritable psychotrope. Il contient les mêmes principes actifs que les antidépresseurs chimiques »14

Parmi les publications et articles suggérant des alternatives aux BDZ, le blog18 de Deane Alban se démarque des autres. En effet, ce dernier comporte un argumentaire complet et est représentatif de ce que l’on trouve sur internet. Deane Alban cherche à changer le mode de vie des personnes afin de réduire les dommages qui sont infligés à leur santé mentale15. Les traitements conseillés dans ce blog sont souvent du type naturopathe. La plupart de ces traitements ciblent un déséquilibre (surconsommation de gluten, carence d’acide aminés, etc.). Il est conseillé de changer son mode de vie (souvent en réduisant ou augmentant la consommation d’un aliment), ou d’y inclure l’utilisation d’un herbe ou huile médicinale. 

L’autre fondateur de ce site est Dr. Patrick Alban15, le mari de Deane Alban, un ancien chiropracteur (Doctorat en Chiropractic), qui revoit les publications qu’elle écrit avant de les publier. Le statut de « docteur » qu’a Patrick Alban pourrait donner un aspect plus scientifique aux publications du blog. Deane Alban promet18 à ses lecteurs de démontrer la validité de sa position en utilisant des sources basées sur des preuves démontrables, et non biaisées. Malgré que certaines sources de ce blog reposent sur des articles scientifiques, d’autres semblent être mal justifiées, et les sources qu’elle met en place ne donnent que très peu (ou pas) d’information sur l’affirmation qu’elle stipule. La description qu’elle donne de l’hépatotoxicité du kava kava (Piper methysticum) en est un exemple19: elle affirme que toutes les données qui indiquent un lien entre le kava et des dégâts au foie sont fausses ou mal fondé. Elle affirme cela sans aucune source, et une recherche rapide sur internet montre qu’il existe plusieurs articles20 reliant l’hépatotoxicité au kava kava. Un autre exemple de source problématique concerne l’utilisation de l’huile essentiel de jasmin comme alternatif au Xanax (BZD). D. Alban affirme que l’huile essentielle de jasmin est plus efficace que le Xanax contre l’anxiété21. Or, si l’on regarde l’origine de cette information, on est amené à un article de presse22 concernant l’étude (qui ne cite pas l’étude en question non plus). Le fait de citer un article de presse comme étant un article scientifique ne suit pas vraiment le but18 de BeBrainFit : « Count on us for unbiased, evidence-based information ». Le fait de conseiller à ses lecteurs de ne pas se fier à la littérature scientifique est significatif, surtout sans aucune justification.

Malgré ces biais,un grand nombre des traitements qu’elle conseille semblent avoir un effet anxiolytique, comme l’huile de lavande, qui serait être aussi efficace que le lorazépam d’après l’étude23 qu’elle cite. L’huile de bergamote a aussi un effet anxiolytique chez les rats24, et aurait donc potentiellement un effet chez l’homme. Les racines de Withania somnifère pourraient avoir un effet anxiolytique semblable à des doses de Lorazépam et d’Imipramine25, d’après une étude citée par un article de presse26. Une autre étude27 qu’elle cite16 concerne les psychobiotiques, des probiotiques qui semblent provoquer un changement de l’état mentale chez la personne hôte. Cela suggère qu’il existe potentiellement des remèdes naturels moins offensifs que les BZD, et qui auraient un potentiel d’abus considérablement plus petit voire inexistant. Cela représente peut-être une future voie de traitement alternative aux BZD. 

Le problème avec ce type de positionnement presque empirique et presque scientifique mais sans la rigueur correspondante est que cela élève tous les propos de D. Alban à la science pour un lecteur qui ne s’y connait pas. Un lecteur ayant quelques bases scientifiques verrait tous les propos dévalorisés à des croyances puisque ce dernier  va voir une source erronée et va penser que rien n’est légitime. Le fait de mélanger le scientifique et le pseudo scientifique est un problème récurrent lorsqu’on cherche des alternatives aux médicaments pharmacologiques.

Conclusion

La formation et les connaissances de chaque médecin ont un impact direct sur sa capacité à déterminer si une prescription de BZD est nécessaire. Aujourd’hui, les médecins sont formés et sensibilisés d’une certaine manière, mais avec l’avancement des recherches et de la science, cela pourrait changer d’ici quelques années. La problématique tourne donc autour de la formation et du suivi des médecins, et cela reflète un problème plus grand que celui autour des BZD. En effet, le problème des prescriptions touche tous les médicaments. Les substances psychotropes sont plus controversés que les autres, étant donné que le domaine du psychique est encore en développement.

Le cadrage varie selon les personnes concernées, certains  états physiologiques sont considérés comme des effets secondaires des BZD pour certains alors que d’autres ne les considèrent pas ainsi. Il est donc difficile d’analyser un tel sujet pour lequel la nocivité est jugée par des cadrages différents.

De plus, nous avons été étonnés de voir que les avis sont aussi divergents sur un médicament autant utilisé au niveau mondial. Il découle de cela que les études concluantes faites sur le sujet sont peu nombreuses. Malgré un grand nombre de recherches scientifiques dans le domaine, les conclusions des chercheurs restent mitigées. 

La dépendance à une substance quelconque (drogue, tabac) est considérée comme grave, et nous avons été étonnés de voir que la dépendance à un médicament n’est pas vue de la même manière. En effet, une personne ayant une “addiction” à un médicament n’est pas forcément une toxicomane. De plus, il nous a semblé que la dépendance à un médicament est souvent considérée comme une faiblesse du patient et qu’il en est l’unique responsable, car il est prévenu. Le fait que la dépendance soit si facilement acceptée empêche une réelle prise de conscience. C’est pour cela que les personnes sont aussi catégoriques sur le sujet à travers des blogs et cherchent à être prises en considération, tous veulent qu’on entende leurs cris d’alerte.

Bibliographie

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Les questions d’éthiques et de propriété autour de l’utilisation des cellules HeLa

photo source : https://dailygeekshow.com/henrietta-lacks-immortelle/

Contexte

En 1951, Henrietta Lacks, une Afro-Américaine de 31 ans, mère de cinq enfants et travaillant dans les champs de tabac, est diagnostiquée d’une tumeur cancéreuse du col de l’utérus. Durant son suivi par le docteur Howard Jones à l’Hôpital Johns Hopkins, ses cellules sont prélevées puis envoyées sans son consentement au laboratoire du biologiste cellulaire George Gey. Celui-ci, comme d’autres à cette époque, tentait de cultiver des cellules humaines in vitro pour la recherche concernant le cancer, une question au centre des préoccupations. Dans le documentaire The Way of All flesh réalisé par Adam Curtis en 1998, le docteur Roland Pattillo, collègue de Dr. Gey, témoigne de l’objectif de celui-ci : comprendre les mécanismes du cancer: “Dr Gey simple dream was to be the first to successfully sustain the growth of human cells outside the body so that in test tubes the secret of cancer cause could be exposed and once exposed altered and corrected”. [1]

Les cellules d’Henrietta Lacks sont les premières à avoir été cultivées avec succès, ce qui bouleversa le milieu biomédical. Pour la première fois, des cellules survivent en culture et se multiplient sans cesse. Le 4 octobre 1951, jour du décès d’Henrietta Lacks, Dr. Gey apparaît sur une plateforme télévision pour expliquer au grand public sa découverte et l’importance que cela pourrait avoir dans la quête du traitement contre le cancer.[2] Le nom d’Henrietta Lacks n’apparaîtra pas dans la communauté scientifique et laisse place à l’acronyme “HeLa”, connu mondialement et choisi par Dr. Gey, prétendant que les cellules viennent d’une certaine “Helen Lane”, la nommant ainsi afin “d’égarer les recherches[3] sur l’identité de la porteuse de ces cellules.

Envoyées partout à travers le monde et présentant un faible coût pour la recherche, ces cultures, encore existantes aujourd’hui, ont servi à créer des vaccins contre la poliomyélite en 1953, furent utilisées par l’armée américaine pour mesurer l’effet des radiations des bombes atomiques ainsi que par des compagnies cosmétiques afin de faire des tests pour remarquer d’éventuels effets secondaires causés par leurs produits. Ces cellules sont particulièrement au centre de nombreux programmes de recherche contre le cancer.

La famille Lacks n’était au courant de rien et n’a touché ni dédommagement ni hommage de la part des entreprises et laboratoires en faisant usage. Vingt ans plus tard, les scientifiques se penchent sur une explication génétique du cancer [4] ; retrouver la descendance d’Henrietta Lacks devient alors de la plus haute importance comme l’avance Bernice Schacter, membre du Hela Team investigation de 1976 “You could not study her genetics because she had died, the only way to figure out what she was genetically in terms of all these different markers was to go back to her family.” [5].

Le nom d’Henrietta Lacks n’est apparu qu’à la mort de George Gey en 1970. Cette affaire fit naître bon nombre de discussions entre le milieu biomédical, l’innovation pour le bien commun, les entreprises, et la famille de Lacks, qui se sent privée de tout droit et reconnaissance. De plus, en vue du climat discriminatoire régnant aux États-Unis à cette époque, la famille a déploré une utilisation abusive et ségrégative. En effet, durant ces années, la communauté Afro-américaine a été très touchée par des expériences scientifiques réalisées sans considération sur ceux-ci comme pour l’étude de Tuskegee sur la syphilis.

Dans les années 2010, Rebecca Skloot, journaliste scientifique américaine, s’est intéressée à cette histoire et s’est rapprochée de la famille pour écrire un livre sur la défunte “The immortal life of Henrietta Lacks” en y présentant l’historique de la famille après le prélèvement. Ceci a permis de mettre au jour cette situation au grand public et a soulevé différentes réactions de la part de plusieurs acteurs tels que des scientifiques, des philosophes, des juristes et des médias.

Durant ces années, le génome des cellules HeLa fut séquencé et rendu public à des fins de recherche où le génome peut être utilisé directement. Les chercheurs  “[…] saw the HeLa cell genome as a helpful resource for their work examining how gene variants influence basic biological functions, and for the countless other scientists studying the same cell line.”[6]. Ceci posa des questions quant à la vie privée de la famille Lacks. En effet, celle-ci ne souhaitait pas connaître les éventuelles mutations qu’elle portait probablement également “[…] to publish the sequence […] may disclose genetic traits borne by surviving family members.”.[7] En 2013, la famille Lacks et l’institut national de la santé (NIH) des États-Unis se sont réunis afin de trouver un accord quant à l’éventuelle consultation de ces données.

Dans notre travail, nous souhaitons explorer les questions éthiques et de propriété soulevées par le prélèvement et l’utilisation des cellules et par la publication du génome, ainsi que comparer les pratiques de l’époque avec la situation actuelle.

Différents acteurs interviennent sur ces questions. La famille et les chercheurs ayant prélevé les cellules ou publié le génome sont directement impliqués. D’autres, comme l’auteure Rebecca Skloot, ou des chercheurs utilisant les cellules soutiennent une position en étant concernés d’une manière ou d’une autre par la question. Outre ceux-ci, on retrouve des avis de personne impliquée en aucun point, comme des chercheurs en bioéthique, voulant simplement présenter leur point de vue sur la situation.

Les questions éthiques

Le prélèvement et l’utilisation des cellules d’Henrietta Lacks

C’est à l’hôpital Johns Hopkins que sont prélevées, en 1951, les cellules cancéreuses d’Henrietta Lacks. Cet établissement, créé en 1889, aurait été le premier à utiliser les gants en caoutchouc avec leurs patients lors des opérations et le premier à admettre des femmes dans leur université. L’histoire d’Henrietta Lacks et l’historique de sa situation à l’hôpital sont relatés sur leur site web. Ils expliquent qu’en 1950, les normes n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui et que le prélèvement de cellules ne nécessitait pas le consentement du patient “In the 1950s, when Henrietta Lacks was hospitalized, there were no established practices for informing or obtaining consent from patients when retrieving cell or tissue samples for research purposes, nor were there any regulations on the use of patients’ cells in research. It was common practice at Hopkins for extra samples to be collected from cervical cancer patients during biopsies to be used for research purposes, regardless of race or socio-economic status.”.[8]

De plus, les rédacteurs affirment que l’hôpital n’aurait pas tiré profit de la distribution des cellules HeLa “Although these were the first cells that could be easily shared and multiplied in a lab setting, Johns Hopkins has never sold or profited from the discovery or distribution of HeLa cells and does not own the rights to the HeLa cell line. Rather, Johns Hopkins offered HeLa cells freely and widely for scientific research.”.[9]

Il est affirmé que depuis ces 10 dernières années, l’hôpital est en collaboration avec la famille Lacks “Johns Hopkins has worked in close coordination with several members of the Lacks family over the past decade to recognize and honor Henrietta Lacks, including scholarships, engagement with local schools and annual symposia.” [10].

Enfin, cet hôpital était d’après eux un des seuls à soigner les Afro-Américains dans les années 50, “Very few leading hospitals treated African American patients. Johns Hopkins Hospital was an exception, providing the same quality of care to both black and white patients. However, black patients were treated in segregated wards at the time of Henrietta Lacks and for many years thereafter.”[11]. Il est important de préciser qu’à cette époque, les Afro-Américain n’avaient que très peu d’accès à la santé étant donné le contexte discriminatoire.

Laura Beskow, professeure et chercheuse en bioéthique empirique, confirme que le prélèvement de cellules effectué sans consentement était courant à l’époque d’Henrietta Lacks “Tissue samples were taken during her diagnosis and treatment, and portions were passed along to a researcher without her knowledge or permission, as was common practice at the time.”. [12]

Elle explique qu’avec les lois actuelles aux États-Unis, les cellules d’Henrietta Lacks n’auraient pas été utilisées de cette manière. En effet, les cellules pourraient être prélevées et étudiées à des fins médicales, avec un formulaire signé préalablement lors de l’admission à l’hôpital. Cependant, pour des recherches privées soit sur les cellules, soit lors du prélèvement des échantillons sur la famille, les chercheurs auraient eu besoin d’un consentement explicite signé et de passer par un comité d’éthique pour approbation “[…] if Henrietta Lacks were a patient in the United States today, biospecimens collected solely for her clinical care would not require her consent for use in research. Any part of such specimens remaining […] might be stored for generic teaching, quality assurance, and research purposes, as briefly disclosed in a general consent-to-treat form. Researchers seeking to study stored clinical specimens could do so without her consent […]. An IRB-approved research protocol and informed consent (unless waived) would be required when researchers prospectively intend to use clinical specimens for a specific project […]. Collecting biospecimens from family members solely for research purposes would require an IRB-approved protocol and informed consent.”.[13]

Sur le site de l’université John Hopkins, on peut lire une discussion entre Rebecca Skloot et la directrice du Johns Hopkins Bioethic Institute. Celle-ci annonce qu’il y a deux grandes questions, celle du consentement, et celle de la valeur commerciale des cellules. Elle ajoute ensuite que, malheureusement, il était courant dans les années 1950 de prélever des cellules pour la recherche sans aucun consentement “There are at least two issues that cases like Mrs. Lacks’ raise. […] One is the question of consent, and the other is what, if anything, is morally or legally due to a person if something of commercial value is developed from their cells. […] the Lackses’ story is a sad commentary on how the biomedical research community thought about research in the 1950s. But it was not at all uncommon for physicians to conduct research on patients without their knowledge or consent. That doesn’t make it right. It certainly wasn’t right. It was also unfortunately common”.[14]

Publication du génome HeLa

Bertrand Jordan, biologiste moléculaire, généticien et immunologiste français, a fait partie de l’équipe de recherche ayant séquencé le premier gène d’histocompatibilité humain (HLA), publié en 1982.[15] Auteur de livres sur la génétique et l’éthique destinés au grand public, il consacre un chapitre à l’événement de 2013 concernant le séquençage du génome HeLa. C’est l’équipe de EMBL (European Molecular Biology Laboratory) qui a publié pour la première fois le séquençage et c’est à ce moment que les membres de la famille ont réagi face à ce problème. En effet, ceux-ci sont directement concernés par le séquençage du génome. Étant donné qu’ils appartiennent à la même famille cela donne des informations sur leur propre génome, comme l’explique Laura Beskow “A steady stream of provocative studies […] has demonstrated that it is possible to discover the identities of individuals whose genomic data had otherwise been considered deidentified.”.[16]

Jonathan Eisen, un biologiste américain cité par Skloot dans le New York Times, confirme qu’avec le séquençage de l’ADN des cellules HeLa, le public a des informations sur la famille sans que les membres aient donné leur accord. Il craint que cette publication sans approbation puisse décrédibiliser les scientifiques et que ceci puisse briser une certaine confiance.[17]

L’article de Callaway, journaliste biomédical, microbiologiste, et auteur scientifique pour le magazine Nature, montre le mécontentement de la famille, notamment celui de la petite fille d’Henrietta Lacks, Jeri Lacks-Whye “I think it’s private information […] I look at it as though these are my grandmother’s medical records that are just out there for the world to see.[18].

Les membres de la famille ont ainsi rencontré Fancis S. Collins, le directeur de l’institut national de la santé aux États-Unis et gérant du grand projet “Human Genom Project”, afin de trouver un accord concernant cette publication. On comprend alors que cette question ne préoccupe pas uniquement la famille, mais touche tout un public, dont le monde scientifique, faisant régulièrement usage de ces cellules.

D’après Callaway, la famille voulait obtenir une compensation financière suite à la publication. Collins expliqua que les États-Unis ont mis en place une loi qui précise que les gènes non modifiés ne pourraient plus être brevetés, les chercheurs ne peuvent ainsi pas en tirer profit. Ainsi, la famille Lacks n’obtiendra pas non plus de compensation financière, mais les membres auront leur mot à dire. Ils pourront décider de qui aura accès au séquençage. De plus, nous apprenons que le séquençage du génome des cellules HeLa avait pour but de développer de nouvelles techniques de séquençage et l’équipe du LEBM ainsi que l’équipe financée par le NIH pensaient que le génome serait utile à d’autres chercheurs pour l’avancée des recherches sur les cellules HeLa “His team, funded by the NIH, started decoding HeLa DNA in 2011, as part of an effort to develop new sequencing techniques. They also hoped that the genome would be useful for other researchers, a motivation shared by the EMBL team” [19].

Enfin, l’article présente l’accord passé entre la famille et le NIH à propos du séquençage et de l’utilisation des cellules d’Henrietta Lacks “In the end, the family decided that it wanted the data to be available under a restricted-access system similar to the NIH dbGaP database, which links individuals’ genetic make-up to traits and diseases. Researchers would apply for permission to acquire the data and agree to use them for biomedical research only, and would not contact Lacks family members. A committee that includes family members will handle requests, and papers that use the data will recognize Henrietta Lacks and her kin.” [20]

Hudson et Collins expliquent que cet accord consiste à placer les données de séquence HeLa dans une base de données dont l’accès sera contrôlé par des experts du NIH et des membres de la famille Lacks “placing the data in a controlled-access database, which would require researchers to apply to the NIH to use the data in a specific study and to agree to terms of use defined by a panel including members of the Lacks family” [21]. C’est donc la famille Lacks qui a choisi cette option contre deux autres : rendre la séquence accessible à tous, ou la rendre indisponible.

Collins pense ainsi avoir résolu le problème vis-à-vis de la famille “Together, we have crafted a path that addresses the family’s concerns, including consent and privacy, while making the HeLa genomic sequence data available to scientists to further the family’s commitment to biomedical research.”.[22]

Arthur Caplan, dirigeant de la division de l’éthique médicale du NYU Langone Medical Center, un des créateurs du programme national de donneurs de moelle osseuse et conseiller à propos de la loi de transplantation d’organe de 1984, explique, dans son article publié dans NBC News Website Archive, que la lignée HeLa a généré des milliards de dollars et que la famille Lacks n’était pas au courant de l’utilisation des cellules pendant très longtemps “For years, her own family had no idea that her cells were still alive in petri dishes in scientists’ labs. They eventually learned they had fueled a line called HeLa cells, which have generated billions of dollars, but they didn’t realize until this spring that her genome had been sequenced and made public for anyone to see.” [23]

De plus, Arthur Caplan ajoute que “Under a new agreement, Lack’s genome data will be accessible only to those who apply for and are granted permission. And two representatives of the Lacks family will serve on the NIH group responsible for reviewing biomedical researchers’ applications for controlled access to HeLa cells. Additionally, any researcher who uses that data will be asked to include an acknowledgement to the Lacks family in their publications.”.[24] La famille ne recevra donc pas de compensation financière avec cet accord, mais une compensation morale.

D’après l’auteur, cet accord sur les données du génome est suffisant “And as the years went by, and some people began to make money from the cells no one ever revealed this to Henrietta’s descendants, as is told in Skloot’s wonderful book. But that failure has now been fixed.”[25]. Ainsi, cette faille serait “corrigée” en restaurant le droit à la famille Lacks de contrôler l’accès aux données du génome.

La question de propriété

Les cellules utilisées aujourd’hui sont-elles celles d’Henrietta Lacks?

Une manière illustrée d’expliciter cette question que l’on retrouve parfois dans la littérature est la suivante : dans nos domiciles respectifs, des milliers de cellules de peau, des cheveux, se déposent sans qu’on en ait conscience sur les meubles, le sol. À ce stade, on ne se sent pas nécessairement propriétaire de cette information biologique perdue – mais qu’en viendrait-il si une personne venait à les prendre? Les manipuler?

Cette question, largement controversée, mène à deux discours qui s’opposent parmi les différents acteurs en jeu. Le premier avance l’idée que la lignée cellulaire appartient à Henrietta Lacks et à sa descendance. Le second, un point de vue évolutionniste, défend que la lignée de cellules Hela serait une nouvelle espèce à part entière, il ne s’agit plus des cellules d’Henrietta Lacks à proprement parler, mais d’une nouvelle lignée qui aurait évolué de manière indépendante, donc qui n’aurait pas de propriétaire.

Le site web AFRO, un site destiné principalement à la communauté Afro-américaine dans lequel est publié des nouvelles concernant la vie religieuse, la politique et les modes de vie, présente l’article “New legal battle for Lacks family”, écrit par Deborah Bailey en 2018, où le fils d’Henrietta Lacks explique qu’il considère que ces cellules sont à elle et lui ont été volées. “Wouldn’t it be something if instead of people taking from Henrietta, a piece of her life and legacy was given back (…) It would be wonderful if the Lacks family are finally given the chance to take some control of her stolen legacy.” [26]. Il souhaiterait que celles-ci appartiennent désormais à la famille “We feel that at least Henrietta Lacks’ estate should have guardianship over her cells.”. [27]

Jean-Yves Nau, médecin et journaliste scientifique français spécialiste des questions de médecine, de biologie et de bioéthique, exprime un avis mitigé sur cette question de propriété “On observera que la question est encore plus complexe que celle de la propriété qu’une personne (ou sa descendance) peut avoir sur les cellules prélevées sur son corps. La biologie et la génétique nous disent en effet, rétroactivement, que ce n’est pas l’ADN stricto sensu de Henrietta Lacks qui a été massivement utilisé (sous forme de lignées cellulaires immortelles). Mais un ADN «infecté» par un fragment d’HPV. Comment, dès lors, trancher quant à l’acte de propriété? Est-on, après en avoir été victime, propriétaire de ses infections?”.[28] Ici se pose clairement la question de savoir si les cellules appartiennent toujours à Henrietta Lacks dès lors qu’elles ont été infectées. En effet, les cellules infectées ne sont pas les cellules originales d’Henrietta Lacks, car elles ont été transformées par l’infection. L’HPV (Human Papillomavirus) est un virus sexuellement transmissible, qui peut engendrer le cancer du col de l’utérus ; les gènes du virus ont la capacité de s’introduire dans le génome des cellules humaines et de modifier leur comportement. Cela étant, si les cellules n’avaient pas été infectées, elles n’auraient pas eu cette capacité extraordinaire de pouvoir se multiplier sans cesse. Or, ces cellules proviennent du corps d’Henrietta, et nous ne savons pas si les cellules d’une autre personne avec la même infection auraient donné le même résultat et les mêmes avancées.

De même, Anna Lydia Svalastog (centre d’éthique de la recherche et bioéthique, Université d’Uppsala, Uppsala, Suède) et Lucia Martinelli (musée des sciences, Trento, Italie) ont coécrit un article dans lequel elles discutent des cellules HeLa comme étant des “bio-objets” et pas seulement des cellules. Ici aussi, on comprend donc que les cellules ne sont pas réellement des cellules humaines, mais un mélange avec des particules du virus formant donc une sorte de cellule hybride à cause du transfert horizontal de gène du HPV. Aussi, comme ces cellules ont une très forte capacité à proliférer, elles peuvent subir de nombreuses mutations, impliquant qu’elles deviennent différentes des cellules originales, générant ainsi plusieurs souches de lignées différentes. Une lignée cellulaire est en effet définie par le fait de rester stable après des mitoses successives[29].

Aujourd’hui sur le marché, il existe une vingtaine de lignées cellulaires Hela ayant été modifiées en laboratoire afin d’avoir des caractéristiques propres, intéressantes pour des travaux de recherche.[30]. De plus, il a été proposé de définir les cellules HeLa comme une nouvelle espèce “In culture conditions, HeLa cells divide unlimitedly (“immortal” feature) and may mutate: hence from the same tumor cells removed from Henrietta, many strains of HeLa cells have been generated. Estimations of their total number spread in the laboratories and repositories all over the world give amazing quantities which far exceed the total number of cells that were in Henrietta’s body. Worth stressing, HeLa cells have even been proposed to be regarded as the contemporary establishment of a new species (Helacyton gartleri) because of their ability to replicate indefinitely, their own clonal karyotype, their chromosomal incompatibility with humans, their ecological niche, and their ability to persist and expand” [31]. Mais les auteures rappellent le fait que les cellules étaient bel et bien dans le corps d’Henrietta Lacks, malgré le fait que ces cellules puissent être perçues comme des cellules parasites qui ne devraient pas être présentes dans son corps. Étant donné que ces cellules peuvent vivre en dehors du corps d’Henrietta Lacks, elles sont devenues la propriété des laboratoires de recherche en tant que bio-objets. Les auteures ont écrit : “Some important characteristics of these cells also concern bio-social implications we recognize to the bio-objects. Principally, this tumor raises property issues. It was part of Henrietta Lacks’ body, belonged to her because it was inside her and existed due to her, thus being her property. On the same time, however, it may be identified as something separate from her, in the form of a parasitic, invasive, and transgressive biologic material to be dissected. Outside the body, its survival became technology-dependent (from cultural media, conditions, and repositories). Separate from her, this “medical waste” became a precious material to be shared, sold, and disputed. It acquired the identity of a tool to study, but also to generate other bio-objects in a circular process where the new knowledge is the starting point of new bio-objectification leading to the production of further bio-objects.[32]. Avec la question de propriété se pose la question de responsabilité. En effet, si ces cellules appartiennent, soit aux scientifiques, soit à la famille, ceux-ci peuvent les utiliser comme bon leur semble. Cela veut également dire qu’elles peuvent être vendues, procurant ainsi des profits pour leurs propriétaires.

La compensation financière

Skloot dénonce la liberté d’utilisation de ces cellules. Une fois qu’elles sont achetées, une personne ou un groupe de personne en détiennent des droits. Elle évoque les profits découlant de leur utilisation, avec des brevets posés sur des découvertes faites grâce à la lignée cellulaire “so the purchaser owns the rights to the cells it acquires. […] There are 17,000 U.S. patents that involve HeLa cells, which are theoretically continuing to make money. […] I can approach it as saying Henrietta Lacks is a person, who is continuing to be represented in life by her cells, or that Henrietta’s cells themselves are Henrietta Lacks and in so doing she is still living, or her cells are the property of the estate because they belong to her and require protection because she is now deceased and cannot speak on her behalf for her property”.[33] La question de ces profits n’est pas évidente. Ils découlent de l’utilisation de ces cellules, mais en sont-ils directement liés? Si celles-ci sont utilisées comme un outil, peut-on dire que cela mérite une compensation? Mais les cellules peuvent aussi être achetées en libre marché, ainsi les entreprises ou les laboratoires qui les vendent en tireraient un profit immédiat.

Bertrand Jordan explique que la reconnaissance par l’hôpital Johns Hopkins a été tardive et insuffisante. En effet, c’est seulement lors de la sortie du livre “The Immortal life of Henrietta Lacks” en 2010 que l’hôpital a décidé d’honorer Henrietta Lacks. Il souligne également le fait que la famille Lacks n’a pas eu de compensation financière malgré les nombreuses découvertes que les cellules ont permises “l’école de médecine locale offrit une stèle à la mémoire de la défunte, lui décerna en 2011 un diplôme honoraire (honorary degree) et décida de donner son nom à un nouvel établissement d’enseignement qui doit ouvrir très prochainement. Reconnaissance tardive et purement honorifique, manifestant une culpabilité rétrospective devant le traitement cavalier de cette Noire pauvre. Néanmoins, aucune compensation financière ne fut proposée à la famille, malgré les 11 000 brevets utilisant les cellules HeLa et dont certains ont bien dû être rémunérateurs.. [34]

Anne Laude, codirectrice de l’Institut droit et santé (Université Paris-Descartes) explique qu’une compensation financière n’est pas judicieuse et justifie cela par la propriété de l’ADN qui relève du vivant et non d’un bien “Selon la jurisprudence du 13 juin 2013 de la Cour suprême américaine, l’ADN ne peut plus être breveté quand il est un produit de la nature. Cela ne va pas dans le sens d’une contrepartie financière de la famille[35].

Conclusion

Comme nous avons pu le constater, les cellules d’Henrietta Lacks, depuis leur apparition dans les années 50 jusqu’à notre époque, font preuve d’un sujet épineux au sein de notre société, que ce soit sur le plan éthique ou économique. Les questions qui en résultent se retrouvent souvent tiraillées entre l’apport bénéfique de ces cellules dans le monde de la recherche, de la médecine, le profit des entreprises, l’ensemble de la société qui en bénéficie de manière indirecte, la question de propriété des cellules et du consentement et l’histoire vécue du point de vue de la descendance d’Henrietta. Enfin, l’aspect économique ferait l’objet entier d’une controverse, c’est pourquoi il n’a pas été traité en détail dans ce rapport.

Nous nous sommes questionnées face aux réglementations du prélèvement des cellules d’une personne et leur mise en culture sans consentement, puis leur utilisation dans le monde entier à des fins de recherches. Ainsi, à l’époque, il n’y avait aucune loi sur le consentement et il était courant de prélever des cellules pour la recherche médicale. Mais pourquoi avoir menti sur l’identité des cellules ? Deux hypothèses sont possibles. George Gey pouvait tout autant vouloir protéger l’identité d’Henrietta Lacks et sa vie privée, tout comme vouloir au contraire en bénéficier sans contrainte, cela étant alors plus facile sans que la personne concernée soit au courant.

Il était ensuite question de savoir si les chercheurs avaient tiré profit de l’utilisation des cellules. L’hôpital Johns Hopkins annonce que les médecins et chercheurs de l’hôpital n’ont pas bénéficié d’une contrepartie monétaire de la découverte des cellules HeLa. Mais certaines entreprises ont pu, grâce à celles-ci, faire des découvertes émettant de nombreux profits, que ce soit monétaire ou par gratification.

Puisque ceux-ci peuvent en profiter, nous nous sommes posées la question de savoir à qui les cellules appartiennent. Plusieurs points de vue s’opposent : ceux qui pensent que les cellules sont la propriété évidente de la famille Lacks et d’autres évoquant le fait que les cellules étant infectées ou mutées, elles sont considérées comme une espèce à part entière ou comme étant tellement différentes de la lignée cellulaire originelle, qu’elles n’ont plus de lien direct avec les cellules prélevées sur Henrietta Lacks. Certains voient même ces cellules comme un outil, un objet d’étude qui sert d’appui pour la recherche.

Concernant la publication du génome des cellules, la famille d’Henrietta Lacks n’a pas accepté que les chercheurs publient des informations qui pourraient les concerner directement. Il est judicieux de souligner l’importance du secret médical pour la famille d’Henrietta Lacks. En effet, la publication du génome pourrait aboutir à des révélations de prédispositions génétiques à des maladies, qui est, d’une part de l’ordre de la sphère privée familiale, d’autre part la famille ne souhaite pas nécessairement connaître ces révélations, pouvant être à l’origine de tension familiale, formant un sujet tabou et sensible. Pour cette affaire, la famille n’a pas obtenu de compensation financière comme souhaité, mais a passé l’accord avec le NIH, que, dès à présent, les données de séquences HeLa seraient placées dans une base de données dont l’accès sera contrôlé par des experts du NIH et des membres de la famille Lacks. Cela montre que la famille Lacks est effectivement concernée par le génome des cellules HeLa, qui donne des informations sur celui des descendants. Mais ont-ils un droit direct si les cellules ne leur appartiennent pas?

Grâce à nos recherches, nous avons pu voir que le prélèvement sans consentement des cellules d’Henrietta Lacks s’est produit dans un contexte ségrégatif et dans lequel il n’y avait pas de réglementation précise à ce sujet. Heureusement, aujourd’hui plusieurs lois concernent le consentement médical et l’utilisation de cellules à des fins de recherches. L’histoire d’Henrietta Lacks semble donc surprenante, car de nos jours, les médecins et chercheurs ne peuvent pas agir de cette manière. Nous pouvons voir à quel point les réglementations éthiques ont évolué, ce qui est plutôt encourageant, étant donné l’injustice encore très présente quant à l’accès aux soins médicaux. Celles-ci sont aussi prises en considération par le monde médical et de recherche, notamment par l’accord passé entre le NIH et la famille Lacks, ayant par conséquent un contrôle sur l’accès au séquençage, mais elle n’obtiendra toujours pas ce qu’elle souhaitait, à savoir une compensation financière.

Ce témoignage historique laisse place à de nombreuses questions. Avec l’avancée du monde médical et de la recherche, des réglementations sont nécessaires afin de ne pas être confronté à une situation telle que celle-ci. Cependant, les technologies se développant très vite, et les réglementations venant toujours avec un temps de retard par rapport à celles-ci, tel le cas du séquençage. Ces failles sont difficiles à corriger, pourtant le monde scientifique a toujours besoin de la confiance du grand public. Nous avons mentionné auparavant le profit des entreprises, mais rappelons que lorsqu’il s’agit de recherche scientifique, c’est souvent dans le but de répondre à une demande venant de la société, afin de répondre à des besoins pour le bien commun. En effet, nous profitons tous des découvertes qui en découlent, notamment en médecine. L’affaire d’Henrietta Lacks nous rappelle dans cette démarche la nécessité de transparence et de réglementation éthique quant à l’utilisation du “matériel” et aux méthodes de recherche.


[1] Adam Curtis, « The Way of All flesh », 1998, https://youtu.be/FgMUlVl-poE?t=229, consulté le 10/04/2019

[2] Adam Curtis, « The Way of All flesh », 1998, https://youtu.be/FgMUlVl-poE?t=538, consulté le 10/04/2019

[3] Gilgenkrantz, S. Regard Sur Soixante Années de Culture de Cellules HeLa. Histoire Des Sciences Médicales, 1321-31.

[4] Adam Curtis, « The Way of All flesh », 1998, https://youtu.be/FgMUlVl-poE?t=2681, consulté le 10/04/2019

[5]  Adam Curtis, « The Way of All flesh », 1998, https://youtu.be/FgMUlVl-poE?t=2681, consulté le 10/04/2019

[6] Callaway, Ewen. Deal fait sur la lignée cellulaire HeLa. Nature News, 2013, vol. 500, no 7461, p. 132

[7] Callaway, 2013, p132

[8] Anonymous, https://www.hopkinsmedicine.org/henriettalacks/frequently-asked-questions.html, consulté le 01/04/2019

[9] Anonymous, https://www.hopkinsmedicine.org/henriettalacks/frequently-asked-questions.html, consulté le 01/04/2019

[10] Anonymous, https://www.hopkinsmedicine.org/henriettalacks/frequently-asked-questions.html, consulté le 01/04/2019

[11] Anonymous, https://www.hopkinsmedicine.org/henriettalacks/frequently-asked-questions.html, consulté le 01/04/2019

[12] Beskow, L. M. (2016). Lessons from HeLa cells: the ethics and policy of biospecimens. Annual review of genomics and human genetics, 17, 395-417.

[13] Beskow, 2016, p395-417.

[14] Anonymous, https://hub.jhu.edu/2013/08/08/henrietta-lacks-hela-cells-agreement/, henrietta-lacks-hela-cells-agreement. Site web HUB, 2013, consulté le 02/04/2019

[15]Anonymous, https://histoire.inserm.fr/les-femmes-et-les-hommes/bertrand-jordan, consulté le 01/05/2019

[16] Beskow, 2016, p 395-417

[17] Skloot, R. (2013). The immortal life of Henrietta Lacks, the sequel. New York Times, 23.

[18] Callaway, Ewen. Deal done over HeLa cell line. Nature News, 2013, vol. 500, no 7461, p. 132.

[19] Callaway, 2013, p. 132

[20] Callaway, 2013, p. 132

[21] Hudson KL, Collins FS. Politique concernant les échantillons biologiques: questions familiales. La nature. 2013; 500 : 141-2. doi: 10.1038 / 500141a

[22] Hudson KL, Collins FS. Politique concernant les échantillons biologiques: questions familiales. La nature. 2013; 500 : 141-2. doi: 10.1038 / 500141a

[23] Caplan, Art. NIH finally makes good with Henrietta Lacks’ family–and it’s about time, ethicist says. NBC News Website Archive, 2013.

[24] Caplan, Art. NIH finally makes good with Henrietta Lacks’ family–and it’s about time, ethicist says. NBC News Website Archive, 2013.

[25] Caplan, Art. NIH finally makes good with Henrietta Lacks’ family–and it’s about time, ethicist says. NBC News Website Archive, 2013.

[26] Ron Lacks, 2018, https://www.afro.com/new-legal-battle-for-lacks-family/, consulté le 05/05/2019

[27] Ron Lacks, 2018, https://www.afro.com/new-legal-battle-for-lacks-family/, consulté le 05/05/2019

[28] Nau, J. Y. HeLa: perpetual legacy of Ms Lacks (1920-1950). Revue medicale suisse, 2013, vol. 9, no 397, p. 1652.

[29] Anonymous, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lign%C3%A9e_cellulaire, consulté le 25/05/2019

[30] Anonymous, https://www.biocompare.com/pfu/111694/soids/760411-2259403/Cells_and_Microorganisms/HeLa_Cell_, consulté le 03/05/2019

[31] Svalastog, Anna Lydia et Martinelli, Lucia. Représenter la vie par opposition à l’être: le processus de bio objectification des cellules HeLa et son rapport à la médecine personnalisée. Journal médical croate , 2013, vol. 54, no 4, p. 397.

[32] Svalastog, et Martinelli, 2013, p. 397.

[33] Skloot, R. (2010). The Immortal Life of Henrietta Lacks. New York: Broadway Paperbacks, p.216.

[34] Anonymous, https://histoire.inserm.fr/les-femmes-et-les-hommes/bertrand-jordan, consulté le 01/05/2019

[35] Jordan, B. Chroniques génomiques-Henrietta Lacks et les cellules HeLa-Les leçons d’une histoire. médecine/sciences, 2013, vol. 29, no 11, p. 1051-1053.

Alice Padlewski, Anaïs Horckmans, Laura Thomas-Sleiman

La controverse aux États-Unis autour de l’effet du BPA sur la santé

Introduction

Depuis les années 1960, Le bisphénol A est une substance chimique utilisée au niveau mondial dans la fabrication de polycarbonate et de résine époxy pour la production de plastique. On retrouve alors le BPA quotidiennement dans les récipients alimentaires tel que les bouteilles en plastiques, revêtement de boites de conserves etc.

Cette exposition quotidienne soulève certaines inquiétudes au sein de la société et de la communauté scientifique. Plusieurs études ont montré que le plastique de contenant alimentaire pouvait libérer du BPA dans l’eau et les aliments. [i][ii] Ce BPA se retrouve alors dans le sang et l’urine des consommateurs. 

Plusieurs figures médiatiques mentionnent ces faits. Kourtney Kardashian explique qu’elle n’utilise plus que de l’acier pour conserver la nourriture de ces enfants par peur qu’ils puissent contenir des substances chimiques mais également car c’est une solution plus durable :“I read that toxins from plastic containers can be transferred to food when reheated (this applies to BPA-free plastic containers too)”[iii]…“For the kids’ lunches, we use stainless steel bento boxes because it’s durable, more hygienic, and doesn’t contain chemicals.”[iv]

Une chanteuse américaine, Cheryl Crow atteinte du cancer du sein parle de son expérience sur le Ellen DeGeneres Show en 2006. Elle mentionne le fait que les bouteilles en plastique peuvent libérer des substances carcinogènes, mais elle ne mentionne pas quel type de substance il s’agit : “Don’t drink water from a bottle that has been sitting in your car. Heated plastic will bleed toxic substances that can be carcinogenic. Don’t heat or freeze in plastic for the same reason. Heat in glass”.

Par ailleurs, plusieurs recherches montrent que le BPA se comporte comme les œstrogènes[v] et pourrait être responsable de perturber le système endocrinien,[vi] causer l’infertilité, la puberté précoce ainsi qu’augmenter les risques de tumeurs. [vii]

La FDA (US. Food and Drug Administration) responsable de la protection de la santé publique américaine évalue en 2008 les risques de toxicité du BPA sur le développent suite à une publication par la NTP-CERHR (National Toxicology Program Center for the Evaluation of Risks to Human Reproduction).[viii] La FDA conclue qu’il n’y a pas de risques pour les niveaux d’exposition de la population.[ix]

Depuis, la FDA ne cesse de réévaluer les risques. En 2014, elle publie une méta-analyse basée sur plus de 300 études.[x][xi] La FDA y conclue que le BPA à des doses élevées peut en effet activer des voies métaboliques médiés par des récepteurs aux œstrogènes. En ce qui concerne les effets à faibles doses, les résultats sont plus contradictoires. D’après la FDA, les études menées sur les effets de l’exposition à faible dose conduisent à des résultats inexploitables voir faussés car la plupart des rapports sont incomplets ou manquent de rigueur sur le contrôle des conditions environnementales (évaluation des niveaux d’œstrogènes, effet de la litière du sujet d’étude…) ne pouvant exclure une contamination ou une cause artéfactuelle. À la suite de ces résultats, la FDA garde sa position sur les effets du BPA.  

Ces risques sont très appréhendés par les parents qui se tiennent informés des dangers causés par la toxicité du BPA. Comme par exemple Jane Sheppard, créatrice du site internet healthychild.com en 1997 qui donne des informations fiables pour que les parents puissent construire un environnement sûr pour leur famille. Elle est également coach parentale certifiée et donne des cours à ceux-ci sur la santé et le bienêtre des enfants depuis plus de 25 ans. [xii]

Dans cet article du 1erseptembre 2018, « Moms fight back : The battle against BPA » de Jane Sheppard, elle est de l’avis que le BPA n’est sain, ni pour les enfants, ni pour nous et causerais des problèmes de développement ainsi que des problèmes de santé : “BPA is a chemical that disrupts the development of the reproductive system and the brain, as well as causing other health problems“. Elle dit également que la société veut influencer les jeunes mères pour qu’elles continuent à acheter des produits avec du BPA puisque ce sont des grosses compagnies qui ont le monopole de ce marché, “to persuade the public against choosing BPA-free packaging“[xiii]. Elle montre également qu’il y a des alternatives durables et sûres pour les enfants “there are also plenty of ways to maintain a natural, healthy lifestyle“[xiv]

Ainsi, nous pouvons voir que les consommateurs sont également impliqués dans cette controverse, mais cela pourrait faire l’objet d’une autre controverse. Nous allons nous concentrer sur un débat qui persiste entre les associations de scientifiques et les scientifiques indépendants. 

L’étude CLARITY

L’étude CLARITY-BPA (Consortium Linking Academic and Regulatory Insights on BPA Toxicity) a été mise en place par la NTP (National Toxicology Program)et réuni également la NIEHS (National Institute of Environmental Health Sciences), la NCTR (National Center for Toxicological Research) et la FDA dans le but d’étudier tous les effets associés à l’exposition du BPA afin d’établir une réglementation sur la base de données scientifiques.[xv]

Le programme est basé sur deux éléments: une « Core study » conduite à la NCTR qui étudie les effets potentiel du BPA sur des rongeurs. Ainsi qu’une « Grantee Study » menée par 13 chercheurs académiques financés par la NIEHS, utilisant des animaux élevés dans les mêmes conditions et exposés aux mêmes doses de BPAafin d’étudier des paramètres de maladies plus spécifiques (obésité, cancer du sein, diabète, problèmes cardiovasculaires…).

Ce sont deux composants clés dans le programme BPA. Les locaux de la NCTR assurent une “guideline-compliant research standards” c’est à dire que la recherche suit un protocole fédéral et des normes légales pour tester la toxicité. Les études parallèles extramuros (basée dans des universités) apportent une puissance au design de l’étude et permettent une intégration de plusieurs paramètres.[xvi]

https://ntp.niehs.nih.gov/results/areas/bpa/index.html
Figure 2: La « Core Study » débuté en 2012 a publié le rapport final ainsi que les résultats des différentes études de la « Grantee Study » en septembre 2018. En revanche, le rapport des résultats intégrés ne sera publié qu’en automne 2019.


Figure2: La « Core Study » débuté en 2012 a publié le rapport final ainsi que les résultats des différentes études de la « Grantee Study » en septembre 2018. En revanche, le rapport des résultats intégrés ne sera publié qu’en automne 2019.

Les auteurs de la « Core Study » ont détecté des changements au niveau de la glande pituitaire et du tissu reproductif des rongeurs à des doses élevés de BPA mais d’après eux, le niveau d’exposition est bien supérieur à celui de la population. En ce qui concerne les effets du BPA à faible dose, ils ont trouvé des problèmes mais ne sont pas certains qu’ils soient liés à l’exposition du BPA. D’après John Bucher, Ph.D. et scientifique de la NTP les résultats des guarantee studies sont necessaire pour la comprehension de la toxicité du BPA : “To fully understand the core study results, we need to compare these traditional guideline studies with results from the grantee studies, which looked at a broader range of health conditions.”[xvii]

Bien que les risques de santé lié à de forte doses n’est pas réfutable, ceux associés de faibles doses restent encore controversé. La FDA attend toujours l’analyse des résultats intégrés pour pouvoir informer le public sur les risques liés au BPA mais pour le moment, les résultats d’études à faibles doses ne montrent pas d’effets concluants : « Results of the NCTR toxicity studies indicated that BPA produced adverse effects at high doses, but not at the low end of the dose range tested, consistent with its activity as a weak estrogen. »[xviii]

Acteurs « Pour » les résultats de l’étude CLARITY

Suite à l’étude CLARITY-BPA différents acteurs se sont prononcés sur les résultats obtenus et les décisions prises, des associations tout comme des scientifiques.

Stephen Ostroff M.D., Deputy Commissioner for Foods and Veterinary Medecine (Département de la FDA) et diplômé de l’université de médecine de Pennsylvanie en 1981 s’est prononcé sur l’utilisation actuelle du BPA et affirme qu’elle reste sure pour les consommateurs : “our initial review supports our determination thatcurrently authorized uses of BPA continue to be safe for consumers”[xix]. Or, il mentionne également que l’étude CLARITY-BPA détecte des effets minimes observés chez les rats exposés à un environnement contenant du BPA : “Overall, the study found “minimal effects” for the BPA-dosed groups of rodents.”[xx] Cette citation nous indique que des personnes haut placées dans la FDA ne peuvent pour le moment pas se prononcer définitivement par rapport à la sureté du BPA. Stephen Ostroffaffirme donc qu’il n’y a pas de risques en général et pourtantl’étude sur laquelle ainsi que les recherches il se base n’est pas encore terminées. La FDA affirme également la sûreté du BPA :   “The results confirm the findings of earlier safety assessments and validate FDA’s response to the question ‘  Is BPA safe?‘ – ‘Yes.’”[xxi]

La National Center for Toxicological Research (NCTR) est une branche de la FDA qui mène des recherches pour définir les mécanismes d’action biologiques sous-jacents à la toxicité des produits réglementés par la FDA. Le 13 septembre 2018, au moment où les résultats de la Core Study sont sortis, Barry Delclos, investigateur principal de la NCTR affirme que le BPA n’est pas une menace pour nous et que les faibles doses de BPA n’ont pas provoqué d’effets indésirables clairs et biologiquement plausible :  “the plastic additive BPA isn’t a health threat […] [low doses of BPA] did not elicit clear, biologically plausible adverse events.”[xxii]

La National Toxicology Program (NTP), programme faisant partie intégrante de l’U.S Department of Health and Human Services est un service de santé américain dédié à évaluer et identifier les effets de substances sur la santé. La NTP est du même avis que la FDA ; le 26 avril 2018, elle écrit un rapport[xxiii] sur l’étude CLARITY-BPA qui conclut que le BPA présent dans les plastiques n’est pas dangereux aux doses ingérées et ne cause que des effets minimes :  “BPA produced minimal effects at varying doses that were distinguishable only statistically from background in this study“[xxiv].
Les décisions que la NTP a prises en août 2010 n’ont pas changé après la “Core Study“. Les préoccupations que la NTP a sont minimes et n’impliquent pas que le BPA est dangereux, juste qu’il faut plus approfondir les recherches sur certains points.[xxv] 

Le 28 septembre 2018, L’American Chemistry Council (ACC), un groupe de lobbying industriel et politique nord-américain représentant l’industrie chimique et notamment celle des matières plastiques, conclue qu’il n’y a pas de risques suite au rapport exposé par la NTP au sujet de la CLARITY CoreStudy: “The resultsof the study, which is the final part of a multi-year in-depth research program, strongly support the safety of BPA.”[xxvi]. Ce groupe affirme qu’il n’y a pas de conséquences néfastes par rapport aux doses de BPA auxquels nous sommes exposés : “BPA is safe at the very low levels to which people are typically exposed. […] BPA has very little potential to cause health effects, even when people are exposed to it throughout their lives,” said Steven G. Hentges, Ph.D., of the Polycarbonate/BPA Global Group of the American Chemistry Council (ACC).[xxvii]

Plusieurs scientifiques affirment également que le BPA ne pose pas de préjudice à la santé. Par exemple, Steve Hentges, mentionné plus haut, diplômé de l’Université de Stanford et du Minnesota en chimie et chimie organique, soutient la conclusion de la FDA. Actuellement le directeur de « The Polycarbonate/BPA Global Group » de l’American Chemistry Council (ACC), il publie un article dans The Scientist en octobre 2018. Il y reconnait la complexité de la CLARITY core study mais estime que la conclusion reste assez claire. De plus, il affirme que le BPA ne constitue pas un risque pour notre santé dans la mesure où l’exposition quotidienne à cette molécule reste faible.[xxviii]

De la même façon, Josh Bloom, directeur de “Chemical and Pharmaceutical Science at the American Council on Science and Health” depuis 2010 et auteur de 25 brevets et 35 travaux académiques, soutient que le BPA ne constitue pas une menace pour la santé des consommateurs. En effet, dans son article publié par Food Quality & Safety en novembre 2018, il argumente que le bisphénol A est un phénol et que les phénols sont connus pour être métabolisés par l’organisme ce qui rend le BPA hydrosoluble et le permet d’être éliminé dans l’urine. La présence de bisphénol A dans l’urine serait un indicateur permettant d’attester qu’il n’est pas nocif pour le corps.[xxix] De plus, dans le même article, il dit : “Although structural similarity is subjective, receptor-binding affinity is not. Estradiol, the most important of the estrogens, binds about 12,000 times more tightly to estrogen receptors than to BPA. Thus, if BPA is an endocrine disruptor, it is a mighty poor one. This is the primary reason BPA scares are unfounded”.[xxx] Bloom estime que les similarités entre l’oestrogène et le BPA sont questionnables. En effet, le BPA se lie 12,000 fois plus faiblement que l’estradiol à son récepteur, ce qui représente une différence majeure. Pourtant, il ne mentionne jamais la quantité liée dans les deux cas. Cependant, il en vient à la conclusion que la connotation “endocrine disruptor” étiquetée au PBA n’est pas fondée. 

Olivier Jones, diplômé de l’Imperial College of London et actuellement collaborateur pour l’Université RMIT en Australie partage son point de vue. Dans un article de Science paru en septembre 2018, il souligne : “Nobody has ever proven it [PBA] causes harm at the levels to which people are normally exposed to it”[xxxi]. De plus, dans un article du New Scientist sorti au même moment que le précèdent, Jones dit qu’il ne faut pas oublier que les souris ne sont pas des mini-humains et que certaines molécules qui posent problème pour les souris ne vont pas forcément poser problème pour les humains.[xxxii]

Pourtant, la souris reste un animal très apprécié dans la recherche par sa ressemblance génétique avec l’Homme. Plusieurs scientifiques l’utilisent dans des études qui ont pour but de déterminer les effets du BPA. Prenons pour exemple Norbert Kamisky, alumni del’Université de Chicago en chimie et qui a par la suite travaillé dans le département de Pharmacologie et Toxicologie dans différentes universités aux Etats-Unis. En ce moment, il est directeur de l’Institut de toxicologie intégrative de l’Université de l’état du Michigan et a participé à l’étude CLARITY-BPA. Kamisky publie en mars 2018 deux articles [xxxiii] où il conclut qu’il est « peu probable » que le BPA induise des changements immunitaires au niveau des rats. Dans un article de septembre 2018, il affirme qu’il est très confiant dans ses recherches et qu’elles ont clairement démontré que le BPA n’avait aucun effet sur le système immunitaire des rats. [xxxiv]

Kenneth Barry Delclos, diplômé de l’université de Cornell et Harvard en sciences biologiques et pharmacologie. Également investisseur dans la recherche pharmacologique et membre de la division toxicologique biochimique de la NCTR qui a aussi fait une recherche sur des rongeurs. Delclos, a participé au projet CLARITY-BPA en faisant une recherche sur une durée de deux ans dont le but était d’exposer des rats à des doses de BPA différentes pour déterminer les éventuels problèmes sur la santé induits par ces différents degrés d’exposition. Dans le cas où les rats ont été exposés à au moins mille fois la dose de BPA que les consommateurs lambda, il a observé des effets similaires à ceux produits par l’œstrogène. 

En septembre 2018, Delclos assure: « But at doses meant to replicate human exposure, there was no pattern indicating any health or behavior problems.”[xxxv] Pourtant, dans un article de npr, il a refusé de commenter directement sur la sécurité du BPA ou sur la position de la FDA selon laquelle le produit chimique peut être utilisé en toute sécurité dans la plupart des contenants alimentaires en plastique.[xxxvi] Il s’est contenté d’affirmer que plusieurs agences régulatrices dans le monde sont parvenues à la conclusion que le BPA ne posait pas de danger à des niveau d’exposition dont les consommateurs sont normalement exposés.

De manière générale, ces associations et scientifiques partagent la même position suite aux résultats de CLARITY-BPA. Les résultats négatifs observés proviennent de souris exposées à des doses beaucoup plus élevé que ce à quoi nous sommes exposés. Ces acteurs concluent alors qu’il y a très peu de risques, voirepas du tout et que par conséquent cette substance n’est pas dangereuse pour nous dans les quantités ingérées. 

Acteurs « Contre » l’utilisation des résultats l’étude CLARITY

Des membres de la communauté scientifique ne sont en revanche pas d’accords avec la première conclusion du projet CLARITY et de la FDA.  

Notamment Jerry Heindel, fondateur et directeur de Commonweal’s Healthy Environment and Endocrine Disruptor Strategies (HEEDS)[xxxvii], un grand critique de cette recherche. Il possède un doctorat en biochimie de l’université de Michigan, USA. Il a également travaillé dans la biologie reproductive ainsi qu’en toxicologie à l’University of Texas Medical School at Houston et dans l’University of Mississippi.[xxxviii] Heindel est le fondateur du projet CLARITY et y a participé. Il a eu l’idée de créer un système qui intègre les résultats de recherches indépendantes académiques avec les résultats de la recherche réglementée par la FDA. 

Heindel fait parti des individus ayant élevé les souris permettant de fournir les échantillons de tissus et d’organes aux chercheurs indépendants afin qu’ils suivent les mêmes « guideline » que ceux des laboratoires de la FDA. « Then I had a breakthrough idea […] which became known as CLARITY-BPA (Consortium Linking Academic and Regulatory Insights on BPA Toxicity), was this: Give the FDA the lead on raising and treating enough animals (rats) so that they can perform a standard « guideline » assessment of BPA, the way they usually do it, but then send some of the animals (and tissues/organs) to the expert independent research scientists to assess the effects that they have reported in the scientific literature. »[xxxix]

Pour Heindel, la FDA ne prend pas en compte les recherches faites par les scientifiques indépendants qui ont participé à l’étude de CLARITY avant de prendre une décision. La FDA se précipite, n’attends pas toutes les données et ceci va à l’encontre du but de l’étude : « But recent developments have me worried that the FDA is short circuiting the process. In violation of the agreement we all had at the beginning, the FDA appears to be rushing to judgement without the full integration of both the (regulatory-based testing) and (independent research) datasets.  Instead, they are reaching conclusions based upon the guideline part of the study without considering the results of the independent researchers. They are poised to make two public presentations about their part of the study this month, with no participation from the academic scientists. That violates the intention and spirit with which we launched CLARITY, and it is deeply disappointing. »[xl]

Ainsi, pour Jerry Heindel, le programme CLARITY rapportant l’effet du BPA sur la santé ne sera concluant qu’après intégration de toutes les données. Pour le moment, il ne permet pas de prendre de décisions définitives. 

Par ailleurs, Heather Patisaul, professeure de l’université NC state[xli] ayant participé à la recherche CLARITY en tant que membre indépendant,[xlii] trouve que le BPA est un danger pour la santé. Son laboratoire étudie les effets des perturbateurs endocriniens dans les voies neuroendocrines, liés aux physiologies spécifiques aux sexe. Elle se concentre sur le BPA, phytoestrogenes.[xliii] Elle a publié 27 articles sur les effets de la BPA depuis 2008. La plupart portent sur le fait que la BPA altère des gènes spécifiques au sexe lors du développement. [xliv]

Dans le contexte de CLARITY-BPA, Patisaul a publié 4 articles scientifiques dont 3 montrant que le BPA peut interférer avec le développement neuronal : 

  • Le BPA semble interférer avec la voie de signalisation de plusieurs hormones dans le cerveau en développement : « We also provide additional evidence that developmental BPA exposure can interfere with estrogen, oxytocin, and vasopressin signaling pathways in the developing brain and alter signaling pathways critical for synaptic organization and transmission. »[xlv]
  • Le développement neuronal est sensible au BPA à des doses plus faible qu’anticipé par les agences de règlement : “Collectively, these data suggest the developing brain is vulnerable to endocrine disruption by BPA at exposure levels below previous estimates by regulatory agencies.”[xlvi]
  • L’exposition prénatal au BPA altère l’expression génique dans le cerveau : “These data demonstrate prenatal BPA exposure, even at doses below the current no-observed-adverse-effect level, can alter gene expression in the developing brain.”[xlvii]

De la même manière, Gail S. Prins a participé à CLARITY en tant que chercheur indépendant. Elle est professeure à l’université d’Illinois à Chicago. Son laboratoire étudie le développement de la prostate et l’effet des perturbateurs endocriniens sur cet organe. Ces études concluent que le BPA augmente les probabilités de développer un cancer avec l’âge : « My work has established that early life exposures to natural estrogens or EDCs, e.g. bisphenol A, permanently reprogram the prostate and increase its susceptibility to cancer with aging. ».[xlviii] Dans ces résultats pour le programme CLARITY, Prins publie un article qui conclut du risque de cancer de la prostate chez l’adulte : « these results confirm and extend previous evidence using a rat model and human prostate epithelial cells that low-dose BPA augments prostate cancer susceptibility and alters adult prostate stem cell homeostasis. »[xlix]

Laura N.  Venderberg, professeure assistante à l’université de Cornell, est spécialisée en perturbateurs endocriniens, endocrinologie, développement biologique et évaluation des risques.[l] Depuis 2006, elle a publié plusieurs recherches montrant les effets de la BPA sur le développement en utilisant comme modèle la souris parce que le BPA touche les synapses dépendant de l’œstrogène.[li]  En 2009, elle a écrit un article parlant de la controverse sur la BPA pour expliquer l’importance d’éduquer le publique du risqué potentiel associé au BPA.[lii]

Ensemble, Patisaul, Prins et Vanderberg ont publié un article dans « Basic & Clinical Pharmacology & Toxicology » qui ne prends en compte que les études académiques de CLARITY-BPA. Leur conclusion est la suivante : « Remarkably consistent across most studies, including the Core study, are low‐dose effects (2.5, 25 and 250μg BPA/kgbody‐weight). Collectively, the findings highlighted herein corroborate a significant body of evidence that documents adverse effects of BPA at doses relevant to human exposures and emphasizes the need for updated risk assessment analysis.”[liii] Ils observent donc des résultats différents en fonction des données sur lesquelles ils se basent. Dans ce cas, les auteurs se sont basés sur les données de la recherche indépendante et en conclu que le BPA a effectivement un effet sur la santé à faible dose. La FDA qui ne se base que sur la « Core Study », conclu le contraire. 

En mars 2019, Venderberg a aussi participé à la rédaction d’un article dans Nature qui critique non seulement la conclusion de CLARITY mais également la méthode.[liv] Pour Venderberg, la contamination des animaux par le BPA est un facteur qui n’a pas été contrôlé durant l’étude, pouvant réduire les différences entre les groupes contrôles et les groupes exposés au BPA. L’article parle aussi du stress causé par la méthode d’administration du BPA qui aurait pu interférer avec les effets observés. Il met également en avant l’irreproductibilité du contrôle positive ce qui remet en question le protocole des tests du « Core Study » et la fiabilité des résultats. Ensuite, les auteurs de l’article interprètent les données de la recherche standardisée en prenant compte des incertitudes causées par ces erreurs et trouvent que le BPA a des effets sur la santé même à très basse dose. Elles intègrent la recherche académique et standardisé et concluent que le dose sans effet toxique observable doit être réévalué.

Il est intéressant de noter que Patricia Hunt est le point de départ dans la recherche autour du BPA[lv]. Elle est connue pour ses recherches concernant les effets possibles du BPA sur les souris. Elle a étudié à laMichigan State University et à l’University of Hawai et enseigne à la Washington State University en science biomoléculaire[lvi]. Ses expériences amenèrent à se poser des questions sur cette substance et ses effets faisant suite à une explosion de la recherche scientifique sur le sujet.

Selon Hunt les études du FDA ne collent pas avec les études faites par des chercheurs indépendants : “When you do those kinds of big studies of BPA, you see little or no effects”, “But people like me go, look what it does to eggs, look what it does to the brain, look what it does to the heart, so there’s been this big disconnect between these independent researchers and these big toxicology tests.”[lvii] Ceci signifie que l’approche scientifique n’est pas la même. Les résultats scientifiques des études menées par le FDA et des chercheurs indépendants tel que Patricia Hunt sont différents. Cette désunion empêche de tirer des conclusions cohérentes, il faudrait améliorer la recherche.

Certaines études montrent des effets lorsque l’exposition au BPA est à haute dose tandis que d’autres (souvent celles faites par des chercheurs indépendant) montrent des effets lorsque l’exposition au BPA est à faible dose. Patricia Hunt fait référence à l’étude CLARITY,selon elle l’idée est bonne mais l’étude CLARITY présentent plusieurs problèmes : “It’s a great idea; it was really what we need to improve toxicology testing”,“there’s a lot of problems with the CLARITY[lviii]

Le Dr. Trasande, directeur del’environnement pédiatrique de la NYU Langone Health,est impliqué dans la recherche concernant l’impact d’hormones et de substances chimiques sur notre corps. En 2019, il a publié un livre appelé “Sicker, Fatter, Poorer: The Urgent Threat of Hormone-disrupting Chemicals on Our Health and Future … and what We Can Do about it”[lix]  dans lequel il écrit une critique de l’étude CLARITY. 

Il critique principalement l’incohérence de CLARITY et ses démarches scientifiques qui ne sont pas toujours honnêtes et claires. 

Il mentionne l’existence d’un désaccord entre la FDA et les industries qui ne considèrent pas le BPA comme un danger et les études académiques qui sont préoccupées par les effets possibles de cette substance. Il argumente que l’étude CLARITY a été mise en place pour éliminer cette divergence concernant les effets du BPA. 

Etant donné que les études académiques n’utilisent pas la Good Laboratory practice, la FDA et les industries ont considérés que leurs résultats scientifiques pouvaient être ignorés. Trasande le mentionne car même si la recherche académique ne respecte pas la bureaucratie associée au GLP, elle assure la solidité et la validité de ses résultats grâce à une réplication indépendante de la recherche académique par différents laboratoires.

Donc la FDA a décidé de publier ses résultats de l’étude CLARITY sans prendre en compte la recherche académique. Selon Trasande cette démarche n’a pas de sens car elle va à l’encontre du rôle de l’étude qui était d’expliquer pourquoi cette divergence existe et de l’éliminer afin de trouver un accord commun et prendre une décision finale cohérente concernant le BPA : 

“The CLARITY study was promised to be a way that FDA, industry and academics could get on the same page about the effects of BPA, …the FDA decided to publish its findings from CLARITY without waiting for the academic data, when the whole purpose of CLARITY was to figure out why there were differences between academic and industry studies in the first place.” Trasande défend le fait que toute étude scientifique est à prendre en compte et non pas uniquement celles faisant parties du GLP : “All scientifically rigorous studies should be wlecomed into decisions about protecting the public, even from industry, but the FDA and the European Food Safety Authority have taken the perspective that only the GLP studies can be allowed, which leaves a lot of good science off the table.”[lx]

Globalement, la communauté scientifique doute des résultats publiés au sujet des effets du BPA sur la santé car ils ne sont pas aboutis. Les données ne se base pour le moment que sur les résultats CLARITY de la « core study » et ne prennent pas en considération les recherches académiques. Cela va à l’encontre de l’objectif d’étude CLARITY. Par ailleurs, même en regardant uniquement les résultats de la « core study » des chercheurs considèrent que le BPA a un effet sur la santé même à faible dose.

Conclusion

Pour conclure, l’étude CLARITY n’a fait que confirmer qu’une exposition à une dose élevée au BPA est nocif pour la santé. En revanche, les effets du BPA à faible dose restent encore très controversés. 

La communauté qui soutient que le BPA n’est pas un danger s’appuient principalement sur les résultats de la Core Study. Or, l’étude CLARITY comporte deux structures de recherche scientifique différente. Les opposants au BPA critiquent l’exclusion des données des Grantee Studies ce qui va, d’après eux, à l’encontre même du but du programme. Pour le moment, il n’est pas possible de prendre position sur les effets du BPA à faible dose car les analyses des Grantee Studies, ainsi que l’intégration de toutes les données sont encore en cours. La législation sera établie sur la base des résultats qui seront disponibles en automne 2019. 

Par ailleurs, même si la controverse se base autour d’une recherche scientifique, il faut être conscient qu’elle a un impact sur la société sur laquelle elle provoque des réactions. 

Il est intéressant de noter qu’il existe sur le marché des contenants alimentaires n’utilisant pas le BPA, mais un alternatif tel que le BPS. Toutefois, cette substance chimique ressemble fortement au BPA et semblerait avoir des effets similaires.[lxi][lxii][lxiii]

S’il s’avère que le BPA est à bannir de nos contenants alimentaires, quelles pourraient être les alternatives ?

Bibliographie 

Josh Bloom

Leonardo Trasande 

Kenneth Barry Delclos 

Steve Hentges 

Oliver Jones 

Norbert Kaminsky

American Chemistry Council


[i]  Wagner M., Oehlmann J., (2011), Endocrine disruptors in bottled mineral water: estrogenic activity in the E-Screen, J. Steroid Biochem. Mol. Biol., 127, p. 128-135

[ii]Cooper J.E., Kendig E.L., Belcher S.M., (2011), Assessment of bisphenol A released from reusable plastic, aluminium and stainless steel water bottles, Chemosphere, 85, p. 943-947

[iii]Spunk C., (2017), “Kourtney Kardashian Says She Refuses To Use This Common Household Appliance”, https://www.womenshealthmag.com/food/a19951681/kourtney-kardashian-microwave/, consulté le 20.04.19

[iv]Malacoff J., “Is Kourtney Kardashian On to Something with Her Stainless Steel Obsession?”, https://www.shape.com/celebrities/news/kourtney-kardashian-stainless-steel-obsession,  consulté le 20.04.19

[v]Krishnan A.V., Stathis P., Permuth S.F., Tokes L., Feldman D. (1993), Bisphenol-A: an estrogenic substance is released from polycarbonate flasks during autoclaving, Endocrinology., 132(6), p. 2279-86

[vi]National Capital Poison Center, (2010), “BPA and the Controversy about Plastic Food Containers

Plastic Containers: Are They Harmful?”, https://www.poison.org/articles/2010-mar/plastic-containers-are-they-harmful, consutlé le 24.04.19

[vii]Konieczna A., Rutkowska A., Rachoń D., (2015), Health risk of exposure to Bisphenol A (BPA).Rocz Panstw Zakl Hig., 66(1), p. 5-11

[viii]Chapin R.E., (2008), NTP‐CERHR expert panel report on the reproductive and developmental toxicity of bisphenol A, Expert Panel Report, 83(3), p. 157-395

[ix]U.S. Food and Drug Administration,2008, Draft Assessment of Bisphenol A for Use in Food Contact Applicationshttp://wayback.archive-it.org/7993/20180126150108/https://www.fda.gov/ohrms/dockets/ac/08/briefing/2008-0038b1_01_02_FDA%20BPA%20Draft%20Assessment.pdf, consulté le 24.04.19

[x]U.S. Food and Drug Administration, (2018), “Bisphenol A (BPA): Use in Food Contact Application”, https://www.fda.gov/Food/IngredientsPackagingLabeling/FoodAdditivesIngredients/ucm064437.htm#Ref9, consulté le 24.04.19

[xi]U.S. Food and Drug Administration, (2014), 2014 Updated Review of Literature and Data on Bisphenol A (CAS RN 80-05-7)https://www.fda.gov/media/90582/download, consulté le 24.04.19

[xii]Healthy Child, “Jane Sheppard CPC, FMCHC“, https://www.healthychild.com/jane-sheppard/, consulté le 24.05.19

[xiii]Jane Sheppard, “MOMS FIGHT BACK: THE BATTLE AGAINST BPA“, https://pathwaystofamilywellness.org/Informed-Choice/moms-fight-back-the-battle-against-bpa.html, consulté le 26.05.19

[xiv]Jane Sheppard, “MOMS FIGHT BACK: THE BATTLE AGAINST BPA“, https://pathwaystofamilywellness.org/Informed-Choice/moms-fight-back-the-battle-against-bpa.html, consulté le 26.05.19

[xv]National Toxicology Program, (2018), Draft NTP Research Report on the CLARITY-BPA Core Study: A Perinatal and Chronic Extended-Dose-Range Study of Bisphenol A in Rats, NTP RR 9. Research Triangle Park, NC. National Toxicology Program, 9, p. 1-249.

[xvi]Heindel J.J. (2015) NIEHS/FDA CLARITY-BPA research program update, Reproductive Toxicology, 58, p. 33-44

[xvii]V., 2018, “CLARITY-BPA releases grantee data and core study report”,  https://factor.niehs.nih.gov/2018/10/science-highlights/clarity_bpa/index.htm, consulté le 26.04.19

[xviii]U.S. Food and Drug Administration (2018) “Bisphenol A: Toxicology and Pharmacokenetic Data to Inform Ongoing Safety Assessments”, https://www.fda.gov/science-research/about-science-research-fda/bisphenol-toxicology-and-pharmacokenetic-data-inform-ongoing-safety-assessment, consulté le 01.05.19

[xix]Stephen Ostroff, “ Statement from Stephen Ostroff M.D., Deputy Commissioner for Foods and Veterinary Medicine, on National Toxicology Program draft report on Bisphenol A“, https://www.fda.gov/news-events/press-announcements/statement-stephen-ostroff-md-deputy-commissioner-foods-and-veterinary-medicine-national-toxicology,Consulté le 03.05.19

[xx]Stephen Ostroff, “ Statement from Stephen Ostroff M.D., Deputy Commissioner for Foods and Veterinary Medicine, on National Toxicology Program draft report on Bisphenol A“, https://www.fda.gov/news-events/press-announcements/statement-stephen-ostroff-md-deputy-commissioner-foods-and-veterinary-medicine-national-toxicology,Consulté le 03.05.2019

[xxi]American Chemistry Council, “U.S. National Toxicology Program Releases Final Report On CLARITY Core Study, Again Confirms BPA Safety”, https://www.americanchemistry.com/Media/PressReleasesTranscripts/ACC-news-releases/US-National-Toxicology-Program-Final-Report-On-CLARITY-Core-Study-Confirms-BPA-Safety.html, Consulté le 5 mai 2019

[xxii]Elizabeth Wright, “More Fake News about BPA “, https://www.cagw.org/thewastewatcher/more-fake-newsabout-bpa, Consulté le 02.05.19

[xxiii]David Dorman, “Peer Review of the Draft NTP Research Report on the CLARITY-BPA Core Study“, https://ntp.niehs.nih.gov/ntp/about_ntp/rrprp/2018/april/peerreview_20180426_508.pdf,Consulté le 02.05.19

[xxiv]David Dorman, “Peer Review of the Draft NTP Research Report on the CLARITY-BPA Core Study“, https://ntp.niehs.nih.gov/ntp/about_ntp/rrprp/2018/april/peerreview_20180426_508.pdfConsulté le 2 mai 2019

[xxv]Headquartered at the National Institute of Environnemental Health Sciences NIH-HHS ,“Bisphenol A (BPA)“ https://www.niehs.nih.gov/health/materials/bisphenol_a_bpa_508.pdf, Consulté le 2 mai

[xxvi]American Chemistry Council, “U.S. National Toxicology Program Releases Final Report On CLARITY Core Study, Again Confirms BPA Safety”,  https://www.americanchemistry.com/Media/PressReleasesTranscripts/ACC-news-releases/US-National-Toxicology-Program-Final-Report-On-CLARITY-Core-Study-Confirms-BPA-Safety.html, Consulté le 01.05.19

[xxvii]American Chemistry Council, “U.S. National Toxicology Program Releases Final Report On CLARITY Core Study, Again Confirms BPA Safety”,  https://www.americanchemistry.com/Media/PressReleasesTranscripts/ACC-news-releases/US-National-Toxicology-Program-Final-Report-On-CLARITY-Core-Study-Confirms-BPA-Safety.html, Consulté le 01.05.19

[xxviii]Williams, S. (2018). A Landmark Study On BPA Leaves Scientists at Odds. [online] The Scientist Magazine®. Available at: https://www.the-scientist.com/news-opinion/a-landmark-study-on-bpa-leaves-scientists-at-odds-65004 [Accessed 5 May 2019].

[xxix]Bloom, J. (2018). FDA Declares BPA Safe, “So Why the Criticism for Use in Food Packaging?” [online] Food Quality & Safety. Available at: https://www.foodqualityandsafety.com/article/bpa-safe-food-packaging/2/?singlepage=1[Accessed 5 May 2019].

[xxx]Bloom, J. (2018). FDA Declares BPA Safe, “So Why the Criticism for Use in Food Packaging?” [online] Food Quality & Safety. Available at: https://www.foodqualityandsafety.com/article/bpa-safe-food-packaging/2/?singlepage=1[Accessed 5 May 2019].

[xxxi]Service, R. (2018). “BPA substitutes may be just as bad as the popular consumer plastic.” [online] Science | AAAS. Available at: https://www.sciencemag.org/news/2018/09/bpa-substitutes-may-be-just-bad-popular-consumer-plastic [Accessed 5 May 2019].

[xxxii]Coghlan, A. (2018). “BPA-free plastics seem to disrupt sperm and egg development in mice.” [online] New Scientist. Available at: https://www.newscientist.com/article/2179481-bpa-free-plastics-seem-to-disrupt-sperm-and-egg-development-in-mice/ [Accessed 5 May 2019]

[xxxiii]Li J., Bach A., Crawford R.B., Phadnis-Moghe A.S., Chen W., D’Ingillo S., Kovalova N., (…), Kaminski N.E. (2018) “CLARITY-BPA: Effects of chronic Bisphenol A exposure on the immune system: Part 1 – Quantification of the relative number and proportion of leukocyte populations in the spleen and thymus” Toxicology, 396-397, pp. 46-53 

Et Li J., Bach A., Crawford R.B., Phadnis-Moghe A.S., Chen W., D’Ingillo S., Kovalova N., (…), Kaminski N.E. (2018) “CLARITY-BPA: Effects of chronic bisphenol A exposure on the immune system: Part 2 – Characterization of lymphoproliferative and immune effector responses by splenic leukocytes” Toxicology, 396-397, pp. 54-67

[xxxiv]Hamilton, J. (2018). “Government Study Of BPA Backs Its Safety, But Doesn’t Settle Debate” [online] Npr.org. Available at: https://www.npr.org/sections/health-shots/2018/09/13/647246241/study-bpa-safety?t=1555243352614 [Accessed 5 May 2019].

[xxxv]Hamilton, J. (2018). “Government Study Of BPA Backs Its Safety, But Doesn’t Settle Debate” [online] Npr.org. Available at: https://www.npr.org/sections/health-shots/2018/09/13/647246241/study-bpa-safety?t=1555243352614 [Accessed 5 May 2019].

[xxxvi]Hamilton, J. (2018). “Government Study Of BPA Backs Its Safety, But Doesn’t Settle Debate” [online] Npr.org. Available at: https://www.npr.org/sections/health-shots/2018/09/13/647246241/study-bpa-safety?t=1555243352614 [Accessed 5 May 2019].

[xxxvii]  « Jerry Heindel ». Commonweal. Consulté le 17 avril 2019. https://www.commonweal.org/staff/jerry-heindel/.

[xxxviii]« Jerry Heindel ». Commonweal. Consulté le 17 avril 2019. https://www.commonweal.org/staff/jerry-heindel/.

[xxxix]Jerry Heindel, « Jerry Heindel: Is the FDA Short-Circuiting a Large Effort to Understand BPA Risk? » EHN, 10 septembre 2018. https://www.ehn.org/fda-rushing-to-judgement-on-bpa-2601945116.html.

[xl]Jerry Heindel, « Jerry Heindel: Is the FDA Short-Circuiting a Large Effort to Understand BPA Risk? » EHN, 10 septembre 2018. https://www.ehn.org/fda-rushing-to-judgement-on-bpa-2601945116.html.

[xli]« Heather Patisaul – Toxicology Program at NC State University ». Consulté le 16 avril 2019. https://tox.sciences.ncsu.edu/people/heather-patisaul/.

[xlii]Clarity-BPA program. Consulté le 16 avril 2019. https://ntp.niehs.nih.gov/results/areas/bpa/index.html

[xliii]« Heather Patisaul – Toxicology Program at NC State University ». Consulté le 16 avril 2019. https://tox.sciences.ncsu.edu/people/heather-patisaul/.

[xliv]« Heather Patisaul | Department of Biological Sciences | NC State University », 8 décembre 2016. https://bio.sciences.ncsu.edu/people/hbpatisa/.

[xlv]Arambula, Sheryl E., Dereje Jima, et Heather B. Patisaul. « Prenatal bisphenol A (BPA) exposure alters the transcriptome of the neonate rat amygdala in a sex-specific manner: a CLARITY-BPA consortium study ». NeuroToxicology 65 (1 mars 2018): 207‑20. https://doi.org/10.1016/j.neuro.2017.10.005.

[xlvi]Arambula, Sheryl E., Joelle Fuchs, Jinyan Cao, et Heather B. Patisaul. « Effects of perinatal bisphenol A exposure on the volume of sexually-dimorphic nuclei of juvenile rats: A CLARITY-BPA consortium study ». NeuroToxicology 63 (1 décembre 2017): 33‑42. https://doi.org/10.1016/j.neuro.2017.09.002.

[xlvii]Arambula, Sheryl E., Scott M. Belcher, Antonio Planchart, Stephen D. Turner, et Heather B. Patisaul. « Impact of Low Dose Oral Exposure to Bisphenol A (BPA) on the Neonatal Rat Hypothalamic and Hippocampal Transcriptome: A CLARITY-BPA Consortium Study ». Endocrinology 157, nᵒ10 (octobre 2016): 3856‑72. https://doi.org/10.1210/en.2016-1339.

[xlviii]« Gail S. Prins, Ph.D. | UIC Pathology Department ». Consulté le 16 avril 2019. https://pathology.uic.edu/directory/gail-s-prins-phd/.

[xlix]Prins Gail S., Hu Wen-Yang, Xie Lishi, Shi Guang-Bin, Hu Dan-Ping, Birch Lynn, et Bosland Maarten C. « Evaluation of Bisphenol A (BPA) Exposures on Prostate Stem Cell Homeostasis and Prostate Cancer Risk in the NCTR-Sprague-Dawley Rat: An NIEHS/FDA CLARITY-BPA Consortium Study ». Environmental Health Perspectives 126, nᵒ11 (s. d.): 117001. https://doi.org/10.1289/EHP3953.

[l]« Laura N. Vandenberg | School of Public Health and Health Sciences ». Consulté le 16 avril 2019. https://www.umass.edu/sphhs/person/faculty/laura-n-vandenberg.

[li]Vandenberg, Laura N. « Department of Environmental Health Science School of Public Health & Health Sciences University of Massachusetts – Amherst 171A Goessmann 686 N. Pleasant Street Amherst, MA 01003 Phone: (413) 577-7405 Fax: (413) 545-6536 Email: Lvandenberg@schoolph.Umass.Edu», s. d., 28.

[lii]Vandenberg, Laura N., Maricel V. Maffini, Carlos Sonnenschein, Beverly S. Rubin, et Ana M. Soto. « Bisphenol-A and the Great Divide: A Review of Controversies in the Field of Endocrine Disruption ». Endocrine Reviews 30, nᵒ1 (février 2009): 75‑95. https://doi.org/10.1210/er.2008-0021.

[liii]Prins, Gail S., Heather B. Patisaul, Scott M. Belcher, et Laura N. Vandenberg. « CLARITY-BPA Academic Laboratory Studies Identify Consistent Low-Dose Bisphenol A Effects on Multiple Organ Systems ». Basic & Clinical Pharmacology & Toxicology, 12 septembre 2018. https://doi.org/10.1111/bcpt.13125.

[liv]Vandenberg, Laura N., Patricia A. Hunt, et Andrea C. Gore. « Endocrine Disruptors and the Future of Toxicology Testing — Lessons from CLARITY–BPA ». Nature Reviews Endocrinology, 6 mars 2019, 1. https://doi.org/10.1038/s41574-019-0173-y.

[lv]Maya Wei-haas (2018), « Why ‘BPA Free’ May Not Mean a Plastic Product Is Safe »,  https://www.nationalgeographic.com/science/2018/09/news-BPA-free-plastic-safety-chemicals-health/, consulté le 16.04.2019 

[lvi]Wikipedia The Free Encyclopedia (2019), « Patricia Hunt »,  https://en.wikipedia.org/wiki/Patricia_Hunt, consulté le 16.04.2019

[lvii]Yasmeen Wafai (2018), « WSUresearchers say BPA alternatives used in plastics may pose health risks »,https://www.seattletimes.com/seattle-news/science/wsu-researchers-say-bpa-alternatives-used-in-plastics-may-pose-health-risks/, consulté le 17.04.2019  

[lviii]Maya Wei-haas (2018), « Why ‘BPA Free’ May Not Mean a Plastic Product Is Safe »,  https://www.nationalgeographic.com/science/2018/09/news-BPA-free-plastic-safety-chemicals-health/, consulté le 16.04.2019

[lix]Trasande, Leonardo.Sicker, Fatter, Poorer “The Urgent Threat of Hormone-DisruptingChemicals on Our Health and Future… and What We Can Do aboutIt.” Houghton Mifflin Harcourt, 2019.

[lx]Trasande, Leonardo.Sicker, Fatter, Poorer “The Urgent Threat of Hormone-DisruptingChemicals on Our Health and Future… and What We Can Do aboutIt.” Houghton Mifflin Harcourt, 2019.

[lxi]« BPA-Free Plastics Seem to Disrupt Sperm and Egg Development in Mice » https://www.newscientist.com/article/2179481-bpa-free-plastics-seem-to-disrupt-sperm-and-egg-development-in-mice/), consulté le 17 avril 2019 

[lxii]« WSUresearchers say BPA alternatives used in plastics may pose health risks »https://www.seattletimes.com/seattle-news/science/wsu-researchers-say-bpa-alternatives-used-in-plastics-may-pose-health-risks/, consutlé le 17 avril 2019 

[lxiii]« Why ‘BPA Free’ May Not Mean a Plastic Product Is Safe»

https://www.nationalgeographic.com/science/2018/09/news-BPA-free-plastic-safety-chemicals-health/, consulté le 16 avril 2019 

Les limites entre exploitation et préservation de l’environnement face à la culture de soja au Brésil

Le débat autour de la façon dont les acteurs mondiaux conçoivent la gestion des espaces agricoles au Brésil tout en continuant leurs activités économiques basées sur l’agriculture du soja

Introduction :

              Le début du XXIème siècle est une période marquée par l’émergence économique des pays en voie de développement qui s’imposent aux côtés des grandes puissances à l’échelle internationale. De façon analogue à la période post guerre-mondiale en France avec le plan Marshall, il faut trouver une tactique politique afin de redresser l’économie du pays et s’imposer dans un monde gouverné par les grandes puissances (USA, Europe, Russie, Chine…). L’agriculture est une directive et stratégie mise en avant par le Brésil afin de s’avancer sur la scène économique mondiale.

En faisant du commerce agricole sa principale source de revenue, le pays est passé à la première place d’exportateur dans plusieurs catégories dont le soja. L’exploitation des terres agricoles au détriment de l’environnement a permis au pays de redresser son chiffre d’affaire mais également de voir son PIB croître de façon fulgurante ces dernières années. La problématique de ces pays qui se servent de leurs ressources primaires afin de croître mondialement est de savoir où poser la limite à l’exploitation. Plusieurs pays, notamment le Brésil, menacent leurs propres écosystèmes dans le but de s’élever vers les hautes puissances. Dès lors, de fortes oppositions entre de multiples acteurs se manifestent.

L’impact environnemental causé par l’exploitation des terres est indéniable et devient chaque jour plus important pour la conservation des écosystèmes. Le Brésil s’est distingué de ses autres concurrents dans l’agriculture en exploitant principalement le soja. Ainsi, il en est devenu aujourd’hui le premier exportateur mondial, dépassant même les USA qui avaient encore, il y a une dizaine d’années, la mainmise sur l’exportation de cette plante légumineuse. Utiliser l’agriculture du soja à haut rendement n’est pourtant pas sans conséquences, aussi bien sur le plan économique, social et environnemental.

La répercussion qu’a l’exploitation du soja se manifeste sur les plans économiques, politiques mais aussi environnementaux et sociaux. En effet, la demande est toujours plus conséquente chaque année à cause de l’usage multiple du soja et une population qui ne cesse d’augmenter. Pourquoi s’intéresser au soja ? Sa culture est rentable, génère un rendement abondant et les retombées économiques sont très profitables aux industriels. De plus, sur le plan agro-alimentaire, la richesse en protéine de cette plante en fait un atout remarquable en élevage et dans notre consommation quotidienne. Cependant, l’intérêt porté au soja est opposé à la préservation des écosystèmes. Ce sont ces divergences d’opinions entre les acteurs que nous tenterons d’exprimer et de présenter durant la controverse. Dans une société capitaliste qu’est celle du XXIème siècle, unir les enjeux écologiques et économiques révèle souvent une tâche extrêmement complexe où les différents acteurs trouvent difficilement un entendement. Cependant, les inquiétudes actuelles sur le devenir de la planète relancent les débats et la prise en considération sérieuse de la crise environnementale au Brésil. Vivre du soja a un prix. Le contexte climatique actuel peut en inquiéter certains et impose de trouver des solutions pour remédier rapidement avant qu’il ne soit définitivement trop tard pour renverser la situation.

 Nous nous intéresserons à comment les acteurs autour de l’agriculture du soja perçoivent l’enjeu de la préservation des terres et par quels moyens veulent-ils parvenir ou non à des solutions durables. Dans une première partie, nous verrons que l’aspect social est une partie importante dans le débat sur le soja car elle sollicite le point de vue de la population locale mais également internationale. Puis, il sera intéressant de nous pencher sur l’intérêt environnemental de la préservation des milieux, le point de vue des acteurs à ce sujet et les possibles moyens mis en place. Nous aborderons ensuite les aspects économiques que soulève la question de la gestion des espaces. Enfin, nous présenterons les aspects politiques de ce débat.

Aspect social

              D’un point de vue social, les populations locales sont les acteurs qui ont le plus à perdre avec l’essor de cette agriculture en expansion. Ronivon De Andrade est un fermier brésilien qui cultive des terres à proximité de plantations de soja, dans le Cerrado. Il déclare s’opposer à cette agriculture car elle prive les populations locales de ressources primaires dont ils avaient pour habitude d’utiliser1. Il dénonce également l’utilisation de pesticides qui ont pollué une source d’eau qui approvisionnait sa communauté2. L’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil, APIB, dénonce aussi cette surexploitation du Cerrado, “ignorant les droits et affectant considérablement la qualité de vie des communautés locales”3. Ils avancent aussi que la situation de leur peuple va se détériorer avec la nouvelle ministre de l’agriculture, Tereza Cristina, qui est du côté des industries agro-alimentaires. Ils énoncent que 57 activistes autochtones brésiliens se seraient faits assassinés en 2017 alors qu’ils militaient pour protéger leur maison et famille de l’exploitation agroalimentaire et d’autres menaces. Ils ajoutent que certaines familles ou communautés sont expulsées de leurs terres à la suite de l’arrivée des entreprises : “À Bahia, par exemple, 490 familles autochtones Tuxá ont été surprises en novembre par la décision d’un tribunal d’évacuer immédiatement le territoire de Surubabel ou Dzorobabé, traditionnellement occupé par cette communauté.”3 Ils réclament ici la démarcation des terres autochtones afin de protéger la forêt et sa population. “La terre est la base de l’habitat d’un peuple et la durabilité de ses richesses naturelles assure la reproduction physique et culturelle des Peuples Autochtones.”3 

Un argument clé dans leur discours est le fait que les peuples autochtones, par leur respect de la nature, permettent de préserver l’environnement et de ce fait garantir la qualité de vie et le développement du Brésil “car toutes les activités économiques dépendent du maintien des services environnementaux fournis gratuitement par les forêts.”3

Antonio A R Ioris, un docteur en géographie humaine qui étudie l’environnement et l’agriculture a écrit un article sur les conflits et violences entre le peuple indigène et les producteurs agroalimentaires publié par Cultural Survival, une organisation à but non lucratif qui collabore avec de nombreuses communautés indigènes dans le monde entier pour promouvoir les droits des populations indigènes et la protection de leurs terres4. Dans son article, on retrouve des témoignages de travailleurs indigènes qui décrivent l’arrivée des agriculteurs étrangers comme de la “douleur”, car ils sont surexploités et doivent payer pour des ressources qui selon eux leur appartiennent. La population locale qualifie le conflit de “génocide”. L’auteur dénonce les violences physiques faites aux indigènes, car entre 2003 et 2016, 1009 meurtres envers ces populations ont été recensés au Brésil. Selon lui, une autre conséquence de cette pression constante est la hausse du taux de suicide parmi les autochtones : 555 cas de suicide entre 2001 et 2011. Comme exemple de violence, il est raconté qu’en Août 2015, certains Guarani-Kaiowa ont décidé de camper sur les terres dont ils avaient été chassés. Les “propriétaires” des terres ont engagé des milices armées qui ont abattu le leader autochtone et commis des actes de viol et de torture4.

Des gardes de sécurité privés (paramilitaires) engagés par un agriculteur.4

Au niveau des agriculteurs, il existe des inégalités entre l’exploitation massive qui vise à l’exportation de grandes quantités de produits et l’exploitation des agriculteurs locaux qui cherchent à satisfaire le marché local. D’après le rapport du WWF (organisation mondiale non gouvernementale de la protection de l’environnement) de 2014 sur l’exploitation du soja, celle-ci aurait contribué à diminuer plusieurs indicateurs de pauvreté et aurait augmenté le revenu rural média5. Mais cela a surtout fait croître les inégalités, notamment dans la répartition des terres qui tombent de plus en plus dans les mains des riches industriels. Quant à la question de l’emploi, il semblerait que la culture du soja puisse créer des emplois quand elle se substitue à l’exploitation bovine, mais pas quand elle remplace les exploitations familiales (du fait de la mécanisation de l’agriculture moderne)5.

On retrouve donc dans ce conflit social d’un côté les agriculteurs qui s’installent sur des terres sans consulter les habitants locaux et de l’autre les indigènes qui y vivent depuis des centaines d’années. Les industriels réduisent ces terres à une exploitation dans un but purement économique, et cela contribue au développement économique du pays, ce qui profite à la population globale. D’un autre côté, les indigènes voient en ces terres la fondation de leur culture, de leurs ancêtres, de leur histoire et d’une richesse écologique sans égal. Ils considèrent que ces terres où sont enterrées plusieurs générations d’hommes et d’histoires sont souillées par la plantation de soja. Bien souvent, ils sont la cible de violences, d’assassinats et de meurtres sans procédures judiciaires concrètes. Bien que leur situation reste méconnue pour beaucoup, ils sont soutenus par des ONG mondiales comme le WWF qui relayent les informations. Ils se réunissent en organisations constituées d’indigènes, de Brésiliens et d’étrangers afin de s’adresser au gouvernement brésilien pour réclamer leur protection ; et à toute la population mondiale qui peut selon eux agir et exercer une pression sur les industries et gouvernements. Comme le dit la Cacique Tanoné, cheffe indigène et représentante de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature, si les industriels ne trouvent nulle part où vendre le soja, ils arrêteront cette exploitation intensive6.

Aspect écologique et environnemental

              Lors de l’arrivée des colons vers les années 1960, ces derniers ont commencé à remplacer des arbres par des fermes, puis ils ont poursuivi en coupant de plus en plus d’arbres vers 1972 afin d’avoir accès au cœur de la forêt et de construire des autoroutes. La vitesse de la déforestation n’a pas diminué au fil du temps, à cause de l’expansion des cultures, ce qui rend le Brésil un des plus grands exportateurs du monde, mais aussi un des pays qui émet le plus de gaz à effet de serre : « In fact, according to Brazil’s Ministry of Science and Technology, deforestation has been responsible for up to 75% of Brazil’s emissions, with 59% coming from Amazon deforestation. » (Greenpeace, 2006)7. Selon eux, étant donné que la forêt de l’Amazonie est considérée comme le poumon de la Terre, la déforestation a un impact sur le climat, la perte de la biodiversité et l’écosystème et bien d’autres conséquences dramatiques. Nous allons cibler notre controverse sur les conséquences écologiques de la culture de soja et la déforestation et leurs problématiques avec la crise environnementale actuelle. L’impact environnemental de la culture du soja n’affecte pas uniquement le Brésil mais le monde entier qui bénéficie du « Poumon de la Terre »7.

Être un des plus grands exportateurs de soja a joué un grand rôle pour encourager à remplacer des forêts par des cultures de soja.  Avec à la persévérance de Greenpeace, une ONG fortement engagée dans la protection de l’environnement7, ainsi que d’autres pressions appuyées par d’autres ONG, comme le WWF, un moratoire contre le soja (SoyM) a été mis en place, qui d’abord ne dura que 2 ans jusqu’en 2016 avant de finalement être appliqué définitivement. Leur but est que les plus grandes entreprises, comme Cargill, un fournisseur de nourriture américaine, n’achètent plus de soja qui provient des nouvelles zones coupées7. De plus, Le gouvernement brésilien a mis en place le CAR (Registre rural de l’environnement) et le PRA (Programme de régularisation de l’environnement) afin de concrétiser les objectifs du moratoire. Selon Jean-François Timmers, le chef du groupe WWF sur le soja, les objectifs sont d’abord de généraliser les bonnes pratiques agricoles à tous les industriels pour permettre l’objectif terminal et essentiel qu’est « zéro déforestation liée au soja en Amazonie »8.

              Plusieurs études ont été faites par Embrapa, une société de recherche agricole brésilienne, qui fait partie du ministère de l’agriculture, de bétail et apprivoisement, et qui coopère avec d’autres universités aux quatre coins du monde ou avec d’autres organisations.  Une 1ère étude nous a montré les effets avant et après l’imposition de ce moratoire9. D’après leurs données, l’influence que SoyM a mis en place a diminué le nombre d’arbres coupés “The minimum pre-SoyM deforestation rate (561,185 ha/yr in CY2002) is more than 60% greater than the maximum post-SoyM deforestation rate (344,748 ha/yr in CY2009).” (Jude H. Kastens, 2017)9. Sur le graphique ci-dessous, on peut voir que la pente est moins grande après le SoyM. Non seulement il y a moins de déforestation, il y a aussi moins de conversion de forêts en cultures de soja “the post-SoyM forest-to-soy conversion rate decreased by a factor of 2.4 (9.4% down to 3.9%) compared to the pre-SoyM rate, with a decrease factor range of 1.9±3.2 across the different lags” (Jude H.Kastens, 2017)9. Cependant, selon cette étude, parce que les forêts sont davantage protégées, cela promeut la culture intensive des terres déjà exploitées avec du soja, comme par exemple le “soy-double”, qui consiste, au lieu de cultiver et récolter sur un an, de récupérer deux fois par an “While single crop soy plantings remained fairly constant over the study period, soy cultivation in general increased from 3.3 Mha in CY2001 to 7.8 Mha in CY2014 (Table 3), which is an increase by a factor of 2.4. In terms of total area of commercial crops coming off land used for soy production (i.e. double counting soy-double and soy-cotton in area totals), the corresponding numbers are 3.7 Mha in CY2001 and 12.8 Mha in CY2014, which is an increase by a factor of 3.5.” (Jude H. Kastens, 2017)9.

Le taux de conversion de forêt en soja diminue après le SoyM

(Jude H. Kastens, 2017)9

D’un autre côté, une autre étude, cette fois-ci faite par un employé de la NASA, utilise des satellites pour analyser les terres occupées afin de savoir si elles sont utilisées pour l’agriculture10. Leurs résultats montrent que pour la plupart, les pâturages ne se sont pas étendus jusqu’à des zones qui ne sont pas faites pour la culture et avec leur étude, ils ont mieux précisé des lieux qui ne sont pas faits pour l’exploitation. Ils ont aussi évalué que les terres cultivées ne sont pas aussi répandues qu’avant, ils pensent que c’est dû aux différentes contraintes imposées par FC (Forest Code) et SoyaM, concernant la plantation de soja.10

Des plans satellites pour montrer l’utilisation des terres pour la culture

(Douglas C. Morton et al, 2016)10

Cependant, dans un autre article écrit par le groupe de recherche d’Elizabeth Barona du département de géographie de l’université McGill en collaboration avec d’autres personnes de la même université ou du CIAT (International Center for Tropical Agriculture), cet article montre qu’il n’y a pas que la plantation de soja qui cause la déforestation, mais que le pâturage le détrône de sa 1ère place.11 Ils concluent que dans tous les cas les forêts continuent d’être coupées.

(Elizabeth Barona, 2010) 11

La culture de soja a aussi un impact sur le climat. Les arbres fournissent de l’ombre au sol, permettent des échanges gazeux et la photosynthèse. Une recherche a montré les changements climatiques sur les régions du Brésil, basée sur des données récoltées et ils ont émis des simulations.12 Ils ont montré que la réduction de l’évapotranspiration par les déboisements va diminuer la quantité d’eau pompée dans l’air.  Ceci réduit en même temps la précipitation. D’autres effets simulés sont aussi mentionnés dans le texte ou bien sur le tableau, comme l’augmentation de la température, mais ces effets sont tous liés entre eux comme le montre le cas de la diminution de l’évapotranspiration et précipitation, mais tous ont une même cause, la conversion des arbres en culture de soja. Selon leur sources, ils proposent trois hypothèses : « linear decrease of precipitation as a response of increasing deforested areas; 2) an initial sharp reduction of precipitation for a relatively small extent of deforestation, with further deforestation not having a significant impact; and 3) a possible increase of precipitation for a small extent of deforestation as a response to mesoscale circulations, followed by a catastrophic decrease in precipitation after the deforestation extent has passed a threshold value.» (Sampaio,2007) 12

Graphique et tableau de valeur pour montrer des simulations des conséquences sur la conversion de forêt en culture de soja

(Sampaio., 2007) 12


Selon le site du WWF 13, l’Amazonie est le principal réservoir de la biodiversité et la forêt amazonienne regroupe « 10% des animaux de notre planète et joue un rôle crucial dans la régulation du climat mondial » (WWF) 13. « Les scientifiques y ont découvert une nouvelle espèce végétale ou animale tous les 3 jours ». (WWF, 2014) 5. Ils énoncent que l’impact de la culture du soja sur l’environnement est drastique : des millions de terres et de forêts ont disparu, il y a une menace des écosystèmes, une grande quantité de CO2 est libérée dans l’air, la survie menacée des populations indigènes… La plus grande problématique selon eux est que les conséquences sont importantes et pas durables mais la demande ne cesse d’augmenter.13

D’après Greenpeace, le Brésil est aussi le plus grand utilisateur des pesticides sur les cultures de soja.7 Ces utilisations excessives polluent non seulement la nature, l’eau et biodiversité, mais aussi nuisent à la santé des hommes : « In 2002, an estimated 150,000 to 200,000 people a year suffered pesticide poisoning in rural environments, including about 4,000 deaths ». (Greenpeace, 2006)7

Le type de pesticide appliqué est le Roundup, qui contient principalement du glyphosate. Dans la vidéo « Soja : la grande invasion » produit par France5, Gilles-Eric Séralini, un chercheur de l’université de Caen, énonce des problèmes de santé humaine par des tests réalisés sur des souris.14 En donnant chaque jour une petite quantité du pesticide Roundup à ces souris, elles ont développé des malformations. Ils proposent que le glyphosate soit cancérigène, mais d’autre recherches des industries affirment qu’il est inoffensif pour l’humain. Dans une autre partie de la vidéo, au port de Montoir-de-Bretagne, il y a 7 personnes qui sont mortes d’un cancer. Ils suspectent que le responsable soit Roundup attribué sur les sojas. Le travail de ces personnes était de décoller à l’aide d’un bâton les poudres de soja collé au bord des cargaison. Bien qu’ils portaient un masque, il semblerait que ce n’était pas assez pour filtrer le pesticide. 14

Erosion dans une région fraîchement déforestée au Brésil

(WWF, 2014) 5

Le WWF a proposé plusieurs solutions pour améliorer la situation5 :

  • La pratique du “zéro-labour”, elle permet d’améliorer la qualité du sol et le stockage de carbone en limitant les engrais et les problèmes d’érosion.
  • Le certificat RTRS, un certificat qui valide une agriculture responsable du soja. RTRS cherche à créer une carte qui permet de visualiser toutes les zones d’activités agricoles au Brésil afin de définir quelles zones peuvent encore être touchées et celles qui ne peuvent définitivement plus être déforestées. A terme, cette initiative permettra la préservation des écosystèmes et de la biodiversité.
  • Fondation ProTerra impose des critères que doivent suivre les agriculteurs brésiliens pour être certifiés « soja responsable et non OGM ». Autres certificats comme Fairtrade qui imposent eux des critères plus orientés vers la population brésilienne et la préservation de l’environnement.
  • Cultiver sur des terres dégradées car « le Brésil pourrait augmenter significativement ces zones cultivées sans pour autant convertir la végétation indigène, et même assurer son rétablissement sur les terres dégradées. » (WWF, 2014). L’état Brésilien participe au projet ABC où il finance les agriculteurs qui rachètent des pâturages dégradés au lieu de déforester.
  • L’ONG WWF cherche à collaborer avec les agriculteurs locaux afin de trouver des pratiques agricoles durables pour l’environnement. L’objectif de renouveler ces pratiques agricoles est de maintenir le volume de production en amenuisant l’impact environnemental et la demande en ressources primaires.

              Selon ces acteurs, l’exploitation de soja au cœur de la forêt brésilienne nuirait donc à plusieurs échelles, d’une part à la perte de diversité locale et d’autre part à un réchauffement climatique mondial.  Mais pour certains acteurs, les résultats économiques priment.

Aspect économique

              Il est temps de nous intéresser à l’aspect économique provoqué par ce phénomène. Comme nous pouvons facilement l’imaginer, l’essor né dans les années 60 et qui s’est largement intensifié depuis le début des années 70, sans jamais ralentir depuis, tire bien sûr sa source de l’aspect économique. Comme souvent, ici c’est l’argent qui est le nerf de la guerre. Mais qu’en est-il au niveau des chiffres ? Regardons de plus près l’évolution de la situation économique des acteurs gravitant autour de cette sphère afin d’essayer d’en tirer des conclusions.

              Afin de mettre ce phénomène en contexte, commençons par analyser l’évolution du cours du soja en bourse. Au jour de la consultation (03.05.19), la cour du soja en vigueur était de 8.13 USD.15

              En analysant maintenant l’évolution du cours de ce dernier, nous réalisons qu’il ne cesse de descendre, d’année en année, avec dernièrement une forte baisse depuis 2014 (En réalité, c’est globalement toutes les céréales qui ont été touchées).

Ci-dessus le cours du soja sur 10 ans (1ère image) et sur les 3 derniers mois (2ème image).15

Nous constatons donc aisément la baisse globale du soja, que cela soit à court, moyen ou à long terme. Voici les chiffres détaillés concernant les bilans des dernières années.

Source : Boursorama

              Cette baisse s’explique facilement puisque, comme tout, elle suit la loi de l’offre et de la demande, à savoir que le prix du marché est régulé par l’équilibre de ces derniers. C’est pourquoi si l’offre excède la demande le prix chutera et inversement. Ainsi si l’on regarde à long terme, les nouvelles méthodes de cultures favorisant le rendement à l’instar des OGMs, ont permis d’accroître l’offre plus vite que la demande ne s’est accrue, ce qui explique la baisse globale du prix du Soja et plus globalement des céréales. Afin de confirmer cette hypothèse, nous avons cherché à savoir pourquoi la cour avait subitement baissé en 2014, et il s’avère que cela est dû à des récoltes records, ce qui vient donc confirmer notre premier postulat.

              D’après Planetoscope16, la production mondiale de soja augmente en moyenne de 5% par année comme nous le montrent ces données, avec notamment la hausse dont nous avons parlé plus tôt en 2014 qui s’élève à environ +15% de production annuelle.

2016-2017:  336 Mt

2015-2016:  315 Mt

2014-2015:  320 Mt

2013-2014:  284 Mt

2012- 2013: 268,8 Mt

2010-2011:  264,18 Mt

(NB : Le site ne donnait pas les données pour l’année 2011-2012 sans en préciser la raison.)

Source : Planetoscope

              Puisque le prix du soja ne cesse de baisser, il est probable que l’accroissement de la production excède celui de la demande, ainsi il serait d’autant plus intéressant d’un point de vue écologique de réguler la production afin de ne pas produire à perte et de conserver un marché sain.

              Les données que nous avons consultées ici traitent des valeurs mondiales, cependant le Brésil étant l’un des principaux producteurs à l’échelle internationale, ces chiffres sont étroitement liés au marché brésilien et le reflètent plutôt bien.

              Selon un article rédigé par le site de la RFI17, le PDG de Cargil France, Hervé de Praingy, explique l’entreprise Cargil, au niveau mondial, s’est engagée à mettre en place des moyens pour « réduire le taux de perte des forêts naturelles à l’échelle mondiale de 50 % d’ici 2020 ». La RFI a également interrogé l’entreprise Bunge (entreprise agro-alimentaire) qui exprime une volonté d’orientation similaire. Face à de nombreuses accusations envers l’entreprise de ne pas respecter l’environnement, celle-ci affirme s’être engagée à travailler avec des ONG afin de promouvoir une agriculture plus durable. La RFI a également pu obtenir un retour de l’une des entreprises « ABCD » qu’est Louis Dreyfus Company. Selon cette industrie, la préservation de l’environnement est un enjeu clé de l’entreprise. Concernant sa production de soja, elle se défend de ne pas s’être étendue dans le Gran Chaco et d’utiliser très peu de sa matière première. L’entreprise dit suivre le plan EPA dont le principe est de ne pas se fournir en soja issu de récents terrains où les forêts ont été décimés. Selon la compagnie « 40% du soja acquis par LDC en Argentine était conforme aux règles de l’EPA »17.

              Blairo Maggi fut ministre de l’agriculture entre Mai 2016 et Janvier 2019. Aujourd’hui, il est sénateur d’une grande partie agricole du Brésil. Il est le PDG de l’entreprise Amaggi créée en 1977 et gérée auparavant par son père. Blairo Maggi a été référencé sur le site Forbes18 comme ayant une fortune estimée à 1,2B de dollars en 2015. Maggri Group est la plus grande entreprise privée de production de soja dans le monde. En 2002, Blairo Maggi devient le gouverneur de Mato Grosso et va s’en servir pour sa production de soja. Ainsi, il sera accusé par l’ONG écologique Greenpeace comme « au plus important responsable brésilien de la destruction de l’Amazone »18. Blairo Maggi s’est racheté en réduisant la déforestation engendrée par l’agriculture du soja et en dénonçant les exploitants et ainsi empêcher de poursuivre la déforestation. L’industrie Amaggi devient le leader de l’industrie agricole au Brésil et bientôt partout dans le monde. Ainsi, en vue de la responsabilité que cela représente, ils prennent des mesures plus franches concernant l’impact environnemental. Dans leur « Code éthique », une partie est spécifique au respect de l’environnement [21]. L’entreprise Amaggi veut au maximum réduire les dommages causés à la nature du fait de son ampleur sur le plan économique. La gestion des espaces et le respect de l’environnement sont des souhaits qu’ils tentent de maintenir en place. Ils sont engagés à préserver et restaurer l’environnement. Sur le plan mondial, Amaggi ne produit pas uniquement du soja mais aussi du coton par exemple. L’entreprise Amaggi tente de limiter les dégâts provoqués à l’environnement en appliquant des innovations dans sa pratique agricole, notamment en faisant l’usage de « l’agriculture de précision (PA) » qui sont des techniques agricoles qui valorisent les zones déjà cultivées pour éviter d’avoir à créer de nouvelles zones d’implantation de cultures de soja. L’usage de telles techniques permet de réduire le mésusage des pesticides et ainsi moins impacter l’environnement. Le site fournit la géolocalisation des fermes Amaggi. [21]

Localisation des fermes Amaggi [22]


              AMAGGI est une entreprise qui produit la majeure partie du soja dans le monde. Son soja est certifié par le comité Round Table Responsible Soy (RTRS) et ProTerra [23]. L’industrie vise à imposer des critères minimums pour pouvoir collaborer dans les meilleures conditions qui assureraient la gestion économique et environnementale. L’entreprise a créé « AMAGGI Responsible Standard » qui sont des critères élaborés par l’entreprise pour pouvoir préserver les environnements. La norme responsable AMAGGI implique d’assurer leurs responsabilités vis-à-vis de l’environnement, les droits d’utilisation des sols, le respect des « bonnes pratiques agricoles », etc. [23]


              Nous allons voir un exemple d’une entreprise qui prend en considération la répercussion environnementale de son activité agricole : il s’agit d’IDES. C’est une entreprise qui produit des tourteaux de soja (produit dérivé du soja) non OGM et qui travaille sur l’élaboration d’une protéine pour alimenter la volaille et le poisson. Cette entreprise vend du soja tel quel, des tourteaux, de l’huile OGM et non OGM19. Le soja est cultivé au Brésil puis exporté par IDES BRASIL (filiale). Le tourteau de soja étiqueté non OGM est produit pour servir de base à l’alimentation des animaux.

« Le Brésil représente aujourd’hui près de 70% des importations françaises de tourteaux. »19

Cette entreprise se veut performante sur le plan économique car elle est à la recherche des produits les plus innovants et efficaces mais s’engage à utiliser des techniques et méthodes responsables pour l’environnement.  L’entreprise est associée à des producteurs de soja brésiliens. Leur soja OGM et non OGM est produit et exporté du Brésil. Leur tourteau de soja OGM et non OGM est également produit directement au Brésil ainsi que leur huile de soja. IDES commercialise son tourteau de sorte que cela soit totalement traçable. L’entreprise garantie de s’investir dans la qualité des produits en intervenant directement sur le terrain auprès des agriculteurs.19


Photographie de réservoirs de stockage de tourteaux de soja. 19

Aspect politique

              Deux aspects politiques sont à prendre en compte dans cette controverse concernant l’agriculture du soja au Brésil. Bien souvent, il est constaté la mise en place d’une politique favorisant l’économie donc une plus grande exploitation du soja au détriment de l’aspect écologique. Blairo Maggi, producteur de soja et ministre de l’agriculture depuis 2016 est en accord avec cette politique favorisant l’économie : « Il n’est pas question de se priver de plus d’espaces agricoles. » 20.

              Cependant, on retrouve aussi une politique soutenant l’écologie et le social au Brésil. Fernando Gabeira, député Vert du Brésil dit : « Le soja pousse dans les zones où il y a le plus de richesses biologiques et culturelles, qui sont aussi les zones où vivent les Indiens »20. Il nous montre que cette exploitation détruit les écosystème du Brésil et met en danger les populations locales chassées de leurs terres. Cette politique met en garde contre l’exploitation intensive des terres due à la culture de soja20.

              Malgré la prise de conscience du gouvernement sur les dangers que la culture de soja apporte au niveau social et écologique, l’économie du soja au Brésil est trop importante et les lois permettent encore la déforestation de certaines zones de l’Amazonie pour cette agriculture. Selon Cristiane Mazzetti de Greenpeace Brésil : « La loi permet toujours à une très grande zone d’être déboisée. Les différentes estimations montrent qu’entre 40 et 50 millions d’hectares du Cerrado peuvent être légalement déboisés. Il y a encore beaucoup de zones avec une végétation primaire qui ont un fort potentiel pour l’agriculture. » 20

              Même si la loi permet encore la déforestation de l’Amazonie au bénéfice de la culture de soja, certains syndicats se battent pour la préservation de la forêt Amazonienne. La RFI a pu contacter un représentant du Synacomex (syndicat national d’exportation des céréales), Raphaël Latz. Leur objectif est de maintenir les zones forestières et de ralentir la propagation des terres cultivées.  « Aujourd’hui, on essaie d’imposer des règles pour que ce soja soit durable. Et pour qu’il soit durable, il faut que cela s’arrête, en effet »17.

              Selon Raphaël Latz, la mise en place de mesures pour ralentir la déforestation et l’impact des cultures de soja au Brésil est essentielle et passe par des engagements tenus par les politiques ou encore des moratoires. Ce qui fut le cas, en 2006, Greenpeace met en place une campagne adressée aux principaux exploitants des terres cultivées et leurs clients afin qu’ils réalisent l’ampleur dramatique de leurs cultures sur la forêt Amazonienne. L’implication de Greenpeace a mené à un entendement entre les acteurs de l’industrie, les politiques et les ONG au sein d’un moratoire afin, selon l’article, « d’exclure des circuits commerciaux légaux les cultivateurs qui auraient planté sur des terres nouvellement conquises sur la forêt tropicale »17. Ce moratoire est aujourd’hui appliqué de façon continue, il n’est plus renouvelé. Il a été très vite constaté que le moratoire avait grandement arrangé la situation. En effet, l’article déclare que « 30% à 1,25% la part de responsabilité de la culture du soja dans la déforestation » 17

              De plus, la communication entre les producteurs et le gouvernement brésilien est permanente, ils collaborent afin de trouver des accords et des solutions permanentes.

              Une autre ONG, le WWF propose d’utiliser la certification RTRS afin de sensibiliser les industries et les forcer à trouver des solutions 5 . La certification RTRS a pour but de stopper l’expansion de la déforestation et donc empêcher les industries d’étendre des zones de monocultures au détriment des zones à conserver. Celle-ci suscite également le renouvellement des pratiques agricoles pour que celles-ci soient durables.

La culture du soja bio n’étant pas pratiquée partout, ce serait un intermédiaire en attendant que les entreprises se lancent dedans.

L’objectif des ONG en proposant la généralisation des certifications et du moratoire est de faire réfléchir les industriels à de nouvelles voies de productions agricoles qui seraient environnementalement responsables et durables. Ceci passe par l’usage intelligent des territoires déjà utilisés pour ne pas s’étendre ailleurs sur des zones avec encore de la verdure.

Une avancée radicale dans la préservation des terres pour l’agriculture du soja passerait par une drastique réduction de notre consommation en viande. Manger de la viande implique de nourrir à la base ces animaux. Cette initiative est très controversée mais WWF a réussi à obtenir un interview avec un nutritionniste qui affirme que l’on mange en réalité trop de viandes et qu’il ne serait pas un problème de la réduire sans menacer notre santé. 5

Selon un communiqué de presse rédigé le 16 Décembre 2014 par l’ONG WWF, au Brésil, il existe le GTS, c’est-à-dire un Groupe de travail sur le soja, où collaborent l’état brésilien, des entreprises internationales et les ONG impliquées dans la cause5. Le GTS est à l’origine de la prolongation et, aujourd’hui, de la mise en place totale et définitive du moratoire qui interdit la commercialisation de soja provenant de zones déforestées. Le GTS reçoit le soutien de l’IBAMA (Institut Brésilien de l’environnement et des ressources naturelles) qui délimite les zones qui ne doivent pas être touchées par l’agriculture, que ce soit pour des raisons écologiques ou pour la préservation de la biodiversité locale. Les entreprises membrent du GTS et qui celles qui sont établies au Brésil ont l’obligation de suivre un certain code de pratiques agricoles. Ce moratoire date de 2006 et est aujourd’hui définitif. Il a été constaté, selon l’ONG, qu’il joue en faveur du ralentissement de la déforestation amazonienne car il interdit le commerce du soja issu des zones déboisées ». Les résultats sont d’ailleurs formels en 2012 : 4,571 km² de déforestation contre 27000 en 2004 (avant le moratoire). L’ONG explique le gouvernement brésilien a d’abord été un acteur passif qui se contentait de déposer sa signature de façon officieuse avant de réellement s’impliquer dans la cause. 5

              Les aspects politiques concernant la culture de soja sont donc partagés, d’un côté nous avons une politique plutôt basée sur l’économie du soja et les bénéfices qu’elle pourrait rapporter et de plus en plus une politique plus écologique cherchant à préserver les terres et la biodiversité.

« Au niveau de l’État, les derniers gouvernements ont reconnu l’importance économique de chacun des types d’agriculture : l’agrobusiness rapporte des devises et, grâce aux avantages comparatifs du Brésil, il ouvre des perspectives économiques, tandis que l’agriculture paysanne joue un rôle dans la sécurité alimentaire du pays. L’État joue sur les deux tableaux, mais en favorisant le développement de ces différentes formes d’agriculture, il ne peut plus fermer les yeux sur les conséquences environnementales et sociales des cultures d’exportation, intenables sur le long terme »25

Conclusion

              Trouver un entendement sur la question de la préservation des milieux et des services écosystémiques entre les principaux acteurs économiques, politiques, sociaux et écologiques se révèle être un véritable défi. En effet, chaque partie voit en la propagation de la culture du soja au Brésil un intérêt, qu’il soit purement financier ou une menace considérable pour le futur de notre planète. L’agriculture du soja au Brésil est au cœur d’une polémique sur l’écrasante dominance des industries qui ouvrent difficilement le dialogue sur la question de la propriété et du respect des terres. Le Brésil est aujourd’hui à la tête de la production, exportation et vente du soja dans le monde. C’est un pays en développement qui base essentiellement sa remontée économique sur sa puissante arme qu’est l’agriculture. Lorsque la principale source de revenue provient d’une activité fragile et controversée, perpétuer sans faire de concessions s’avère impossible.  En effet, il a été constaté de façon notable que le PIB du pays s’est redressé depuis le début du XXIème siècle et qu’une principale partie de ce PIB provenait de l’activité agricole du pays. Cependant, le Brésil ne peut se permettre de fermer les yeux face à la situation et aux manifestations toujours plus fréquentes des ONG écologistes, parties sociaux et indigènes ainsi que des mouvements écologiques qui sont massivement engagés.

Le Brésil a une part de responsabilité envers l’environnement qui est très importante car il est responsable d’une partie de la forêt Amazonienne qui représente le « Poumon vert de la planète » selon WWF, c’est un hotspot de diversité animale et végétale. L’impact de l’agriculture du soja est dramatique, de plus en plus de populations indigènes sont renvoyées de leur terre par la force, les industries étendent les cultures dans les terres encore non réglementées et les solutions proposées par le gouvernement mettent du temps à se mettre en place. Au Brésil, il règne une vive opposition entre la partie sociale constitué des agriculteurs menacés par les industries et les indigènes, et les entreprises locales et internationales qui ne s’intéressent au Brésil que pour les finances qu’ils pourront réaliser. Cependant, il ne peut être ignoré plus longtemps le bouleversement environnemental engendré. Face au recul rapide des forêts, des populations chassées de leurs terres et des désaccords entre les acteurs, l’état brésilien, au XXIème siècle commence progressivement à faire de la question de l’environnement une de ses problématiques principales. Grâce à la concertation des différentes parties, des accords réalisés entre les puissantes industries agricoles et l’état ou encore des moratoires certifiés et imposés de façon permanente, l’état brésilien exprime sa volonté à sauvegarder les services écosystémiques et à trouver des solutions qui puissent mettre d’accord les parties opposés.

Malgré des dialogues encore difficiles et de vives manifestations de colère par les groupes écologiques, il est important de souligner que l’alertement de l’état sur le danger que représentait l’expansion du soja pour l’environnement a quand même permis de faire reculer drastiquement la déforestation et la conversion de terres en champs. Les industries s’engagent progressivement dans l’initiative à protéger l’écosystème en essayant d’obtenir des certifications, en changeant leurs pratiques agricoles pour des techniques plus durables et viables. La question du développement durable est aussi au cœur de la controverse écologique. Pour les industries, il faut agir vite pour freiner les conséquences de l’exploitation sur l’environnement mais aussi durablement pour pouvoir profiter de la culture. Depuis une dizaine d’années, plusieurs grands groupes industriels comme Amaggi expriment une volonté de s’associer avec l’état et les ONG afin de trouver des solutions pour continuer à produire du soja sans menacer la planète. Cependant, un problème reste considérable : la place des indigènes. Ce peuple est encore aujourd’hui très menacé par l’expansion des terres agricoles par les agriculteurs qui veulent se faire des profits. Ils sont encore trop mis à l’écart de la parole publique et très peu de solutions leurs sont proposées.

La pression sur l’environnement est d’autant plus augmentée que l’émergence de la sixième extinction devient de plus en plus problématique. Il est essentiel de trouver des solutions qui soient appliquées par tous dans le respect et la préservation des territoires. La récente élection en 2018 du président brésilien Jair Bolsonaro augmente les inquiétudes des parties écologiques notamment concernant sa volonté à mettre en avant le business agro-alimentaire au défaut de protéger l’environnement.

La controverse sur la préservation des territoires reste encore un sujet ouvert qui fait polémique encore aujourd’hui car ce problème ne touche pas que le Brésil mais tous les pays exploitants. Les pratiques agricoles ne sont pas toujours appropriées ainsi que les politiques d’application. Ce débat revient régulièrement autour d’autres produits comme par exemple le café ou encore le maïs.

BLIBLIOGRAPHIE :

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2.           Spring, J. Appetite for Destruction: Brazil’s soy boom devours tropical savanna. Reuters (2018). Available at: https://www.reuters.com/investigates/special-report/brazil-deforestation/. (Accessed: 24th April 2019)

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9.           Kastens, J. H., Brown, J. C., Coutinho, A. C., Bishop, C. R. & Esquerdo, J. C. D. M. Soy moratorium impacts on soybean and deforestation dynamics in Mato Grosso, Brazil. PLOS ONE 12, e0176168 (2017).

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13.        La nature face au choc climatique. WWF France Available at: https://www.wwf.fr/nature-climat. (Accessed: 25th May 2019)

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19.        IDES Corporate – Nos produits. Available at: https://www.ides-corporate.com/accueil-français/nos-produits/. (Accessed: 20th May 2019)

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Le diagnostic préimplantatoire : une évolution de la médecine ou un danger pour la société ?

Aline FABRIZI, Eléa PILOTTO, Catarina GONCALVES MILHO et Maral AZAM

https://www.technologyreview.com/s/609204/eugenics-20-were-at-the-dawn-of-choosing-embryos-by-health-height-and-more/?fbclid=IwAR2d80KWCymPHki7T7HDkHuWzjFblyq9TM8gEFfw130xShVkRaD4g1unGQo [80]

Introduction

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est un test génétique permettant d’analyser des embryons issus de fécondation in vitro avant leur implantation dans l’utérus. On peut ainsi vérifier si l’embryon est atteint d’une maladie génétique  [1]. Dès le début de son utilisation, des questionnements éthiques sont posés par le grand public et des professionnels. Ce qui est remis en cause est la possibilité de dérives telles que la sélection d’embryons en fonction de critères arbitraires (eugénisme), l’aggravation de la stigmatisation du handicap, ou encore l’instrumentalisation d’embryons. Il existe, selon les pays, de multiples différences dans les lois qui encadrent cette pratique. En Suisse, depuis 2017, la loi permet aux couples stériles ou sujets à des maladies génétiques graves d’avoir recours à un diagnostic préimplantatoire  [2]. D’autres pays, comme les États-Unis, offrent des possibilités plus larges en ce qui concerne cette pratique, car il n’existe aucune loi fédérale qui la régule [3]. Dans notre analyse, nous nous sommes concentrées sur le cas suisse, que nous avons comparé avec d’autres pays comme les États-Unis ou encore des pays du Moyen-Orient. Nous présentons plusieurs prises de position vis-à-vis de ce diagnostic dont celles de personnes handicapées, de politiciens, de groupes religieux, ou également de certains représentants de la communauté scientifique.

Définitions

Le diagnostic préimplantatoire consiste à prélever, chez un embryon issu de fécondation in vitro (condition obligatoire), quelques cellules embryonnaires (blastomères), afin de procéder à une analyse génétique sur l’embryon, avant que celui-ci ne soit implanté dans la paroi utérine. Les tests génétiques effectués servent, en général, à identifier une maladie ou anomalie génétique qui peut nuire au développement ou à la vie de l’embryon. A l’issu de ces tests, les embryons sains sont sélectionnés pour être implantés  [1].

Le terme de diagnostic préimplantatoire est souvent utilisé de manière générique pour définir une grande gamme d’analyses génétiques différentes. Il est important pour bien comprendre les divers aspects du débat de savoir distinguer le genre d’informations qu’apportent ces tests et dans quel contexte ils sont proposés  [1].

Tout d’abord, il faut faire la distinction entre diagnostic et dépistage préimplantatoire. Dans le premier cas, on procède à une analyse du génome, afin de détecter la présence ou non d’une maladie génétique pour laquelle un risque de transmission est connu. Dans le second cas, on fait ce que l’on appelle une analyse cytogénétique, qui a pour but de déceler une anomalie dans la structure des chromosomes ou une aneuploïdie, c’est-à-dire une anomalie dans le nombre de chromosomes d’une cellule  [1]. Concrètement, ce test permet aux couples stériles d’optimiser leurs chances d’avoir un embryon sain. En effet, un nombre ou une structure anormale de chromosomes est souvent la cause de complications, c’est pourquoi une analyse cytogénétique est indiquée en cas de fausses couches à répétition, d’échecs d’implantation et  présence d’antécédents de malformations génétiques (ex : trisomie 21)  [4].

En général, la population cible de ces deux catégories d’analyses génétiques n’est pas la même. Le diagnostic préimplantatoire s’adresse plutôt aux personnes chez qui il existe un risque de transmettre une maladie génétique grave à la progéniture [5]. Le dépistage préimplantatoire s’adresse, généralement, aux couples stériles qui ont recours à la fécondation in vitro (FIV).

Il est possible grâce au diagnostic préimplantatoire de sélectionner des embryons sur la base d’autres critères tels que le sexe, la couleur de peau ou celle des yeux (nous les appellerons les critères non essentiels, dans la mesure où ils n’impactent pas la santé du futur individu), mais cela est formellement interdit en Suisse [6]. Seuls les deux types d’analyses mentionnés ci-dessus sont autorisés  [6].

Le recours à la fécondation in vitro est obligatoire pour pouvoir effectuer un diagnostic préimplantatoire  [4]. La fécondation in vitro (FIV) est une méthode d’aide à la procréation qui consiste à prélever des gamètes mâles et femelles, afin d’effectuer une fertilisation en laboratoire. Cette procédure peut être considérée comme lourde dans la mesure où elle implique, en général, plusieurs injections hormonales, un suivi régulier et une intervention chirurgicale pour le prélèvement d’ovocyte  [7].

Auparavant, en cas d’échec d’implantation ou de fausse couche, la procédure était à refaire entièrement  [7]. Il est aujourd’hui possible de conserver douze embryons (embryons surnuméraires) pour d’éventuelles autres inséminations  [6].

Pour comprendre l’ensemble de la controverse autour du DPI, il est important de saisir les enjeux liés au diagnostic prénatal.

Le terme diagnostic prénatal désigne un ensemble de tests qui servent à mettre en évidence chez un fœtus in utero des anomalies génétiques ou structurelles qui pourraient être la cause de maladies ou de malformations aux conséquences graves, voire fatales (ex : trisomie, malformation, mucoviscidose). Il permet, d’une part, de préparer les futurs parents à l’éventualité de donner naissance à un enfant malade ou mourant et, d’autre part, d’éclairer leur choix concernant les options thérapeutiques, notamment l’interruption médicale de grossesse  [8]. En général, la procédure est proposée en cas de grossesse à risque (mère âgée, antécédent de maladie génétique, diabète, hypertension), mais toute femme enceinte peut en faire la demande. Si le test est effectué alors qu’il ne semble pas y avoir d’indications, il sert à rassurer les parents quant à l’état de santé de leur enfant  [8]. A la différence du diagnostic préimplantatoire, on effectue des tests génétiques sur un fœtus en développement.

https://www.chu-grenoble.fr/content/le-diagnostic-pre-implantatoire-dpi?fbclid=IwAR0QuFoPHVgE9g8tbKo2i9g3l-YU513xYQ5KiKGNxswbV7RGAM3RC17rLTc [81]

Contexte

Le diagnostic préimplantatoire s’est fait connaître en 1990, grâce à son utilisation réussie en Angleterre, dans la prévention de maladies génétiques liées au chromosome X  [9]. Cette technique avait été mise en place comme alternative au diagnostic prénatal (DPN) pour permettre de détecter des handicaps et des maladies génétiques chez les embryons pas encore implantés. L’intérêt majeur du diagnostic préimplantatoire, en comparaison au DPN, est de ne pas avoir recours à une interruption médicale de grossesse si les résultats du test montrent une maladie génétique ou un handicap  [10]. Parallèlement aux progrès technologiques en génétique, le champ d’application du DPI s’est élargi et, de plus en plus d’anomalies génétiques sont maintenant détectables. Par la suite, ce test a pu également être utilisé dans le cadre d’une fécondation in vitro chez les couples stériles, afin de maximiser leurs chances d’une grossesse à moindre complication [11]. En Suisse, la loi autorisant le diagnostic préimplantatoire est entrée en vigueur le 1er septembre 2017  [2]. La mise en place de cet article de loi ne fut pas sans rebondissements. Tout d’abord, il y a eu, en 2015, une votation populaire portant sur « l’arrêté fédéral du 12.12.2014 concernant la modification de l’article constitutionnel relatif à la procréation médicalement assistée et au génie génétique dans le domaine humain. » [12]. Cette modification de la loi proposait de donner l’autorisation aux couples stériles et aux personnes à risque de transmettre une maladie génétique grave à leur enfant, d’utiliser le diagnostic préimplantatoire. Elle permettait, également, la conservation d’embryons (maximum douze) dans un but procréatif, ce qui était jusqu’alors interdit puisque tous les embryons développés devaient être implantés  [13]. Ce projet fut accepté par le peuple, mais il s’en est suivi un référendum contre la modification de la loi sur la procréation médicalement assistée (LPMA) [14]. Ce référendum finit par aboutir et le peuple fut invité à revoter sur la modification de loi.  Finalement, le 5 juin 2016, la votation populaire a fait pencher en faveur de l’acceptation de la nouvelle loi LPMA  [15]. Ces événements ont suscité dans le pays un débat qui a été au cœur de l’actualité. A ce jour, il est possible de bénéficier de ce test génétique, malgré l’inquiétude qu’il suscite auprès de nombreuses personnes quant aux répercussions éthiques qu’il pourrait engendrer.

Développement des argumentaires

1. DPI vs DPN

1.1 Argument de l’avantage du DPI par rapport au DPN quant aux impacts psychologiques

L’objectif de base du diagnostic préimplantatoire est d’éviter aux futurs parents de passer par le diagnostic prénatal  [10]. En effet, certains pensent que les conséquences psychologiques d’un diagnostic prénatal sont plus lourdes pour les parents, car à ce stade, on ne parle plus d’embryon mais d’un fœtus (un fœtus se rapproche plus d’un bébé). C’est notamment l’argument avancé par le bioéthicien et philosophe australien Julian Savulescu  [16], qui considère qu’il est moins dommageable psychologiquement pour les parents d’effectuer un diagnostic génétique sur un embryon hors de l’utérus, plutôt que de procéder à un éventuel avortement à la suite d’un diagnostic prénatal. Selon lui, si l’analyse génétique sur gamètes était possible, elle serait encore plus recommandable pour « réduire les coûts psychologiques »  [17].  

C’est un des arguments utilisé par le conseil fédéral pour justifier sa position en faveur de l’acceptation du diagnostic préimplantatoire et encourager le peuple à voter « oui » lors de la seconde votation concernant la LPMA [6].

1.2 Argument légal

Un argument en faveur de la légalisation du DPI tourne autour de l’incohérence à accepter le diagnostic prénatal.

En 2012, la Cour Européenne des droits de l’Homme a statué en faveur d’un couple en Italie qui désirait avoir accès au diagnostic préimplantatoire. Les parents étaient porteurs sains de la mucoviscidose et ne voulaient pas la transmettre à leur deuxième enfant. Ils avaient décidé d’interrompre une seconde grossesse, car le diagnostic prénatal avait révélé que le fœtus était atteint de la maladie. À la suite de cet événement, ils ont effectué une demande de diagnostic préimplantatoire qui s’est vue refusée, car la pratique est interdite en Italie  [18]. Le couple a alors décidé de porter plainte contre la République italienne et a obtenu gain de cause en vertu de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme  [18].

«1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

2.Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »  [19]

La cour considère donc que la loi italienne sur le DPI constitue une ingérence disproportionnée d’une autorité publique sur la vie privée et familiale de ce couple. L’Etat italien légitime cela par « le souci de protéger la santé de « l’enfant » et de la femme, la dignité et la liberté de conscience des professions médicales et l’intérêt d’éviter le risque de dérives eugéniques »  [18], mais à la vue de l’incohérence de la loi italienne qui permet à ce même couple d’effectuer un diagnostic prénatal, ainsi qu’une interruption médicale de grossesse, cet argument est jugé irrecevable  [18].

Jusqu’en 2017, la Suisse se trouvait dans la même situation légale que l’Italie vis-à-vis du diagnostic préimplantatoire  [2]. Cette affaire illustre exactement la contradiction en matière de considération et de traitement de l’embryon ou du fœtus dans les textes de lois suisses. En effet, si une analyse génétique avec possibilité ultérieure d’avortement est envisageable, dans le cas d’un fœtus en développement, on peut se demander pourquoi ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit d’un embryon qui n’est pas encore implanté. Ce même constat est fait, notamment par le conseiller fédéral Alain Berset, lors du débat « Diagnostic préimplantatoire : progrès ou eugénisme » qui s’est déroulé en juin 2016 dans le cadre de l’émission télévisée de débat « Infrarouge »  [20]. Cette affaire montre également que la législation suisse, à cette époque, peut être considérée par la Cour Européenne des droits de l’Homme comme étant condamnable, notamment à cause de cette incohérence.

1.3 La technique du moindre mal

La technique du moindre mal est un terme employé par le professeur François-Xavier Putallaz, un professeur de philosophie à l’université de Fribourg  [21] et président de la commission de bioéthique de la conférence des évêques suisses  [22]. En effet, lors du DPI, il y a une sélection : plusieurs embryons sont produits et un seul implanté, les autres étant ultérieurement détruits ou conservés par congélation. Or, avec le DPN, seules deux vies sont en jeu, celle de la mère et celle de l’enfant  [23].  Le professeur Putallaz, qui considère qu’un embryon est une vie, utilise donc l’argument qu’il vaut mieux potentiellement sacrifier deux vies, plutôt qu’une dizaine de vies, comme ce serait le cas dans la pratique du DPI.

2. Personnes handicapées

Le choix de légaliser, en Suisse, le diagnostic préimplantatoire crée des dissonances au sein de la « communauté des personnes handicapées ». Choisir de faire un DPI offenserait la dignité de Jean-Christophe Parisot, Président du Collectif des Démocrates handicapés et Docteur en Sciences Politiques, souffrant de myopathie tétraplégique. Il estime que la vie en tant que personne handicapée peut être épanouissante et que la personne handicapée peut être heureuse, malgré sa déficience. Selon lui, personne ne devrait avoir le droit d’empêcher une vie d’être vécue sur la base de critères physiques, sous peine de « porter atteinte au droit fondamental d’être différent. » Jean Christophe Parisot semble donc s’inquiéter du caractère insultant et dévalorisant du DPI envers les personnes souffrant d’un handicap  [24].

A l’inverse, Luc Recordon, homme politique vaudois, membre du parti des Verts  [25], pense que, dans certains cas, naître en tant que personne handicapée peut être source de trop de souffrance. Il est lui-même atteint d’un handicap congénital, le syndrome de Holt-Oram  [26]. Il mentionne le fait qu’il aurait préféré ne pas naître et qu’« il n’y a pas de préjudice à ne pas naître »  [20]. En juin 2005, il a fait un discours auprès du conseil national suisse, expliquant à quel point il est difficile pour la plupart des personnes handicapées de vivre avec leur maladie, à tel point qu’elles sont écrasées par leur handicap  [26]. Son argument ici est, qu’en acceptant le DPI, cela permettrait d’épargner les personnes nées avec une maladie héréditaire handicapante, de grandes souffrances. De plus, il rajoute que cela permettrait aux parents de pouvoir être libres de « choisir face à une grande souffrance »  [27], sans avoir besoin d’attendre jusqu’au résultat d’un diagnostic prénatal. Ce deuxième argument consiste à dire que grâce au DPI, on diminue, chez les futurs parents, la souffrance qui va de pair avec le risque de transmettre une maladie à son enfant. Il partage ce point de vue avec René Frydman, gynécologue, père du premier « bébé-éprouvette » en France en 1982  [28], qui est un bébé qui résulte d’une fécondation in vitro  [29].

Outre le préjudice fait aux personnes handicapées en tant qu’individu, certains s’inquiètent du préjudice que pourrait engendrer le diagnostic préimplantatoire quant aux rapports entre la société et les personnes souffrantes de handicap. De nombreuses associations ont fait part de leurs craintes, lors du débat sur la légalisation du DPI. C’est notamment le cas de « Insieme », une association suisse qui s’engage à défendre les droits des personnes atteintes de handicap mental  [30]. Concernant le diagnostic préimplantatoire, l’association y est défavorable, car elle craint que la loi autorisant le DPI soit trop permissive et mène inévitablement à une sélection trop importante d’embryons sains, au détriment des embryons porteurs de handicaps  [31]. Ainsi, elle pense que la perte de diversité des individus au sein de la société favorise la discrimination à l’encontre des personnes handicapées, ainsi que des parents qui choisissent de ne pas avoir recours au DPI. Insieme semble penser qu’autoriser la sélection d’embryons sains est incompatible avec une société solidaire et inclusive. Ils demandent « une médecine à la pointe du progrès visant à aider les gens et non pas à les restreindre ou à les changer »  [32]. Cet avis est partagé par de nombreuses organisations d’aide aux personnes handicapées (ex : Association cérébrale suisse, Procap) qui se sont unies dans le but de promouvoir ce message  [32]. Insieme fait partie (avec les autres associations) des signataires du référendum s’opposant à la modification de la loi sur la procréation médicalement assistée  [31].

Julian Savulescu avance un principe qu’il nomme « Procreative Beneficience » : avec l’utilisation du DPI, les couples devraient sélectionner des embryons avec les meilleures caractéristiques (intelligence, beauté…), afin que les enfants résultants jouissent du maximum de bien-être. Ainsi, il estime que même si cela implique des inégalités sociales entre personnes handicapées et non-handicapées, il faut, malgré tout, appliquer ce principe. Il lui semble exagéré que, pour l’égalité sociale, on inflige un plus grand risque d’avoir des enfants malades alors que finalement, le problème vient de la manière dont la société traite ces personnes plutôt que de leur statut minoritaire. Le bioéthicien déclare qu’il y aurait plusieurs manières de contrer les déséquilibres sociaux, l’une d’elle étant, par exemple, que l’argent économisé en favorisant le développement d’un individu en bonne santé plutôt qu’un individu handicapé, soit investi dans la prise en charge de personnes atteintes de handicap, améliorant ainsi leur statut dans la société [17].

3. Embryon = Vie ?

L’argument tourne ici autour du fait que certains estiment le diagnostic préimplantatoire comme étant une atteinte à la dignité humaine, car ils considèrent qu’un embryon est une vie.

C’est l’argument avancé par la Conférence des évêques suisses, un groupe d’évêques faisant partie du collège épiscopale  [33]. Elle a pour tâche de promouvoir l’église de manière collective sur le territoire suisse  [34]. Ce groupe religieux se dit défavorable au DPI, tout d’abord, parce que l’église catholique romaine (autorité à laquelle ils répondent) considère qu’un embryon est une vie et de ce fait  [35], ils sont contre toute manipulation qui pourrait entrainer la suppression par l’homme de l’embryon. C’est le cas pour le DPI, qui n’offre pas la possibilité de soigner mais « d’ôter une vie » si le diagnostic s’avère défavorable  [36]. Selon eux, seul Dieu a le droit de décider qui mérite de vivre ou non. Leur croyance, qui considère que l’embryon est une vie, se reflète également dans leur positionnement sur l’avortement et la fécondation in vitro, auxquels ils s’opposent également  [37].

La loi sur l’aide à la procréation médicalement assistée leur pose un problème dans son ensemble, car, en plus d’autoriser les analyses génétiques sur des embryons à des fins de sélection, elle augmente le nombre d’embryons que l’on peut développer par cycle de FIV, et elle permet la congélation des embryons surnuméraires. Ils y voient un problème, car ils considèrent que dans ces conditions, l’embryon n’est pas traité comme un individu mais comme un objet  [38].

A propos de la manière de considérer l’embryon, Axel Kahn, médecin généticien français  [39], à l’occasion d’une conférence [40], affirme que le débat sur le DPI ne devrait apporter aucune interrogation nouvelle sur le statut de l’embryon. En effet, les mêmes questions se sont posées dans le cadre de l’avortement ou du DPN et il a déjà été établi par la loi suisse que le qualificatif d’individu ne pouvait être employé pour caractériser un embryon ou un fœtus  [40]. Kahn admet que l’embryon est une entité singulière qui mérite un certain respect, sans pour autant qu’on lui octroie le statut de personne  [41].

4. Eugénisme

Lorsque l’on effectue une recherche sur les dérives du DPI, l’inquiétude récurrente est la dérive eugénique. Ainsi, en écrivant sur un moteur de recherche les mots « dérive » et « diagnostic préimplantatoire », il n’est pas rare de tomber sur des articles alertant du risque eugénique ou, à l’inverse, assurant l’absence du risque  [42]. Il semble donc, que cette question suscite un intérêt particulier. Probablement, car elle rappelle des périodes sombres de l’histoire.

Dans un article intitulé « Le diagnostic préimplantatoire va-t-il améliorer l’espèce humaine ? », le professeur de philosophie et membre du Comité National d’éthique (France) Pierre Le Coz  [43] écarte le risque d’une dérive eugénique. Il énonce trois raisons principales qui le mènent à ce constat  [44]. Tout d’abord, il existe selon lui un « frein affectif » qui empêche l’être humain de favoriser la procréation artificielle à la procréation naturelle. D’après lui, ce frein affectif empêcherait la mise en place d’une société où toutes les procréations se font par fécondation in vitro et DPI, car le désir d’avoir un enfant naturellement prendrait le dessus sur le désir d’avoir un enfant parfait.

Son second argument consiste à dire que la société démocratique actuelle, dans laquelle nous vivons, nous protège de ce genre de dérive. Le philosophe pense que, si un Etat essaie ouvertement de forcer sa population à faire usage de la sélection d’embryons ou de fœtus, les institutions de défense des droits de l’homme se mobiliseraient pour se mettre en travers de cette violation des libertés individuelles. Il estime que le contrepouvoir exerce une force suffisante pour protéger la société. Finalement, Pierre Le Coz met l’accent sur l’imprévisibilité des mutations génétiques. En effet, même si aucune anomalie génétique n’est détectée par un test, il n’est en rien garanti que l’enfant soit en bonne santé. D’une part, parce qu’une mutation génétique peut survenir à n’importe quel moment au cours du développement et, d’autre part, parce que les mutations génétiques ne sont pas la seule cause de maladie ou de malformations chez un nouveau-né  [44]. Il est intéressant de noter qu’il considère uniquement le résultat et non pas l’intention eugénique.

Contrairement au philosophe, le biologiste Jacques Testart, qui a rendu possible la fécondation in vitro en France, voit l’avenir d’un œil plus sombre. Il se dit opposé au DPI, car selon lui, cette pratique dérive sur de « l’eugénisme mou » où l’on choisirait simplement de se conformer à la norme sociale de bonne santé, au lieu de revendiquer la différence individuelle : « L’eugénisme mou, doux, invisible et démocratique du DPI tranche avec l’eugénisme autoritaire proposé il y a un siècle par la médecine, principalement parce que les personnes y consentent. »  [45].

L’idée que l’on puisse avoir recours à cette pratique en cas de maladie grave inquiète le biologiste, car la subjectivité du terme laisse la porte ouverte aux dérives d’utilisation. De manière générale, Testart pense que si l’on persiste dans cette voie de sélection, on risque, à l’avenir, de se retrouver dans une société qui discrimine l’individu en fonction de son profil génétique. Le biologiste estime que dans le futur, le DPI se généralisera dans la population, car comme mentionné précédemment, personne n’est à l’abri de mutations génétiques aléatoires. De ce fait, il craint des contrôles génétiques de plus en plus nombreux et rigoureux  [45].

On voit ici deux visions différentes de l’eugénisme : le libéral c’est-à-dire consenti, même choisi, et l’autoritaire. Le philosophe écarte la possibilité de l’eugénisme autoritaire et semble penser que le frein affectif protège la société d’un eugénisme libéral. Le biologiste s’inquiète uniquement de la forme libérale qu’il perçoit comme une vraie menace.

4.1 Designer baby

Une des autres craintes concernant les dérives eugéniques du diagnostic préimplantatoire se porte sur la sélection d’embryons en fonction de critères non essentiels [44], un autre exemple d’eugénisme libéral. On ne parle pas, ici, du cas où l’on sélectionne un embryon pour des raisons de santé, mais d’une sélection basée sur des traits tels que la couleur des yeux, la couleur des cheveux, le sexe ou encore l’intelligence. Bien que cette pratique soit interdite en Suisse, certains s’inquiètent qu’elle soit une conséquence inévitable de l’évolution du DPI  [46]. Cette crainte est d’autant plus forte qu’à l’heure actuelle, l’émergence de nouvelles technologies en biologie moléculaire concrétisent de plus en plus le « genom editing » chez l’être humain. Le « genom editing » consiste à modifier un génome de façon à le munir de gènes spécialement choisis pour déterminer le phénotype du futur individu  [47]. Bien que la sélection d’embryons et le « genom editing » ne soient pas la même chose, ces notions sont souvent confondues, car elles s’inscrivent dans la tendance à vouloir contrôler tous les aspects de la procréation, afin d’obtenir un « designer baby ». La perspective de pouvoir faire un bébé « à la carte » soulève de nombreuses questions concernant les implications éthiques  [44].

5. Diagnostic vs Dépistage

Certains craignent que la modification de la loi sur la procréation médicalement assistée soit trop permissive. En effet, elle autorise non seulement le diagnostic préimplantatoire, mais aussi le dépistage préimplantatoire. Dans ce cas, il n’est pas question de détecter précisément une maladie, mais de choisir un embryon parmi plusieurs autres, dépourvu d’anomalies chromosomiques, autrement dit un embryon qui ne donne pas un individu malade, sans pour autant que la maladie n’impacte l’espérance de vie de manière significative. Cet argument est avancé, notamment par le Parti évangélique suisse  [48], AGILE qui est la faitière d’association d’aide aux personnes handicapées  [20], ou encore Mathias Reynard, le conseiller national, membre du parti socialiste  [49]. Dans la mesure où, diagnostic préimplantatoire est indissociable de fécondation in vitro, certains vont même jusqu’à dire qu’à l’avenir, tout couple voulant procréer le fera de manière médicalisée pour bénéficier du « screening ». Cet argument est utilisé par Dominique de Buman, membre du parti démocrate chrétien, lors du débat précédant la première votation concernant le DPI  [20].

L’opposition au dépistage préimplantatoire est un argument récurrent parmi les signataires du référendum contre la modification de la loi sur la procréation médicalement assistée. Il est utilisé, entre autres, par le Parti Evangélique suisse  [50] et de nombreuses associations d’aide aux personnes handicapées  [51].

6. Usagers du DPI

De multiples motivations sont mises en avant parmi les usagers du DPI. Il est intéressant de se pencher sur quelques témoignages offrant un point de vue centré au cœur même de cette pratique. Par exemple, le témoignage d’une parisienne quadragénaire. Dans un blog (thelittleyiayiasworld) publié en 2016  [52], son témoignage illustre le parcours des couples atteints de maladies héréditaires et, cependant, désireux d’enfanter. Cette femme est atteinte du syndrome de l’X fragile. C’est « une maladie génétique rare associée à un déficit intellectuel léger à sévère qui peut être associé à des troubles du comportement et à des signes physiques caractéristiques. »  [53].  Elle s’exprime en disant : « J’étais résolue à tenter le Diagnostic prénatal (DPN). Même si je vivais mal l’idée de devoir potentiellement avorter mais je pensais que de toutes façons c’était ma seule option », car, au vu de son âge, elle ne pensait pas pouvoir avoir recours au DPI. Or, c’est « la réserve ovarienne qui est déterminante pour l’accès au DPI » [52]. Ainsi, elle s’est lancée dans ce long parcours pour, finalement, donner naissance à une petite fille à laquelle elle n’a pas transmis la maladie. L’argument de cette femme est que la volonté d’avoir un enfant sain prime. En effet, elle était prête à utiliser le DPN, malgré la perspective de l’avortement qui l’angoissait. Le DPI a été la meilleure solution pour elle, et celle avec le moins de séquelles psychologiques. Ce témoignage exprime bien le dilemme de ces couples, entre une envie conséquente d’enfanter, et le risque de transmettre leur maladie à leurs enfants. Le choix du DPI leur est propre et selon eux, le moins douloureux (face à un DPN, par exemple).

Cependant, l’essor de cette pratique ouvre des portes bien plus larges, comme nous l’avons vu précédemment. Les lois autorisant le DPI pour la sélection du sexe, dans certains pays, amènent certains couples à vouloir bénéficier de cette méthode. Il n’est pas dur de trouver des forums dans lesquels des femmes témoignent de leur envie d’avoir une petite fille, par exemple. Émilie s’exprime dans un forum francophone « j’ai 2 garçons de bientôt 4 et 6 ans, et je rêve d’avoir une fille plus que tout. […] J’ai regardé un peu toutes les méthodes qui existent […] Pour moi la seule fiable à 100% c’est le DPI »  [54].

Comme il a été mentionné auparavant, la législation en Suisse n’autorise le DPI qu’à des fins médicales, comme c’est le cas en France. En effet, le diagnostic préimplantatoire (DPI) est autorisé chez les couples qui ont « une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic » (Article L2131-4 du code civil)  [55]. Le DPI n’est donc pas permis pour la sélection sexuelle  [6]  [55] . Ainsi, dans son témoignage, Émilie cherche des solutions pour pratiquer un DPI à l’étranger, dont le but est celui d’avoir une descendance de sexe féminin. En effet, des cliniques aux Etats-Unis ou à Chypre par exemple, se sont spécialisées dans le DPI à des fins non-médicales, plus précisément, dans la sélection de sexe, offrant la possibilité à des femmes originaires d’un pays n’autorisant pas ces méthodes d’aller les pratiquer  [56].

Ainsi, la possibilité, bien que complexe, de pouvoir choisir le sexe de son enfant est bien réelle, même pour des couples ne présentant pas de maladies sévères transmissibles et vivant dans un pays qui interdit le DPI dans la perspective d’une sélection sexuelle.

Ces exemples montrent alors bien que le DPI ne se limite pas à un usage unique, ce qui entraîne incontestablement des craintes vers une dérive toujours plus grande.

7. Point étranger

Aux Etats-Unis, l’absence de législation donne l’opportunité aux cliniques de fertilité d’appliquer les règles qui leur conviennent quant à l’utilisation du DPI  [3]. Ainsi, outre Atlantique, certaines cliniques de fertilité offrent aux parents la possibilité de sélectionner, à l’aide de tests génétiques, un embryon en fonction du sexe ou de la couleur des yeux, par conséquent, des caractères qui ne sont pas directement liés au développement de l’embryon, ou à la santé du futur individu  [57]. Cette situation légale donne lieu à des utilisations du DPI qui sont, parfois, qualifiées de dérives eugéniques, et comparées au roman dystopique de Aldous Huxley « Le meilleur des mondes »  [58]  [59]. Le roman de Huxley décrit un monde régit par un ordre social basé sur la beauté et l’intelligence, où la procréation se fait uniquement en laboratoire, et les individus sont conditionnés pour correspondre au rang social qu’ils sont destinés à occuper  [60]. Nous allons présenter quelques exemples d’utilisation de DPI interdits en Suisse pour illustrer le genre de situation que l’on retrouve à l’étranger.

7.1 Cas des caractéristiques physiques

Jeffrey Steinberg, médecin propriétaire d’une clinique de fertilité aux Etats-Unis  [61], se dit favorable à la pratique et la propose lui-même. Il est donc possible pour les parents allant dans « The Fertility Institutes » (appartenant donc à Jeffrey Steinberg) de demander des tests génétiques pour déterminer le sexe et la couleur des yeux. Il voudrait même étendre son offre à la couleur de peau et des cheveux  [62]. Qu’il s’agisse d’une demande de DPI pour une maladie génétique grave, ou d’un couple voulant choisir les traits physiques de son enfant, il estime qu’il faut traiter les deux demandes de la même façon  [63]. Il se satisfait de rendre les clients heureux, dans la mesure du possible  [64].

Contrairement à lui, George Annas, professeur de droit de la santé, d’éthique et des droits humains à la « Boston University School of Public Health »  [65] s’est exprimé sur l’utilisation du DPI, pour des cas autres que celui d’éviter d’avoir un enfant malade. Il dit que la technique de FIV n’est pas dépourvue de risques, car on sur-stimule les ovaires de la femme et, cela peut entrainer des naissances multiples. Il ne comprend pas comment un médecin peut justifier de faire subir une procédure pour une simple sélection de genre  [63], parce qu’il estime que la FIV est un traitement non anodin qui ne devrait être utilisé qu’en cas de raison médicale sérieuse (maladie, problème d’implantation, …).

7.2 Le cas de la surdité

Il existe des pratiques plus poussées encore concernant les « designer babies », comme choisir un embryon portant la même déficience que ses parents par le biais du DPI  [66]. Nous nous sommes concentrées surtout sur le cas des personnes sourdes. Pour certaines d’entre elles, le fait d’avoir des enfants portant la même mutation est une entrée dans la culture sourde qui, selon ces personnes, est une culture riche, dans laquelle le même moyen de communication est utilisé, considérant la surdité comme une identité et non comme une déficience. Ils voient cela comme une forme de variabilité entre êtres humains, plutôt qu’un handicap  [67].

Silvia Camporesi, une bioéthicienne qui travaille au King’s college à Londres  [68], s’est exprimée au sujet de cette situation en présentant des arguments contre cette pratique. De son point de vue, la sélection d’un embryon sourd avec le DPI limiterait les projets de vie du futur enfant  [69]. Elle ajoute qu’en choisissant un embryon qui n’hérite pas de surdité, il pourrait également apprendre la langue des signes et entrer dans la culture de ses parents, si bon lui semble. Il existe, selon la bioéthicienne, une certaine asymétrie entre un groupe de sourds et un groupe d’entendants : le groupe d’entendants peut apprendre la langue des signes et être immergé dans la « culture sourde », l’inverse n’est pas possible  [70]. Par conséquent, les parents ne devraient pas priver l’enfant de la possibilité d’entendre, au risque de lui faire subir une injustice. Elle rajoute qu’elle est pour la liberté de reproduction tant que cela ne nuit pas à autrui, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on sélectionne un embryon pour sa surdité. Elle considère donc que l’Etat devrait interdire ce genre de pratiques  [69].

Au contraire, Darshak Sanghavi, qui est un cardiologue pédiatrique et professeur adjoint de pédiatrie à la « Massachussets Medical School » [71], pense qu’il faudrait accepter l’usage du DPI pour les parents portant un handicap, qui voudraient avoir un enfant avec qui ils partagent cette caractéristique. Il fait notamment référence au nanisme et à la surdité. Il estime qu’il faut laisser le choix aux personnes concernées de ce qu’ils souhaitent faire et respecter ce choix. Le Dr. Sanghavi est d’accord avec le fait que cela permettrait à ces enfants de conserver une lignée culturelle et contribuerait à la formation de liens plus forts entre parents et enfants. Il rajoute que la reproduction naturelle, elle-même, est un processus « sujet à erreurs » («After all, even natural reproduction is an error-prone process…»)  [72]. Selon lui, il est donc acceptable de laisser la possibilité à ces parents de choisir du devenir de leur enfant.

7.3 Le cas des bébés médicaments

Il est possible de coupler un diagnostic préimplantatoire avec un typage HLA. Cette méthode consiste à sélectionner un embryon en fonction de sa compatibilité immunologique avec un des ainés de la fratrie atteint d’une maladie incurable  [73]. On cherche donc un embryon sain, et qui serait capable de devenir donneur de tissus biologiques (organe, moelle osseuse ou cellule) pour son frère ou sa sœur malade  [74]. Cette technique est interdite en Suisse  [6], mais d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Angleterre l’autorisent  [74].

François-Xavier Putallaz (opposé au DPI  [75]) craint, cette fois, que cette technique s’apparente à de l’eugénisme positif, dans la mesure où l’on détermine les caractéristiques d’un futur enfant. Il s’inquiète également du sort des autres embryons sains qui ne seraient pas immunologiquement compatibles, et qui finiraient par être éliminés  [23].

Axel Kahn est favorable à cette pratique, tout en ayant certaines exigences  [76]. Il estime qu’un couple, ayant déjà un enfant atteint d’une maladie héréditaire et qui désire avoir un autre enfant immunologiquement compatible avec le premier devrait pouvoir accéder au DPI. Kahn considère que, dans la mesure où le risque de transmission d’une maladie génétique est inévitable, et que de toute manière un DPI va être effectué sur cet embryon, il n’y a pas de mal à faire une vérification supplémentaire d’histocompatibilité, pour sauver le premier enfant. Cependant, le scientifique s’oppose à l’utilisation du DPI si le premier enfant est atteint d’une maladie non héritée, car dans ce cas, le diagnostic préimplantatoire aurait comme seul but de sélectionner un embryon immunologiquement compatible avec l’enfant existant  [76]. Ainsi, son argument est que s’il y a une utilisation du DPI sans qu’une maladie génétique soit en cause, ce ne serait ni éthique, ni juste vis-à-vis de l’enfant à naître, car il ne serait utilisé qu’à des fins de guérison et non comme un bébé désiré. Si à l’inverse, une maladie génétique est en cause et que les parents doivent quoiqu’il en soit avoir recours au DPI pour le second enfant, alors autant choisir un embryon compatible avec l’aîné.

7.4 Pratiques dans les pays du Moyen-Orient vers une dérive sexiste

Dans certains pays du Moyen-Orient la législation face au DPI n’interdit pas la sélection du sexe pour des raisons non-médicales. Dans la culture orientale, il semble y avoir une tendance à privilégier une descendance masculine  [77]. La présence d’un enfant de sexe masculin est vue comme primordiale à la sécurité financière de la famille  [78]. Cette préférence existe depuis bien avant l’apparition de la FIV et du DPI, et maintenant, par le biais de ces techniques, des couples peuvent sélectionner le sexe de leur futur enfant de manière sûre. Un des arguments en faveur de cette sélection est qu’elle offre une protection aux femmes qui pourraient subir de la maltraitance, à cause du sexe de leur enfant. Nous pouvons mentionner un exemple dramatique d’une palestinienne qui s’est faite tuer par son mari après qu’il ait su qu’elle était enceinte d’une fille  [77]. De plus, un autre argument souligné est celui de l’équilibrage des familles et de leur taille. L’équilibre familial est défini comme correspondant à une famille composée d’enfants des deux sexes. Ainsi, chez certains couples n’ayant pas eu d’enfant de sexe masculin, il est fréquent qu’ils continuent de procréer jusqu’à l’obtention du sexe désiré, ce qui peut mettre en danger la santé des femmes qui subissent des grossesses répétées et rapprochées  [77]. De plus, la taille de la famille augmente drastiquement, ce qui engendre des répercussions économiques, par exemple.

Avec le DPI, l’accomplissement de la volonté des couples pour le choix du sexe de l’enfant est possible, et ainsi, la famille serait en harmonie, c’est notamment ce que l’on trouve dans un article paru sur « Reproductive BioMedecine Online »  [79], une revue scientifique centrée sur la médecine procréative. En effet, les parents pourraient donner toute l’attention nécessaire aux enfants, ce qui n’est pas le cas dans un couple poussé à avoir trop d’enfants, afin d’en avoir un de sexe désiré. Ces parents négligeraient certains enfants, dû aux difficultés financières  [78].

Conclusion

À l’issu de ce travail, nous avons donc un aperçu de l’éventail d’opinions concernant le diagnostic préimplantatoire. Nous avons mis en évidence certains groupes de la population et constaté qu’au sein même de ces groupes, les avis étaient très divergents. Certains tirent la sonnette d’alarme et crient à l’eugénisme, ou au non-respect de la dignité humaine, d’autres se sentent soulagés de pouvoir épargner des souffrances à de futurs individus. Il ressort de cette controverse un manque de cohérence et de cohésion quant aux lois qui régissent ce test médical. L’optimisation du séquençage et des nouvelles techniques de manipulation de l’ADN, telles que CRISPR-Cas9, exacerbent l’image effrayante du futur que certains se font. A ce jour, il est impossible de savoir ce qu’il adviendra de notre société. Il se pourrait que, la seule conséquence du DPI et des récentes découvertes en génétique moléculaire soit une population en meilleure santé avec quelques cas marginaux de « baby design ». Cependant, il est également envisageable que l’on sombre dans un monde plus inégalitaire, plus stigmatisant et que les individus ne soient plus le fruit de reproduction au hasard, mais de sélection et design. Par conséquent, une société où se mettrait en place un eugénisme libéral généralisé. Actuellement, les actions les plus judicieuses que l’on puisse entreprendre sont un bon encadrement de la procédure et une harmonisation des lois. Comme avec toutes avancées scientifiques importantes, on peut prédire des répercussions inquiétantes : il nous appartient de saisir la grandeur des enjeux et d’agir en conséquence. 

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He Jiankui : un prodige scientifique ou le Dr. Frankenstein chinois ?

Figure 1: He Jiankui tricote des super-bébés génétiquement modifiés.[1]

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Ilhan Ameti, David Arsimoles, Mustafa Haraj, 

Mélissa Longepierre, Arec Manoukian

Etudiants en Sciences Biomédicales, Faculté de Médecine, CMU

Contexte 

Les outils scientifiques permettant d’explorer les organismes n’ont cessé d’évoluer au cours du dernier siècle. L’une des finalités fut la possibilité de transférer des gènes d’une espèce à une autre. L’un des principaux acteurs de cette avancée est Paul Berg, un biochimiste américain qui a notamment été lauréat du prix Nobel de chimie en 1980. En 1972[2] , il mit au point une méthode permettant d’insérer un gène viral cancérigène dans une bactérie Escherichia coli. Préoccupé par la possibilité que de nouveaux organismes pathogènes fassent surface, il interrompit son expérience afin d’éviter tout événement imprévisible. De plus, il organisa la Conférence d’Asilomar. Cette dernière réunit 150 scientifiques à Asilomar en Californie, en 1975.[3] Le but de cette réunion, était de mettre en place un moratoire sur les manipulations génétiques. Ce dernier n’a pas été accepté, cependant, les scientifiques ont admis des conditions de précaution et de sécurité. Selon le journal Le Temps,“C’était la première tentative d’autorégulation de la communauté scientifique.[4]

Avec la découverte de la technologie CRISPR-Cas9 en 2012, les mêmes questions sont ré-apparues. Certains scientifiques ont réalisé des expériences sur des animaux, dont des moustiques génétiquement modifiés résistants au paludisme.[5] Suite à cette technique de forçage génétique, l’alerte est lancée. En 2015, plus de 150 ONG internationales[6] , dont l’UNESCO[7] , ainsi que Jennifer Doudna, co-créatrice de la technique CRISPR-cas9, ont appelé à un moratoire. Cette dernière s’interroge notamment sur l’avenir de cette technique : «Quand j’aurai 90 ans, serai-je satisfaite de ce que nous avons accompli avec cette technologie ? Ou souhaiterai-je n’avoir jamais découvert comment elle fonctionne ?»[8]

Qu’apporterait la mise en place d’un moratoire dans la situation actuelle ?

Un moratoire est un accord entre Etats sur la suspension d’une activité qui est jugée inquiétante sans le respect de certaines conditions. Il faut souligner qu’instaurer un moratoire n’est pas une solution absolue, mais temporaire. Selon la Revue Médicale Suisse, cela se passe comme suit :“On s’inquiète que le progrès technologique tende à surpasser celui du savoir. Qu’il soit si facile de faire et si difficile de comprendre ce qu’on fait. Alors, on lance des moratoires.”[9] Cependant, un moratoire n’est pas une loi, et donc n’a pas assez d’autorité pour interdire formellement l’activité en question,“les seules contraintes respectées sont les rapports de force”[10] .C’est pourquoi il n’y a pas de sanctions prévues par la loi en cas de violation du moratoire, ce qui ne veut pourtant pas dire qu’il n’y en a aucune.Les sanctions sont appliquées au cas par cas par des commissions d’éthique et l’État responsable. En ce qui concerne l’utilisation de la technologie CRISPR-Cas9 aux Etats-Unis, le moratoire est géré par le NIH et la FDA.[11] De plus, la voix de scientifiques reconnus mondialement résonne : “Il se sont sentis une responsabilité commune : celle de rappeler que CRISPR est loin d’être une technologie maîtrisée”.[12]

Le moratoire proposé porte sur la modification génomique de la lignée germinale, dans un but clinique. Les cas exceptionnels qui pourraient échapper à cette règle seraient les suivants : l’absence d’autre approche thérapeutique, des besoins médicaux non-satisfaits, mais par dessus tout, la preuve de l’efficacité de la technique. Dans la revue Nature, des scientifiques reconnus dont Paul Berg et Emmanuelle Charpentier affirment :

“Bien que les techniques se soient améliorées au cours des dernières années, l’édition germinale n’est pas encore suffisamment sûre ou efficace pour justifier une utilisation en clinique.[13]

En effet, l’idée a mal été reçue par la communauté scientifique, par soucis d’être freinée dans ses financements et donc ses recherches sur les maladies génétiques. 

Néanmoins, lors du sommet international sur l’édition du génome à Washington en 2015, la proposition de moratoire, n’a pas fait l’unanimité et n’a donc pas été retenue.[14]

“A partir du moment où il y aura un moratoire, nous allons être très limités, et ce sont des Etats qui seront dans un contexte moins restrictif qui les utiliseront. Donc on n’empêchera pas à l’échelle internationale une dérive de ces outils. Il faut faire confiance aux scientifiques et arrêter de penser qu’on fait n’importe quoi.”[15]

Malgré l’absence de moratoire, un rapport a été établi par la communauté scientifique. Le rapport propose des principes pour des pratiques responsables en matière de recherche sur les collectes de gènes et d’applications connexes à l’intention des chercheurs, de leurs établissements, des bailleurs de fonds de la recherche et des organismes de réglementation. Ce dernier précise que le forçage génétique humain n’est toujours pas accepté et reste une limite à ne pas franchir[16]

Il y a un dernier facteur à prendre en compte, qui est l’opinion publique. Les scientifiques ne sont pas les seuls à pouvoir décider de ce qui se fait ou pas. Si la population est trop effrayée, elle a le pouvoir de faire passer des règles, voire des lois, empêchant l’utilisation de technologies d’édition du génome. Ainsi, la communauté scientifique aura du mal à passer au travers des lois et commissions d’éthique.

Récemment, le chercheur chinois He Jiankui, a mené un projet, dans lequel il n’a pas tenu compte des recommandations de la communauté scientifique.

Alors, quelles sont les limites acceptables par la société d’aujourd’hui dans l’édition génomique humaine ?

Nous allons traiter cette question à travers une controverse. Celle-ci s’articule majoritairement autour des avis et arguments de scientifiques basés aux Etats-Unis, pays d’origine de la découverte de la technologie CRISPR-Cas9.  

Lors du 2ème sommet international sur l’édition du génome humain à Hong Kong le 28 novembre 2018, le physicien chinois He Jiankui a fait l’annonce d’une étude sans précédent. Il révèle, par le biais d’une simple vidéo, avoir utilisé la technologie CRISPR-Cas9 pour modifier le génome de deux embryons.[17]

Figure 2: CRISPR-Cas9 est un ciseau moléculaire. La séquence CRISPR se fixe sur une séquence cible d’ADN. L’enzyme Cas9 va ensuite couper l’ADN à cet endroit. Le système permet donc soit d’inactiver le gène, soit de le modifier.[18]

He Jiankui, un génie incompris ?

L’expérience du professeur Jiankui a été menée sur des couples dont l’homme était atteint du VIH. L’objectif était d’empêcher la transmission du virus à la descendance en rendant ces embryons résistants au VIH par modification génétique. Pour ce faire, le chercheur a eu recours à la technologie CRISPR-Cas9, afin de supprimer le gène responsable de l’expression des récepteurs CCR5, présents à la surface des leucocytes. Ce récepteur joue un rôle essentiel dans l’infection par le VIH. Supprimer ce dernier bloque l’entrée du virus dans les cellules hôtes.[19]

He Jiankui fréquente l’Université des Sciences et Technologies de Chine de 2002 à 2006, où il montre déjà un grand intérêt pour la biotechnologie. Il part ensuite à l’Université Rice en 2007 et obtient son doctorat en biophysique. En 2012, dans le cadre du Thousand Talents Program, le gouvernement chinois lui offre une somme d’un million de yuans (150’000 CHF) et il ouvre son propre laboratoire à la Southern University of Science and Technology à Shenzhen, en Chine. Son intérêt pour la biotechnologie ne cesse de croître et une multitude d’idées lui viennent en tête. Cet argent lui a notamment servi à créer des biotechs et des entreprises d’investissement. Plus tard, il s’oriente vers le séquençage. L’une de ses jeunes entreprises, Direct Genomics, développe des dispositifs de séquençage de molécules uniques. Par ailleurs, il a fondé Vienomics Biotech, qui offre des services de séquençage de génome aux personnes atteintes de cancer.

Il publie un article majeur sur la protéine CRISPR-Cas9 en 2010. Ce dernier décrit la technologie comme un futur outil de la modification génétique.[20]

En 2017, il fait une présentation au Cold Spring Harbor Laboratory décrivant son travail à la Southern University of Science and Technology. Il évoque notamment l’utilisation de CRISPR-Cas9 sur des souris, des singes et environ 300 embryons humains. 

Fin 2018, des scientifiques ont rapporté que la toute première lignée germinale humaine prétendument génétiquement modifiée avait été réalisée par le chercheur chinois. Ce geste indigne la communauté scientifique. He Jiankui a affirmé avoir modifié le génome de deux jumelles, Nana et Lulu, pour les rendre résistantes au VIH. “He said his goal was not to cure or prevent an inherited disease, but to try to bestow a trait that few people naturally have — an ability to resist possible future infection with HIV, the AIDS virus.[21] En choisissant de modifier le génome de ces embryons, He Jiankui a mis de côté les alternatives existantes.

Sur sa propre chaîne Youtube, le chercheur chinois a publié une série de vidéos détaillant les raisons pour lesquelles il avait choisi de mener cette expérience. Dans une vidéo, il annonce : “When Mark saw his daughters for the first time, he said that he never thought he could be a father. Now he’s found a reason to live, a reason to work, a purpose. You see, Mark has HIV. Discrimination in many developing countries make the virus worse. Employers fire people like Mark, doctors deny medical care, and even forcibly sterilize women. Mark and Grace couldn’t bear to bring a child into that world of fear. […] A gene surgery that could save a child from a lethal genetic disease like cystic fibrosis or from a life-threatening infection like HIV doesn’t just give that little boy or girl an equal chance at a healthy life. We heal a whole family. As a father of two girls I can’t think of a gift more beautiful and wholesome for society than giving another couple a chance to start a loving family.”[22] Dans cette citation, He Jiankui explique la situation dans laquelle se trouve le père de Nana et Lulu. Il conclut qu’il n’y a rien de mieux pour la société que d’offrir à un couple la chance de fonder une famille. Concernant les parents des deux jumelles, ils ont donné leur accord à He Jiankui, mais les termes de cet accord restent ambigus et n’ont pas été mentionnés publiquement.

Dans l’une de ses vidéos, He mentionne son article publié dans le Journal CRISPR “Draft Ethical Principles of Therapeutic Assisted Reproductive Technologies”dans lequel il énumère les cinq principes éthiques fondamentaux de l’édition génomique :

“ 1. Mercy for families in need ; 2. Only for serious disease never vanity ; 3. Respect a child’s autonomy ; 4. Genes do not define you ; 5. Everyone deserves freedom from genetic disease”.[23]

Cependant, il n’est pas clair si He Jiankui a réellement appliqué ces principes à sa propre recherche.

Il est important de savoir que l’édition génomique n’est pas un processus nouveau. Par exemple, en 2015, des chercheurs chinois ont pour la première fois modifié des gènes de cellules embryonnaires humaines. L’acte qui choque ici, est l’implantation de ces cellules humaines génétiquement modifiées, dans un embryon qui donnera vie à un individu. Nana et Lulu sont donc les premiers bébés transgéniques du monde.[24]

Figure 3 : He Jiankui franchit la ligne rouge en modifiant l’ADN d’embryons sans demander l’avis du comité d’éthique.[25]

Cette image caricaturale représente parfaitement la situation. On peut y voir le chercheur chinois, perché sur une échelle d’ADN, à laquelle il met le feu. Ceci signifie qu’il sera lui même le premier à tomber. Dans un contexte moins métaphorique, ce que cette image décrit, c’est le fait que l’utilisation prématurée de la technique CRISPR-Cas9, va toucher en premier He Jiankui et tout le reste de la communauté scientifique. Ceci est dû aux réactions et au scandale suscités chez le public qui représentent une forte contrainte à l’utilisation de la technologie dans le futur. 

Controverse 

Aux Etats-Unis, l’annonce de He Jiankui, déclenche une importante vague de réactions et relance le débat autour de l’utilisation de tels outils en génie génétique. Ces prises de position sont justifiées par le fait que les Etats-Unis sont à la pointe de la génétique, notamment grâce à la découverte de CRISPR-Cas9. Avec celle-ci est venue l’instauration de conditions et de recommandations afin de ne pas précipiter les recherches, de prendre le temps de mesurer les risques-bénéfices et ne pas choquer l’opinion publique. 

Sur la base de différents articles de presse nous avons pu mettre en évidence plusieurs acteurs américains contribuant à la construction de cette controverse.

Un appel à la prudence 

Jennifer Doudna, co-créatrice de CRISPR-Cas9 et lauréate du prix Nobel de chimie, souhaite faire avancer cette technologie de manière prudente. Toutefois, elle reste consciente des risques et de la controverse autour de l’édition du génome humain et s’interroge sur la meilleure manière d’utiliser cette technologie en limitant les potentiels effets adverses.

“The era of straightforward genome editing raises ethical questions that will need to be addressed by scientists and society at large. How can we use this powerful tool in such a way as to ensure maximum benefit while minimizing risks ?”[26]

De plus, elle met en avant l’importance de l’opinion publique et insiste sur une collaboration étroite, qui serait essentielle à l’avancée de la technologie “It will be imperative that nonscientists understand the basics of this technology sufficiently well to facilitate rational public discourse”.[27] Doudna ajoute que depuis la découverte de CRISPR-Cas9,“scientists have purposely taken a cautious and deliberate approach, focusing on how to safely apply genome editing […] ”[28]. Cette approche a été choisie dans le but de ne pas choquer l’opinion publique et d’assurer un avenir à l’édition génomique. Néanmoins, en dévoilant son expérience, He Jiankui a totalement balayé cette démarche, en modifiant les cellules germinales des jumelles, “the unintended consequences will likely be remembered as one of the most shocking misapplications of any scientific tool in our history.”[29] Cette nouvelle à complètement ébranlé la société, anéantissant tous les efforts de collaboration avec l’opinion public.

Afin de présenter le point de vue des différents acteurs impliqués dans la controverse, nous avons articulé notre texte autour de trois arguments principaux. 

La balance bénéfices-risques penche-t-elle pour les risques ?

Une partie de l’opinion scientifique s’oppose formellement à l’utilisation de technologies d’édition génomique humaine telles que CRISPR-Cas9. Pour eux, l’implantation de cellules germinales modifiées, n’est pas la solution au problème des maladies orphelines, car elle présente des risques potentiellement plus importants que les bénéfices.

Selon, Francis Collins, directeur du National Institutes of Health (NIH), l’expérience du chercheur chinois et par extension l’édition du génome humain “only adds to the concern about this having been a deeply unfortunate, misguided misadventure of the most dramatic sort ».[30] Il s’interroge sur les mutations off target que pourrait entraîner CRISPR-Cas9, “the possibility of damaging off-target effects has not been satisfactorily explored”.[31] Les mutations off target sont des mutations non spécifiques et imprévues pouvant causer des dommages irréversibles à l’ADN, des infections virales (Influenza, virus du Nil occidental, etc.) ou encore des cancers. Pour le directeur du NIH, cette technologie est trop dangereuse de par le caractère imprévisible de ces mutations. 

Julian Savulescu,professeur en bioéthique à l’Université d’Oxford et membre du comité de direction du Journal of Medical Ethics, partage les propos de Collins. Il affirme dans un article, publié sur le blog d’éthique de l’Université d’Oxford : “if true, this experiment is monstrous […] Gene editing itself is experimental and is still associated with off-target mutations, capable of causing genetic problems early and later in life, including the development of cancer. There are many effective ways to prevent HIV in healthy individuals : for example, protected sex. And there are effective treatments if one does contract it.”[32] Ainsi, Savulescu souligne davantage la dangerosité des mutations off targetPar ailleurs, il affirme que différentes alternatives à l’édition génomique existent déjà. Selon lui, ces alternatives et traitements sont tout aussi efficaces, et surtout moins dangereux que l’édition génomique des cellules germinales.

Une autre préoccupation de Francis Collins est celle de la libéralisation de la technologie CRISPR-Cas9. Toute personne avec un minimum de connaissances scientifiques pourrait, à l’image de l’expérience de He Jiankui, se procurer des kits CRISPR-Cas9 disponibles au grand public, et facilement reproduire cette expérience. Cette accessibilité induirait une vague de projets aussi fous les uns que les autres :

 “the world will face the serious risk of a deluge of similarly ill-considered and unethical projects.”[33]

Pour Collins, l’expérience de He Jiankui représente une brèche dans les normes éthiques internationales et affirme: “the project was largely carried out in secret”.[34] Le directeur du NIH ajoute que la discussion autour de ce sujet ne fait que commencer, et qu’il y a “a significant possibility — that that debate will lead to the conclusion for the foreseeable future that this is a line we should not cross.”[35] Ainsi, il n’est pas en faveur de l’utilisation de technologies similaires à CRISPR-Cas9 sur des lignées germinales.[36] La décision du NIH est irrévocable, il ne soutiendra pas l’utilisation des technologies de modification génétique dans les embryons humains.[37]

D’après Eric Topol, cardiologue, généticien de formation et directeur de l’Institut de recherche Scripps, le débat n’a pas lieu d’être, car d’autres alternatives existent, et n’impliquent pas la modification de cellules embryonnaires. “Previous genome editing studies have shown it is possible to disable the CCR5 gene in adults without working at the embryo level.”[38] Les alternatives comme les préservatifs, la fécondation in vitro (FIV) ainsi que les antiviraux sont des options déjà plus fiables que l’utilisation de la technologie CRISPR-Cas9. Le préservatif protège efficacement contre le VIH, tant qu’il ne se déchire pas. La FIV connaît une forte demande de nos jours, même si elle reste une option coûteuse. Quant aux antiviraux, ils doivent être pris en continu afin de minimiser la présence du virus dans le sang, mais sont efficaces. Il existe donc des alternatives plus sûres, déjà appliquées, et pour certains acteurs scientifiques, notamment Eric Topol, l’utilisation de la technique de CRISPR-Cas9 n’est pas justifiable pour le traitement du VIH.

Interviewé par The Associated Press concernant l’expérience de He Jiankui, Topol affirme “[the experience] is far too premature”.[39] Sa vision est limpide, l’expérience de Jiankui n’apporte en aucun cas une solution au problème des maladies incurables.

Topol souligne également le caractère transmissible de l’édition génomique des cellules germinales. Celles-ci, contrairement aux cellules somatiques, sont héritées par la descendance. Ainsi, si des mutations off target venaient à apparaître, elles seraient transmises à la génération suivante. “If true, this hacking of their biological operating instructions, which they will pass on to their children and generations to come, is a dangerous breach of medical ethics and responsible research and must be condemned.”[40] Topol confronte donc davantage l’impact des risques liés à la modification des cellules germinales à un bénéfice atteignable avec d’autres alternatives moins dommageables.

Finalement, Topol décrit cette expérience comme “needless [and with] no scientific basis and must be considered unethical when balanced against the known and unknown risks”.[41] Beaucoup de questions quant à la sécurité de l’édition génomique restent en suspens. Pour le généticien, l’état des connaissance sur la technologie est encore trop faible pour pouvoir justifier une étude de cette ampleur. Selon lui, l’aire de l’édition génomique n’est pas arrivée. Néanmoins, le directeur de l’institut de recherche ne condamne pas totalement l’édition génomique : 

“This is not to say that medicine won’t someday employ gene-editing technologies in similar ways. But that time has not arrived. There are still too many risks, too many unknowns, about tinkering with our heritable genetic blueprints.”[42]

Un traitement précis et spécifique

Une autre partie de l’opinion scientifique soutient l’utilisation de technologies d’édition génomique humaine telles que CRISPR-Cas9. Pour eux, l’implantation de cellules germinales modifiées, représente une véritable solution au problème des maladies orphelines en ciblant de manière précise et spécifique les gènes d’intérêts.

Contrairement à ses pairs, George Church, Professeur en génétique à la Harvard Medical School est l’un des seuls scientifiques à être favorable à l’expérience de He Jiankui. Dans une interview publiée dans The Associated Press, Church a défendu l’édition de gènes pour lutter contre le VIH. Il estime que cette maladie représente une menace majeure et croissante pour la santé publique pour laquelle il n’existe aucun traitement efficace. Ainsi, un traitement est primordial et l’édition génomique des cellules germinale en est un “The unmet medical need is there is no cure or vaccine for HIV. And in that sense, there’s more of a medical need than there is for β-thalassemia, for which there is an alternative […]”.[43] Questionné sur les actions du chercheur chinois, Church approuve en affirmant “I think it’s justifiable”.[44]

George Church est une figure prédominante dans le domaine de la génétique et de la bio-ingénierie, il a fortement contribué au développement de la technologie CRISPR-Cas9. Par ailleurs, il est l’auteur du livre controversé Regenesisqui vante les mérites de la biologie synthétique. Church étant un fervent adepte du génie génétique appliqué à l’homme, il n’est pas surprenant qu’il porte un regard plus favorable sur les événements et qu’il soutienne les actes de He Jiankui.

Dans un entretien avec la revue scientifique Science, George Church décrit sa réaction face aux bébés génétiquement modifiés :

“ […] I was hoping he did everything right [He Jiankui]. You don’t have that many shots on goal. He’s not doing it the way I’d do it, but I’m hoping it doesn’t work out badly. As long as these are normal, healthy kids it’s going to be fine for the field and the family.”[45] En d’autres termes, George Church n’émet pas d’objections concernant la pratique, tant que les patients sont en bonne santé.

Des conditions d’utilisation à imposer ?

La dernière partie de l’opinion scientifique soutient l’utilisation de technologies d’édition génomique humaine telles que CRISPR-Cas9, mais privilégie une approche plus prudente que celle entreprise par le chercheur chinois. Ces acteurs apportent leur point de vue sur les conditions qui devraient impérativement être respectées en cas d’utilisation de techniques d’édition génomique sur des cellules germinales.

David Baltimoreest Président Emeritus et Robert Andrews Millikan Professeur de Biologie à Caltech en Californie. David Baltimore est une personnalité de haute renommée dans le monde scientifique. Biologiste de formation, il a reçu de nombreux prix, notamment le plus prestigieux de tous, le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1975 pour ses recherches sur la transcriptase inverse.

C’est la veille du deuxième sommet international sur l’édition du génome à Hong Kong que David Baltimore et les autres organisateurs du comité ont eu vent de l’expérience menée par He Jiankui. David Baltimore, l’un des principaux organisateurs de cette conférence a fortement condamné l’expérience du chercheur chinois comme étant “irresponsible […] a failure of self-regulation by the scientific community.”[46] Baltimore et ses collègues soulignent le manque de communication du chercheur chinois “We were surprised, to say the least, when we heard just before the meeting began that somebody was going to announce that he had actually implanted gene-edited embryos back into a woman and that she had given birth to two children. What had been planned as a largely academic discussion became a media circus. This announcement was a very serious ethical challenge. »[47] Comme beaucoup d’acteurs issus de cette controverse, David Baltimore est en faveur de l’utilisation de cette technologie, mais sous certaines conditions. Dans une interview publiée par la revue scientifique Science, il ne considère pas l’expérience de He Jiankui comme étant un processus transparent ni cliniquement nécessaire.[48] “However, germline editing raises many questions, both practical and moral, and, we concluded, it needed much more study before it could be considered for human use. We did encourage further research to perfect the methods.”[49] En effet, pour David Baltimore, il est encore beaucoup trop tôt pour utiliser des outils comme CRISPR-Cas9 pour modifier les cellules de la lignée germinale. Toutefois, il espère, que les biotechnologies pour l’édition du génome seront un jour utilisées de manière sûre et contrôlée en médecine moderne.[50]

The U.S. National Academies of Sciences, Engineering and Medicine (NASEM)fondées en 1863 ont pour but d’examiner et résoudre toutes sortes de controverses nationales en relation avec les sciences (biologie, médecine, climatologie…). A la pointe des différentes technologies, les académies nationales offrent une expertise bénévole dans divers domaines sociaux. Bien que financées par de multiples institutions, les académies nationales pour les sciences possèdent une politique de recherche très stricte, assurant une transparence et écartant tout conflit d’intérêts.

Les NASEM oeuvrent également dans le domaine du génie génétique et appellent au dialogue notamment au moyen de l’organisation du sommet international sur l’édition du génome humain. 

« We hope that the dialogue at our summit further advances the world’s understanding of the issues surrounding human genome editing. Our goal is to help ensure that human genome editing research be pursued responsibly, for the benefit of all society. »[51]

The Human Genome Editing Initiativea été lancée par les NASEM en 2015. Le but est d’informer au maximum les chercheurs dans les domaines scientifique, médical et éthique. Le comité a organisé deux sommets internationaux, le premier en 2015 à Washington et le deuxième en 2018 à Hong Kong. Ces sommets avaient pour but la discussion entre scientifiques sur le sujet de l’édition du génome humain. À la suite du premier sommet, un rapport consensus a été rédigé. Ce dernier contient les recommandations et indications de l’utilisation de technologies comme CRISPR-Cas9.[52]

Après l’incident des bébés transgéniques, le comité a fait une déclaration. Celle-ci affirme que pour l’instant, l’édition de lignées embryonnaires humaines n’est pas possible, faute de preuves scientifiques. Cependant, “germline genome editing could become acceptable in the future”[53] , sous certaines conditions. Parmi les clauses mentionnées par le sommet, nous retrouvons : 

“ […] a strict independent oversight, a compelling medical need, an absence of reasonable alternatives, a plan for long-term follow-up, and attention to societal effects.”[54]

Les Académies Nationales des États-Unis appellent donc à la réflexion à la suite des recherches du Professeur He Jiankui, et se disent, tout d’abord sceptiques quant à la véracité des propos du chercheur chinois :

 “Dr. He’s claims about his work have not been independently verified. Statements in this summary about Dr. He’s work are based solely upon his presentation at the summit”.[55]

Selon les NASEM, l’édition génomique devrait être acceptée, à l’unique condition qu’elle soit maniée de manière propre et rigoureuse :

 « in light of the technical and social concerns involved […] heritable genome-editing research trials might be permitted, but only following much more research aimed at meeting existing risk/benefit standards for authorizing clinical trials, and even then only for compelling reasons and under strict oversight ».[56]

Dans le monde scientifique, les découvertes et études sont révélées par le biais de publications dans les journaux scientifiques. Avant de soumettre un article, il est de coutume de respecter certaines réglementations pour voir son projet publié. L’article soumis doit notamment être structuré, respecter les normes éthiques internationales et apporter toutes les preuves attestant de l’authenticité des résultats. Finalement, l’article passe par l’évaluation par les pairs (Peer review), une étape durant laquelle un collectif de chercheurs juge l’article publiable ou non.[57]

Le chercheur He Jiankui, ayant révélé son expérience par le biais d’une vidéo de 4 minutes, a contourné ce système, lui permettant de faire abstraction des règles de publication. De ce fait, le rapport de l’expérience de He Jiankui n’apporte pas assez de preuves, et manque cruellement de structure.

Pour conclure sur l’avis des NASEM, l’édition du génome humain est un domaine comportant un potentiel thérapeutique immense, mais il reste relativement récent, soulignant le manque de recherches et d’informations sur le sujet. Cette nouvelle découverte n’est pas un prétexte pour brûler les étapes comme a pu le faire le Dr. He Jiankui, mais plutôt un appel à la recherche responsable et à la communication internationale. Il faut poursuivre les études rigoureuses dans le domaine afin de récolter toutes les informations nécessaires à l’utilisation de technologies telles que CRISPR-Cas9 sur le génome humain. C’est à cette unique condition qu’il serait envisageable d’offrir un traitement génique de première ligne contre les maladies incurables.[58]

Robin Alta Charo est une bioéthicienne, professeure de droit et de bioéthique à l’Université du Wisconsin. Elle fait partie de plusieurs comités comme the World Technology Network ou the Human Genome Editing Initiative. Dans ce dernier comité, elle est notamment en charge de faire des recommandations sur l’utilisation de l’édition du génome sur des lignées somatiques et germinales.[59]

Face à l’annonce du chercheur He Jiankui, elle défend d’abord les déclarations du comité de l’Human Genome Editing Initiativedont elle fait partie. 

« Our summit statement didn’t demand that this technology be made available to people. It simply laid out a pathway to responsible development for those jurisdictions that allow this to go forward ».[60]

En n’ayant pas interdit l’utilisation de techniques d’édition du génome après le sommet de 2015, les membres souhaitaient favoriser des avancées scientifiques et médicales, avec respect des valeurs prônées par les commissions d’éthique. Ce qui n’a pas été appliqué par He Jiankui.

Alta Charo n’adhère pas à l’expérience conduite par He Jiankui, la qualifiant de “misguided, premature, unnecessary and largely useless”.[61]

La façon dont le chercheur chinois a conduit son expérience a en effet été tout sauf transparente. Malgré cela, la professeure ne soutient pas l’arrêt total de l’utilisation de techniques comme CRISPR-Cas9. D’après elle et plusieurs autres scientifiques reconnus, cela est difficile à contrôler, car CRISPR-Cas9 est maintenant utilisé dans de nombreux laboratoires dans le monde. Les comités et autres organisations ne peuvent que limiter les incidents et punir les scientifiques qui ne respectent pas les recommandations émises.[62]

Conclusion

L’opinion des acteurs énoncés forme un continuum complexe que nous avons simplifié en trois arguments principaux de la manière suivante : les risques de la technique, la précision et la spécificité de celle-ci ainsi que les conditions à respecter pour sa potentielle utilisation.

L’expérience du professeur He Jiankui n’est pas anodine et soulève une question qui dépasse le simple monde scientifique. La démarche entreprise manque nettement de précautions, cependant, elle a permis de relancer le débat autour de l’édition génomique. 

Les avis divergent au sein du monde scientifique, mais la plupart des acteurs tend à être en faveur de l’édition génomique. Cependant, aux Etats-Unis, l’opinion publique n’approuve pas et rejette même, en moyenne, l’édition du génome. Une étude du Pew Research Center,menée en 2018, avant l’expérience de He Jiankui, indique que 65% des Américains pensent que si l’édition des gènes repose sur des tests embryonnaires, la technologie dépassera les limites.[63] Au-delà de l’opposition présente au sein même du monde scientifique, cette controverse met en évidence la discrépance entre l’opinion scientifique, prête (en moyenne) à accepter l’édition génomique, et l’opinion publique, bien plus réticente. Cette divergence nécessite de traiter le sujet plus en profondeur, et un compromis est essentiel, sans quoi l’édition génomique ne verra jamais le jour.

Contrairement aux États-Unis, aucun débat n’a éclaté en Chine. C’est notamment ce que reprochent quatre bioéthiciens chinois dans la revue Natureen mai 2019. Ces derniers pointent publiquement les problèmes suivants : premièrement, en Chine, les chercheurs sont plus motivés par le succès et la richesse que par l’envie d’aider la population. Deuxièmement, il y a un problème dans l’éducation et dans l’enseignement de l’éthique médicale en Chine. Dernièrement, il faudrait que le gouvernement chinois régule, surveille et prévoie des sanctions pour ceux qui enfreignent les règles. Cet incident en dit long sur la régulation de la recherche scientifique en Chine et “the ‘CRISPR babies’ scandal must catalyse an overhaul of science and ethics governance in China.”[64]

Une chose est sûre, après les événements de novembre 2018, de nouveaux appels urgents au moratoire mondial ont été émis par la communauté scientifique. En mars 2019, 18 scientifiques de 7 pays différents ont publié un article dans Nature, dans lequel ils appellent à un “global moratorium on all clinical uses of human germline editing — that is, changing heritable DNA (in sperm, eggs or embryos) to make genetically modified children.”[65]

Dans tous les cas, pour ou contre, comme le dit William Hurlbut, chercheur dans le département de neurobiologie du centre médical universitaire de Stanford : 

« Never before have humans had power like this over our own biology […] We are now in the era of germline genetic engineering.”[66]

Figure 4: He Jiankui présentant son expérience au deuxième sommet international du Human Genome Editing.[67]

Nous pensons que la technologie CRISPR-Cas 9 et par extension l’édition génomique sont novatrices, mais qu’elles devraient être utilisées uniquement sur le plan thérapeutique et à la condition que davantage de recherches soit menée dans le domaine. La maîtrise de celle-ci permettrait de guérir des maladies mendéliennes pour lesquelles aucun traitement n’est disponible. Néanmoins, cette nouvelle découverte nécessite d’en apprendre plus sur le sujet, notamment sur les mutations off-target ainsi que l’héritabilité de celles-ci.


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